Compte rendu de lecture n°18 - Acheminement vers la parole - p176-178

Compte rendu de lecture n°18 – Acheminement vers la parole – p176-178
Saint-Salvy Février 2026
Blanquet Edith – Chartier Marie-Christine – Simon Corinne – Remaud Frédérique.

——————— Préambule ———————

La phénoménologie vient à partir de Hegel : « phénoménologie de l’esprit ». Puis il y a Husserl et la
phénoménologie de la conscience transcendantale. C’est l’idée de revenir au phénomène et du
chemin pour faire apparaître le phénomène qui, chez Husserl, reste lié à une conception
métaphysique, c’est-à-dire un présupposé qui est celui de l’ego transcendantal (que Heidegger
fait exploser avec la dimension de l’Ereignis.) On en arrive à une phénoménologie à l’extrême ou à
la limite (Wittgenstein), c’est à dire comment dire être, puisque tout le chemin est de faire venir le
phénomène, faire apparaître ce dont il s’agit… la chose dégagée le plus possible de tous les
présupposés qu’on en a , chercher à montrer ce qui tisse une parole à la limite. Heidegger parlera
d’une phénoménologie de l’inapparent : donner à éprouver le mouvement du surgissement hors
du retrait, la présence que nous devons dégager de l’évidence d’une façon de cueillir et
rassembler (logos) prise dans le carcan du voir métaphysique qui distingue présentation et
représentation : nous nommons des objets c’est dire des mode de saisir l’étant tel un objet
duquel nous sommes le fondement-sujet. Nous ne savons plus laisser se manifester la présence ;
nous sommes par avance dans une vision qui distingue présentation et représentation; sensible
et intelligible…
Autrement dit, si on le dit au sens Heideggerien : nous dégager le plus possible des présupposés
de notre époque, cela requiert de nous tout un travail de prise en charge de notre manière
métaphysique d’habiter le monde , un travail de dé-struction.
le monde est un pouvoir-être de Dasein et ainsi notre manière de dire ce qui est témoigne d’une
manière de prendre en vue l’étant non pas tel qu’il se montre de lui-même mais tel que nous le
concevons sous la rubrique de l’objet. Et nous sommes captés par cette façon de nous affairer
parmi des objets que nous maitrisons ; tel est l’époque de la technique: une façon de concevoir
plutôt que d’accueillir le mystère de la présence.
Heidegger va tenter de comprendre ce qui nous a conduit à notre situation actuelle et c’est pour
cela qu’il va reprendre le chemin des penseurs qui ont élaborée cette posture que l’on nomme
métaphysique ; ce qui le conduira à lire et méditer les penseurs du commencement de la
philosophie occidentale notamment Anaximandre, Parménide et Héraclite. revenir à l’origine, ce
moment où en Grèce s’est déroulé ce qu’ l’on appelle « le miracle grec » , moment où des
humains sont assaillis par la question d’être de ce qu’il y a et cela les conduit à élaborer des
rubriques pour comprendre et dire : ainsi les catégories, les domaines de l’étant…se déploie une
manière de dire la présence qui va se laisser finalement fasciner par les manières d’être et le désir
d’en établir le savoir : division entre le sensible et l’intelligible et recherche d’une vérité maitrisée
par la raison humaine et délaissant le mystère du sensible.. Ainsi la chose grecque devient objet
pour un sujet; le sujet prend un temps forme d’un sujet supérieur = Dieu .
C’est ce qui, à partir de la période grecque et dès Platon, ouvre la pensée comme métaphysique,
comme désir de cerner une vérité fondée sur les idées. Avec l’époque médiévale la vérité est le
domaine de dieu et c’est la théologie qui domine jusque’à ce qu’elle soit reléguée dans le
domaine de la fantaisie et c’est alors la domination du dire de la science.
l’apparition des choses et son étrangeté, son mystère a glissé dans le concept de l’objet fondé
par une conscience humaine. Ainsi une réponse est venue supplanter l’ouvert de la présence, la
présence d’être, la question de la réalité et de la vérité: en dernière instance, dans la période
moderne où nous sommes, celle de la technique, c’est l’objet qui doit être durable et stable et qui
doit répondre aux catégories de la logistique et de la mathématique: le monde est conçu comme

un réseau d’objets dont un sujet dispose selon ses désirs du moment et l’homme est également
conçu comme un matériau (pensons aux ressources humaines)
Mais c’est un présupposé très fort… Rien ne dit qu’un objet est qui perdure. Néanmoins nous
nous accrochons à une telle conception qui est rassurante car assurée par la raison humaine
alors que la sensibilité nous expose sans cesse au vertige de l’ouvert, au mouvement d’être et à
notre condition de mortel , mouvant …
Les choses nous parlent et nous appellent à prendre part/place … la question d’être nous transie
et nous essayons d’en contenir le vertige. Dire « un arbre »,c’est faire entrer dans des rubriques
cet étant qui se montre dans sa poussée . Rien ne nous assure d’une stabilité autrement dit d’
une idée de l’arbre laquelle serait stable et éternelle et permettrait de cerner chaque « arbre ».
