Compte-rendu de lecture n° 3 "Le déploiement de la parole"

Compte-rendu de lecture – Le déploiement de la parole n°3 – p 145 (Tel Galimard)
– Février 2023 à Saint Salvy)-

Corinne Simon, Frédérique Remaud, Edith Blanquet. M Christine Chartier.

Le déploiement de la parole est la possibilité de faire une expérience avec la parole, et l’expérience
qu’est-ce que c’est ? Tout le thème est là.
« Il ne faut toutefois pas laisser se répandre l’opinion que serait ainsi porté un jugement dépréciatif
sur l’étude scienti9ique et philosophique des langues et de la langue. »
On pourrait penser qu’il a une opinion péjorative comme quand on dit qu’il est passéiste et
qu’il n’aime pas la technique. Il n’y a pas d’espace pour penser, c’est tout de suite une opinion
pour ou contre, et à son époque c’était déjà là. On peut s’aimer et se respecter sans être d’accord.
Ça n’a pas toujours été comme ça. Avant le XVIIème