Nous sommes toujours traversés par le langage dont nous avons perdu la dimension poétique au
profit du dire scientifique (rapport sujet/objet ; domination du rendre compte ) le langage devient
technique de calcul et de communication de données techniques. Nous n’en sommes plus les
habitants passagers et énigmatiques prenant part d’une charge d’être pour un certain
temps ,séjournant parmi d’autres modes d’être, obligés mutuellement .
Donc Heidegger en arrive à une phénoménologie qui est toute une sigétique, un appel de signes
et c’est au coeur des signes que nous vivons et sommes appelés a sans cesse prendre place
momentanément, pas entourés d’ objets.
Les signes : Quelque chose qui nous questionne/ étonne/inquiéte… Être, ça fait signe et donc ça
nous donne à entendre quelque chose qui ne se montre sous les auspices de l’objet./ sujet égo
que lorsque on le maitrise selon les règles de la logique métaphysique… d’autres modes sont
possibles tels la poésie… C’est vertigineux quand on mesure ça… La réalité elle-même n’est pas
forcément quelque chose de stable, n’est pas un objet mais c’est une manière de se comporter…
de faire, et on doit s’incliner devant ça… « Je fais ça ! » Il n’y a pas d’explication des choses… La
phénoménologie se retient de toute explication dans le sens de justifier :- c’est comme ça parce
que ou c’est comme ça à cause de… – elle décrit, la façon dont les choses, ce dont il s’agit nous
approchent ce qui est quand même quelque chose de très complexe et elle ne pose pas l’idée
d’un sujet ou de quoi que ce soit de certifié.
La phénoménologie à l’extrême ne pose ni l’idée d’un objet ni l’idée d’un sujet : quand on pose un
objet, l’objectum, c’est un subjectum qui en est la cause et le fondement. Ça, c’est la pensée
métaphysique et c’est pour cette raison qu’il y a eu la théorie du sujet : Il faut qu’on pose l’apriori
d’un sujet et des objets pour justifier et dominer, exercer sa puissance sous les auspices de la
volonté de dominer ce qui est.
La phénoménologie renonce à toute certitude, on est dans une poétique dans le sens de la
poïésis. Ce qui veut dire des manières de faire, de se comporter qui sont respectueuses de ce
dont il s’agit, qui n’essaient pas de les forcer à se tenir dans nos cadres de pensée rationnelle où
on force le langage à se tenir dans les présupposés d’un sujet et d’un objet, c’est-à-dire
l’ouverture pour du sens sans cesse pro-venant; le symbolique. La vision occidentale a des
conséquences désastreuses, puisque à l’extrême, ça amène à ce que tout soit vu dans l’ordre de
la subsistance et de la durée; du stock disponible. Et c’est la plus grande violence qu’on puisse
faire à physis, à ce qui est, au jaillissant ou à Être et ça nous conduit à prendre l’humain comme
un objet, comme un stock, comme un produit manufacturable et a pris forme de la guerre devenu
monde.
Dans la quotidienneté et la société dans laquelle nous sommes, nous vivons dans un monde
rationalisé dans lequel il y a des certitudes. C’est pour cela par exemple qu’on peut rendre
conforme l’identité et le genre. Et ça, c’est au prix de perdre la question de ce qui nous arrête, la
question du symbolique, du mystère, qui est que non ! on ne peut pas le réduire pour en faire
quelque chose. Et ça augure ces cruels dilemmes de quelqu’un qui se dit une fille alors qu’il est
un garçon et qui donc se trouve devant la décision de rendre son corps conforme à l’idée qu’il en

a plutôt que d’interpeller cette idée et s’y laisser éprouver plutot que rationnaliser…… on ne
s’incline pas devant la finitude, que nous soyons limités dans nos possibilités de dire, de penser
et d’agir, que notre pouvoir être s’assortit d’obligations quant à ce qu’il nous est donné d’avoir à
être. Et l’absence de limite amène à un monde où nous nous concevons comme des
assemblages ou des objets malléables à l’envi.
En fait, le travail du poète est de renoncer à dominer la parole, à se poser comme le maître du
langage avec un bagage verbal avec une signification enfermée dans les mots et des
significations qui seraient une vérité raisonnée… qu’est-ce qui est le vrai ?
Le vrai est le moment où un humain en vient à assumer sa manière de se comporter à,c’est-à-dire
à en assumer les conséquences impensables car toujours excédant nos brainstorming… qui fait
que, est-ce que je peux assumer les conséquences de…. et qui conduit peut-être à ne pas…
Une forme de morale qui n’est pas une moralité, une morale qui est la question de l’ethos :
Qu’est-ce qui est digne du respect de ce qui est ? La domination s’assortit de la soumission,
nous ne savons plus nous incliner devant ce qui force au respect…
Ça se traduirait par ce que dit Aurélien Barraud : « Nous sommes la génération qui avons en 50
ans détruit 50% des espèces animales, plus de 80% des plantes… » C’est-à-dire que sous le
prétexte de dominer, d’en faire des choses disponibles pour notre usage, nous nous mettons en
danger de mort… nous sommes en train de détruire le site propice à une habitation humaine et
autre … à l’habitation d’être; le monde est vu comme un gigantesque entrepôt livré aux fantaisie
de la volonté de dominer et soumettre, jusqu’à sa dimension destructrice totale que nous avons
déjà mise en oeuvre.
Ce qui rejoint aussi le séminaire de Zagdansky avec la gestion génocidaire du globe : Nous
sommes dans la destruction. Pas la de-struction au sens de révéler le struc – démarche
phénoménologique ( zerstrüren ) – mais Zerstören, détruire au sens de ne plus respecter les
choses, les forcer à se tenir comme on veut. Ce qui amène petit à petit le fait que nous n’avons
plus d’appui, plus rien ne nous arrête et nous sommes livrés au vertige de la toute-puissance, qui
ne peut être que destructrice.
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Le mot ne peut pas être une chose.
« Stefan George, ayant pressenti poétiquement que le mot lui-même ne pouvait être une chose,
aurait demandé auprès de la Norne le mot pour le joyau — c’est-à-dire pour le mot. »
Quel est le mot pour dire le mot ? On ne peut pas sortir du langage… C’est tout le débat de « Etre
et Temps », Quel est celui qui se pose la question de l’être ? Celui qui se pose la question de
l’être, c’est l’homme, puisqu’il se pose la question de l’être qui lui est toujours déjà donné et qui
est toujours dispensé et n’en finit pas d’ad-venir; et on ne peut pas sortir de ça pour dire ce
qu’est l’être. On ne peut y être que selon une question et une responsabilité selon la manière de
nos mouvements qui nous décide et que nous assumons. Parler c’est dire et dire c’est faire…
Parler, c’est agir: nous habitons un monde langagier lequel indique nos modes d’être ensemble.
Si je dis « gérer les émotions », j’agis d’une certaine manière eu égard à la sensibilité ; « gérer »
est un mot de maîtrise et de stock et qui augure tout autrement que traverser, accueillir, retrouver,
endurer. Nos modes de dire pro-disent saveurs … le verbe gérer augure une saveur tout autre que
caresser…
Et en même temps, le mot est une articulation sonore. Comment peut-on dire que le mot dit ? Ça
amène au mystère de prononcer des sons et que ça fasse des mots, au mystère de la
signification … qu’on ait une grammaire – les grands travaux de Wittgenstein sur la grammaire du
langage.
Wittgenstein est l’auteur du tractacus logicophilosophicus. Lui et Heidegger n’ont pas eu trop de
lien, mais sur le travail de la pensée et sur la démarche phénoménologique, ils sont dans le même
type de phénoménologie.
La grammaire n’étant pas le présent, le passé, le futur mais les jeux symboliques dans lesquels
nous habitons : il y a des manières d’enterrer les morts, il y a des manières de boire le thé, il y a
des manières de lire, il y a des manières de s’habiller qu’on ne peut pas justifier mais qu’on doit
attester d’une certaine manière… c’est toute cette dimension qu’on a appelée anthropologique.
Et il y a des manières qui sont respectueuses, c’est à dire qui ne forcent pas les choses, qui ne
les mettent pas à la limite dans la situation de ne plus être là… un peu comme quand tu vas
cueillir de l’ail des ours, tu ne cueilles pas tout l’ail des ours. Cette dimension qui dit « je préserve
que la plante repousse » ou « je ne me dis pas, c’est pour moi et tant qu’il y en a, je le prends et
après on verra bien ».
De voir le monde et la parole comme disant des stocks et disant une vérité avec certitude, ça
nous amène à maîtriser, user et abuser . Mais ce qu’on maîtrise, ce n’est rien finalement, on est
en train de se démolir. Et au nom de ne pas être contaminé et de rester vivant à tout prix, on en
vient à ne plus exister.
Pour Wittgenstein, dans la grammaire des jeux de langage, il y a par exemple donner un ordre,
prier, rêver, raconter une histoire… C’est la manière dont le langage développe une structure
logique, une structure du parler qui a des saveurs. Et il y a des choses qu’on ne peut pas dire, on
ne peut pas justifier ou décrire l’odeur de la rose… ça fait prendre conscience que tout échappe,
tout glisse. La saveur donne à entendre, ça montre quelque chose, mais ça ne le montre pas au
sens d’un objet… « j’ai peur de perdre le goût du mot fraise » (dixit une patiente).
Et peut-être face à ce vertige d’être, d’ouverture, de profusion, d’échappée on en est venu à
vouloir maîtriser des étants, des objets … des trucs.
Dans la vérité comme dévoilement, il y a quelque chose qui accepte une échappée et qui dit « Je
le prends par-là ! ». Mais je pourrais aussi le prendre par ailleurs. Donc la vérité est la décision de
dire « je le prends par-là » qui est une décision qui n’est pas durable, qui est un acte. Ça vient dire
que toute manière de dire et de faire déployer une manière d’habiter, une éthique et l’éthique, ce
n’est pas un ensemble de règles, ce sont des gestes qui ont des conséquences… qu’on croit
maîtriser dans l’époque moderne… C’est toute la pensée de la technique et du nihilisme autour
de Heidegger et du langage.
En fait, on pourrait dire que le dilemme de l’humanité, ce qui fait notre humanité, c’est d’être
transi de symbolique (transi dans le sens où on ne peut pas sortir de la parole), d’ouverture pour
dire, pour donner sens et ça c’est quand même quelque chose de périlleux ! On ne peut pas sortir
des signes. Tout nous questionne. Ce qu’on voit chez les enfants, notamment : « et pourquoi les
nuages ? Et pourquoi ci ? Et pourquoi ça ? »
Heidegger va dire qu’il faut retrouver l’élément du langage, là où il est dans un espace
respectueux, comme le poisson est dans l’eau… On ne peut pas le justifier, on doit le constater et
en endurant qu’on ne maitrise pas ce que l’on dit quand on dit que le poisson est dans l’eau : que
par exemple cela nous évoque que le poisson respire dans un endroit où moi, je ne respirerai pas
par exemple… Ce qui ramène peut-être à cette dimension d’ouverture (la question du sens) et
d’angoisse, au sens que rien n’est acquis, certain, établi, que tout passe.
C’est la question de toujours « dire » ! Quoi que je fasse. Je dis avec des mots, je dis avec des
gestes, mais je dis et ce verbe explose en mystère: dire? . Et ça appelle au mystère de la
rencontre… de la vérité… de la réalité. Qu’est-ce qu’on appelle réalité ? Qu’est-ce qu’on appelle
vérité ?est ce un quoi ou bien un qui? la manière de questionner est déjà partiale.. Et jusque-là,
on ne se questionne pas, on dit que la réalité, ce sont des tables et des chaises… Heidegger, il
amène à reprendre ça en faisant un pas de côté, parce que c’est à partir de ça qu’il va dire
comment le monde est une chaîne de renvois, à partir des usages, des allées et venues
quotidiennes d’un humain côtoyant d’autres manières d’être. C’est tout le travail sur la vie

facticielle : une table, c’est là où un humain vient s’asseoir devant, pour manger, bouquiner…
Donc le mot ne dit pas un objet, il dit une manière de faire… ouverture où sans cesse nous
devons nous décider, quoique nous fassions et où nous sommes inextricablement impliqué. C’est
une décision, c’est-à-dire, une manière d’être de cette manière, une manière d’avoir entendu la
question d’être et d’y avoir répondu et d’y être au cœur; une manière d’être-au-monde.
C’est la défenestration quant aux monades de Leibniz : il n’y a pas de porte et de fenêtre ni on
peut dire stop, on arrête: être-le-là toujours en pro-venance jusqu’à ne plus y exister: mortels
nous sommes.
Et la chose n’est pas l’objet… la chose, c’est ce dont il s’agit, quoi que ce soit, ce dont il s’agit
d’une manière pour nous de faire avec le fait que nous sommes livrés à l’existence.
Et s’il n’y a pas de mots, il n’y a pas de ce dont il s’agit… on n’en sort pas. Nous habitons le
langage. Nous sommes appelés à prendre place dans une forme langagière qui est toujours une
forme arbitraire, finie, toujours en voie de sa possibilité suivante.
Et il y a cet idéal de maîtrise, ce dont parle Heidegger quand il dit que le langage n’est pas dans
son élément, c’est quand on essaie de le maîtriser, soit de le surpasser, c’est-à-dire de le dominer,
soit de le sous-passer en essayant de le sous-poser, de faire une justification : toutes les théories
psy, tous les protocoles, la norme ! C’est pour ça que c’est sans fin ! Plus on veut s’assurer plus
la faillibilité jaillit et on ajoute des assurances …exponentiellement !
Toutes les formes pathologiques se déclinent par là : l’obsession, c’est quoi/qui ? C’est cette
espèce de verrue de questionnement qui fait que j’ai conscience que toute chose est partielle et
partiale et j’essaie d’avoir fait le tour de tout ce qui est possible. Du coup, je suis toujours ouvert
dans les possibilités et ça n’en finit pas et je ne peux pas me décider puisque je voudrais avoir la
vraie décision, la seule, l’unique… cette présomption de ne pas se tromper, de ne pas faillir.; de
tenter de réduire la possibilisation de soi en une liste de possibilités d’objets.
« Tel ne sommeille rien au fond de l’eau profonde. » C’est-à-dire qu’il n’y a pas de justificatif, il n’y
a pas de fondement ultime à notre existence, il n’y a rien qui nous justifie de tout et qui ferait
qu’on saurait pourquoi on est là. Il n’y a pas de vérité, il n’y a pas de certitude. et il n’y a pas de
mot arrêté pour dire « le mot »…
La métaphysique va chercher à arraisonner ce qui est derrière ou ce qui est le fondement, le fond,
le Grund, le sol. C’est l’idée que ce qui est là a un sol qui est caché, qu’il faut trouver et qui est
assuré… les sciences prétendent cela.
La seule chose qu’on pourrait trouver finalement, c’est l’idée du divin, qui est une manière de
nommer le mystère avec quelque chose qui nous échappe radicalement, puisque Dieu est un
« concept vide » ou une évocation de l’altérité à laquelle nous sommes livrés en existant, mais ça
dit « autre que nous », s’en remettre à Dieu pour sortir de l’ego et s’incliner devant le mystère que
nous avons charge d’être un certain temp… un accueil, recueil, rendre grâce .
——————— reprise de la lecture ———————
« Le mot pour le mot ne se laisse nulle part trouver là où le destin dispense, pour l’étant, la parole
qui le nomme et l’institue, afin qu’il soit et, étant, rayonne et éclose. »
Le mot pour le mot : Le mot qui dit le mot. Il ne se laisse pas trouver là où le destin dispense pour
l’étant, donc pour ce qui est, la parole qui le nomme. Quand je dis le mot, je cherche le mot, le
mot qui serait le mot, le mot de tous les mots… la totalité… comme si je chercherais la structure
totale du langage, comme si je voulais essayer de la poser devant moi pour la regarder comme je
regarde la tasse, l’examiner, en faire le tour. Donc le mot pour le mot, ne se laisse nulle part
trouver, il n’y a pas d’endroit où on le trouve là ou pour l’étant que nous sommes – le Dasein,
l’être humain, le destin : avoir à se destiner, être livré à l’existence, le fait que nous soyons jetés à
la vie, que la vie nous soit donnée quelque part entre naissance et mort – c’est ce qui nous donne

la parole qui le nomme le mot. Il n’y a qu’un humain, en tout cas un étant qui est livré à
l’existence, qui peut se poser la question du mot et qui peut le chercher.
C’est la parole qui nomme et institue l’étant : je dis « je », je dis « c’est une tasse »…ce disant cela
sous-entend « ce n’est pas une pierre », « ce n’est pas un caillou, ce n’est pas une robe : ce n’est
pas …s’ouvre vertigineusement à chaque mot prononcé; qui se laisse entendre sans pouvoir
s’énoncer exhaustivement.
« Afin qu’il soit et, étant, rayonne et éclose » C’est la parole qui donne être à quoi que ce soit, qui
témoigne d’être, c’est-à-dire de déployer une guise d’être, une manière d’être. Une tasse plutôt
qu’un râteau.
En fait, il n’y a pas quelque chose qui pourrait rassembler sous un mot l’entièreté de la parole, un
mot qui dise le mot. La parole est le mouvement , le rendre présent, de donner forme… la guise :
la manière de parler ; Dasein.
Dans la manière de parler, il y a à la fois le contenu, ce sur quoi on s’arrête le plus souvent, et une
manière de respirer, une manière de bouger la bouche… c’est toute une manière, une saveur,
etc…une guise d’être humain.
« là où le destin dispense » : le destin, il dispense, il déploie pour l’étant le temps pour, c’est à dire
pour ce qui est ainsi et pour celui qui est parlant aussi… il déploie la parole… la parole se
déploie/ dispense. La parole qui nomme, appelle par le nom et en appelant par le nom, rend
présent et institue, donne une stature, une tenue pour qu’elle soit ce qui est maintenant tissant un
paysage mondain. Donc ça rayonne, ça déploie sa dimension : la manière d’être d’une tasse n’est
pas celle d’un râteau. Je ne peux pas verser du café dans un râteau… ça ne rayonne pas et ça
n’éclot pas de la même manière… Ça n’appelle pas aux mêmes usages… Ça n’appelle pas à la
même présence d’être, à la fois pour ce dont il s’agit et pour qui le nomme et l’appelle à venir, à
se rendre présent.
« Le mot pour le mot — un trésor à la vérité, et pourtant ingagnable pour le pays du poète ; mais
pour la pensée? »
C’est ingagnable plutôt qu’injoignable. On peut entendre en ingagnable quelque chose qu’on ne
peut pas se le payer, le capitaliser, ou ingagnable au sens où on ne peut pas le rejoindre, l’y
atteindre. On peut entendre dans le trésor quelque chose qui est riche de possibilités et qui se
préserve en retrait.
Ça viendrait dire que le poète, lui, ne cherche pas à arraisonner le mot, il n’est pas dans un
rapport de domination du mot ou de la parole. Mais qu’en est-il au sujet de la pensée ?
« Quand la pensée essaie de méditer à la suite du mot poétique, alors il se montre ceci : le mot, le
dire n’a pas d’être. Cependant notre façon coutumière de nous représenter les choses résiste de
toutes ses forces à cette méditation et à ce qui vient s’y donner. Tout un chacun voit bien et
entend des mots — par écrit et dans la voix. Ils sont, ces mots ; ils peuvent être comme des
choses, perceptibles par nos sens. Il suffit, pour prendre le plus grossier des exemples, d’ouvrir un
dictionnaire. Il est plein de choses imprimées. Sans doute. Rien que des mots — et pas un seul
mot.
(Note : L’allemand peut, à partir du mot das Wort, faire deux pluriels : a) die Wörter, les
mots du vocabulaire ; b) die Worte, les mots en tant qu’en eux se dit quelque chose. Le
second sens est plus ample, plus profond. En lui se dit ce qu’est un mot : non pas un
signe, en sa fonction de numéraire facile et représentatif — mais ce que notre poète
nomme (Variations sur un sujet) un mot total, neuf, étranger à la langue et comme
incantatoire. »

Comme si, ce serait le mot qui dirait la condition de possibilité des mots ou la parole, comme si,
le poète donne à entendre une profusion, une richesse et on essaie d’en entendre quelque chose,
mais on ne peut pas maîtriser un poème. C’est un rapport à la parole qui est riche, qui montre
sans dire… un dire qui ne peut pas s’attraper, qui fait jubiler la fervescence du monde.
Quand j’ouvre un dictionnaire, je vois des mots imprimés… pas un seul mot… l’unique. Il y a des
mots et pour définir un mot, c’est toujours des mots pour donner à entendre… on tourne autour…
on est dans un cercle herméneutique jamais dans une maîtrise.
« Car le mot par lequel les mots viennent au mot (zum Wort kommen : parviennent au mot), ce
mot, un dictionnaire n’est pas en état de le capter et de le mettre à l’abri. »
Le dictionnaire ne peut pas attraper le mot pour dire les mots.
Ou… comment est-ce possible que nous parlions ? Que des mots soient ?
Tout notre dilemme est là, d’essayer à tous moments, de dire.
Ça fait penser à un film japonais « L’art du thé » : petit à petit, il y a la manière d’avancer, la
manière de frapper, tout est compté, tout a une manière. Il y a une procédure ritualisée dans
laquelle on doit entrer, qui est une forme méditative, une forme pour accueillir, pour recueillir, pour
que ça sonne. Il faut battre le thé jusqu’à ce que ça fasse une lune. Il y a le thé du printemps, il y a
le thé d’été, il y a le thé de tel moment, il y a le thé du vent, il y a le thé de la pluie. Et il y a le bol…
celui-là, pour ce moment-là. C’est comme si, à la fois ça donne une extrême maîtrise, mais pas
que ça, une manière de respecter, s’incliner .
« Le mot pour le mot » : on est toujours à essayer de donner à entendre quelque chose qui
s’échappe.
« Rien que des mots » dans un dictionnaire « et pas un seul mot », celui qui dirait la langue ?
Puisqu’on utilise toujours des mots pour définir mais jamais LE mot qui arrêterait tous les autres :
donc ce mot, un dictionnaire n’est pas en état de le capter ou de le mettre à l’abri. Il ne peut ni
l’attraper, ni le préserver puisqu’il faudrait qu’il soit LE mot !
entendre aussi le mot isolé de celui qui en module le souffle, celui qui en est récipiendaire :
Dasein… le mot pour le mot ne serait-il pas l’ouverture/ l’appel d’air faisant vibrer nos bouches?
une Geste ?
« Où donc le mot est-il à sa place ? »
où donc le mot, le mot générique et pas ´´ce mot´´. C’est toujours ´´ce mot´´, ce n’est jamais « le
mot »… C’est la même question que « être ». C’est toujours une guise d’être, être sous un certain
rapport, une manière de prendre place, part. Et ça, on n’y fait pas attention. « Où donc le mot … »
le mot, c’est LE mot ! Comme la tasse qui serait LA tasse, ou le sac qui serait LE sac, le sac
définitif, il serait parfait.
« Où le dire est-il chez lui? »
Pas la phrase, pas l’énoncé… le dire est-il chez lui ?
Ça nous ramène à ces questions qui sont somme toute essentielles et toutes fraîches, toutes
simples. Mais il faut qu’on les réhabite autrement pour mesurer qu’on ne prend pas garde que ce
n’est pas, « où donc UN mot a-t-il sa place ? » Mais « où donc LE mot a-t-il sa place ? » Ça fait
penser à l’unique trait de pinceau de Fabienne Verdier… La phrase, le mot qui arrêterait tous les
autres.L’oubli de cela : le mot/l’etre humain
« Ainsi, l’expérience poétique avec le mot nous fait signe remarquablement.
Le mot — pas une chose, rien d’étant ; Inversement : nous sommes renseignés sur les choses
quand, pour elles, le mot est à notre disposition. Alors la chose « est ». Mais qu’en est-il de cet «
est » ? La chose est. Est-ce que le «est» lui-même serait encore une chose, surmontant une autre

chose, posée sur elle comme un chapeau? Le « est », nous ne le trouvons nulle part comme
chose quand nous le cherchons sur une chose. Il en va du « est » comme du mot. Pas plus que le
mot, le « est » n’est à sa place parmi les choses qui sont. »
On dit que « est », le verbe « être » est nécessaire pour toute parole mais qu’il est vide de sens et
la condition de possibilité de toute signification possible.
Être est toujours présupposé : quand je dis le bleu du ciel, je présuppose que le ciel est bleu. Il
n’est pas gris, il n’est pas noir… ou je dis doigt : je dis il y a un doigt… c’est un doigt.
C’est la définition classique dans la pensée métaphysique que tout prédicat dit être. Si je dis
table, je dis la table est… Tout ce que je nomme… Ça lui donne être mais ce n’est pas un « est »
et on ne peut rien dire de cet « être » là, quand on parle. Et c’est ce qui déploie la parole parce
qu’on essaie de dire « être ».
C’est « être » la catégorie la plus vide et condition de possibilité de tout dit la métaphysique…
C’est pour ça qu’on dit que c’est le fondement, non fondé, non fondable. Dès qu’on essaie de le
dire, on en fait un étant, une manière d’être.
C’est une nécessité Être, c’est le propre de la parole Être. C’est pour ça que c’est là où Être a son
séjour, mais c’est un séjour en retrait, en pli… un repli d’être et d’étant. Jamais je ne peux saisir
Être, jamais on ne pourra dire qui être Edith, on peut dire qui elle est maintenant… et encore… on
peut essayer !
On dit bien que cette chose, elle est là ! Sous l’ordre de quoi on dit qu’elle est ? C’est bien qu’on
a un présupposé de ce qu’est l’être… donc une théorie.
« Tout à coup nous voilà réveillés de la somnolence des idées toutes faites, et nous entrevoyons
du tout-autre. En cela que l’expérience poétique avec la parole dit du mot joue le rapport entre le «
est » (qui lui-même n’est pas) et le mot (qui se trouve dans le même cas, c’est-à-dire n’est rien
d’étant) ».
Il manquerait une virgule après «mot»? il manque un rythme et du coup, on ne peut pas accéder
à la signification…ou bien cela tisse le fourmillement incessant du sens? tentons de voir ce que
cela augure de jouer avec le rythme
donc, « En cela que l’expérience poétique avec la parole dit du mot, joue le rapport entre le « est
» (qui lui-même n’est pas) et le mot (qui se trouve dans le même cas, c’est-à-dire n’est rien
d’étant) ».
Il montre une direction, mais c’est un montrer qui n’est pas un voir sous l’égide métaphysique de
l’objet/ sujet humain.
« Le déploiement à la manière d’une chose, l’être, ne convient ni au « est » ni au « mot » — et
encore moins au rapport entre le « est » et le mot, auquel il revient, chaque fois, d’accorder un «
est ».
Chaque mot dit « est », dit une manière d’être,une approche sans cesse en voie.
Si je dis t-shirt, si je dis aéroport, si je dis… plutôt que je rêve, plutôt que je coupe… Quoi que je
fasse, la parole, elle déploie « être » dans toute sa richesse, dans toute sa subtilité, mais jamais
elle n’attrape « être » le verbe, ni « mot », le mot… le premier mot ou le mot qui les rassemblerait
tous… le mot qui rassemblerait toutes les manières d’être dans une fixité.
Donc, « Le déploiement à la manière d’une chose », par exemple que ça se déploie comme une
tasse, c’est-à-dire que les possibilités d’être se déploient comme cette tasse-là, ne conviennent
pas pour « est » ni pour le mot… On ne peut pas trouver, comme cette tasse-là, une manière
d’être qui serait toutes les manières d’être possibles et tous les mots possibles. Et ça convient
encore moins au rapport entre le « est » et le mot puisque le rapport entre « être » et un mot, c’est
chaque fois une manière d’accorder « être », de l’accorder, c’est-à-dire de le décliner… tasse.
C’est une manière de décliner possibilités d’être… comme tristesse, joie… etc

Dès que je dis, j’accueille une donation d’être. et dire « tasse » implique Dasein toujours…jamais
un objet , un mode d’accueillir un pouvoir être…
« Et pourtant, ni le «est», ni le mot et son dire ne peuvent être relégués dans la vacuité du nul et
non avenu (der blossen Nichtigkeit) »
Ce n’est pas une nullité ni un néant. C’est quelque chose qui dit sans énoncer quelque chose de
précis qu’on peut attraper ( nous sommes captés dans le mode métaphysique qui cherche à
s’assurer ), c’est quelque chose qui montre sans dire explicitement, qui donne à entendre sans
avoir une forme établie, une forme arrêtée. C’est la possibilité de toute possibilité: possibilisation
de soi.
« Que montre l’expérience poétique avec le mot quand la pensée pense à sa suite ? Elle montre
en direction de ce mémorable qui met au défi la pensée depuis toute antiquité, bien que de
manière voilée. Elle montre quelque chose de tel qu’il y a, et qui pourtant n’« est » pas (Sie zeigt
solches, was es gibt und was gleichwohl nicht « ist »). »
« es gibt », c’est « cela donne ».
« il y a », appelle plus à la matérialité. Il y a trois billes dans mon sac… « cela donne » appelle à
plus de subtilité, c’est ça qu’il va déplier petit à petit.
« Le mémorable… » Est-ce qu’on pourrait dire que c’est quelque chose qui est de l’ordre de
l’immémorial, qu’on entend dans le fond de toute humanité ? : ce dont on se souvient depuis des
temps immémoriaux et que l’on oublie/ qui s’oublie et oeuvre ainsi. Cela évoque un usage, des us
et coutumes… c’est la symbolique d’une culture, un maillage signifiant inapparent.
« Bien que de manière voilée » bien qu’on ne le prenne pas en vue habituellement.
Être, ça donne la possibilité d’être ainsi ou autrement: s’y décider, y venir en pré-sence, la
présence d’être… Être, c’est tout ce qui permet que je peux dire, matériellement, il y a quatre bols
sur cette table, et je peux dire c’est vrai. Si je dis matériellement il y a cinq bols dans cette table,
on va dire non, ce n’est pas vrai. Quelque chose qui est susceptible d’être vrai ou faux, c’est une
manière d’être qui est sous les égides de la rationalité, c’est-à-dire de quelque chose qu’on peut
compter. Donc on le ramène sous une manière d’être qui est le calculable. Du côté du calculable,
on va dire qu’il y a quatre tasses, un seul thermos. Ce qui est peut -être sous-entendu : ma
présence aux choses, ce dont il y va pour chaque Dasein, à chaque fois…
Dire que quelque chose est vrai ou n’est pas vrai se dit à partir d’une manière de comprendre
sous la catégorie de la rationalité, parce que la rationalité peut se prononcer sur la vérité ou la
fausseté de quelque chose…la vérité comme adéquatio.
Du côté du calculable, il est vrai qu’il y a quatre tasses. Si je prenais du côté des récipients, il est
vrai qu’il y en a six, Il y a quatre récipients tasse, plus un récipient thermos et un récipient
carafe… et cela, à partir du fondement, du présupposé que je ne prends pas en vue d’habitude.
Et si je prends la rubrique des contenants, Il y a les contenants tasse… cahiers, stylos,
téléphones, un livre qui contient des mots et un tissu qui contient des fleurs… et ça commence à
devenir déjà moins banal.
C’est toute cette dimension-là, de quelque chose qui est toujours pris dans des a priori subtils
qu’on ne prend pas en vue. Et plus on creuse ça, plus on va trouver des présupposés sans cesse.
C’est pour ça qu’on ne peut que tendre vers… laisser la chose se déployer de soi-même laquelle
témoigne de ma manière d’y avoir ouverture. La démarche phénoménologique, elle n’est jamais
finie, elle est toujours une explicitation… Ou bien, plutôt que…
« Elle montre quelque chose de tel qu’il y a, », la poésie montre qu’il y a… que des choses se
donnent, d’une certaine manière… elle n’essaye pas de les définir. elle nous appelle à cette
possibilité qui nous transit et ouvre question d’y venir en présence…sans jamais fixer… un
paysage plutôt qu’une carte géographique…

« et qui pourtant n’« est » pas », il ne s’agit pas de la matérialité du nombre de tasses sur la table
(pour reprendre l’exemple ci-dessus), ou d’autres formes qu’on pourrait arrêter.
« À cela qu’il y a appartient aussi le mot ; peut-être même non seulement aussi, mais bien avant
tout, et cela d’une façon telle que, dans le mot, dans sa manière de se déployer, soit à l’abri,
invisible cela qui a (jenes, was gibt). »
Ce qui est donné… quoi que ce soit, par le mot, ça prend place… Ça appelle… ça nomme…
Viens ! et cela m’y appelle, témoigne d’une façon d’y avoir pris place et lieu.
Si je dis : « voilà ! là, faisons venir une licorne dans la pièce. » On peut la faire venir mais elle n’y
est pas au sens d’un objet, mais « il y a » de cette manière-là.
Donc… La poésie nous permet de voir, qu’il y a… que des choses se montrent, se donnent, que
le mot lui appartient et que même, non seulement aussi, mais avant tout, le mot permet à quelque
chose de se déployer, fait déployer qu’il y a et Dasein. C’est le mot qui témoigne qu’il y a. C’est
par le mot, le mot qui peut être silencieux… un geste, un signe… le mot dans toute son épaisseur.
Dans sa manière de se déployer, la parole garde à l’abri cela qui a, au profit de comment ça se
montre. Le pouvoir être est gardé à l’abri.
« Alors, du mot, la pensée l’équilibrant en toute rigueur, Il ne serait plus jamais permis de dire : il
est — mais au contraire : il donne (es gibt) ; »
un mot est ce qui donne faveur de monde, possibilité de… Es gibt : c’est une nuance du « il y a »
qu’on peut entendre en allemand, mais pas en français.
« et cela non pas au sens où « il y a » des mots, mais où le mot même donne (das Wort selber
gibt) »
Le mot lui-même donne, dans le sens… d’un avoir lieu ; mais un avoir lieu, c’est une possibilité
qui n’est pas que matérielle. Du coup, il faut entendre : ´´Il y a une licorne dans la pièce´´ sur le
mode de l’imaginaire… je ne parle pas sous l’ordre de la réalité matérielle mais sous l’ordre de la
réalité imaginaire… donc il y a une licorne ! et c’est par là qu’un monde m’est donné et que j’y
prends part.
Et ça, c’est la démarche phénoménologique qui nous amène à expliciter ça, à s’en rendre
compte, sans vouloir le maîtriser… on le touche… ça nous touche.
« Le mot : ce qui donne. Donne quoi ? »
Le mot, il donne quoi ? Ça évoque : ceci n’est pas une pipe… demain, le mot chien mordra til ?… la terre est bleue comme une orange… Ça vient questionner cette manière d’avoir
arraisonné la parole et peut -être d’oublier que nous y avons toujours déjà pris part et que nous
avons charge de cette manière de faire monde ?.
« Suivant l’expérience poétique et suivant la plus ancienne tradition de la pensée, le mot donne :
l’être. »
Le mot, c’est ça qui donne l’être, selon la forme la plus traditionnelle, parce que déjà là, ça ne va
pas de soi. Il donne l’être ou il donne d’une certaine manière l’être ? Et cette distinction être/
guise d’être e’st-elle pas elle -même déjà prise dans le filet de la métaphysique dont nous
sommes tissés?
« Alors, en pensant, nous aurions, dans ce domaine où « il y a ce qui donne », à chercher le mot
comme le donnant lui-même, ce donnant qui n’est jamais donné. »
Il y a /ce qui donne… Le mot, il donne, il est toujours d’une certaine manière , tourné à même
notre présence affairée le plus souvent. Il n’y a pas le mot… Il s’échappe, et du coup… cercle
herméneutique… on retrouve la question de l’être… le donnant non donné… quelque chose qui
taraude le mot ou la parole, et qui taraude être… qui a un registre particulier mais qui n’est pas
celui de la quotidienneté, et pourtant, qui est nécessaire mais qui est sans fond: exister…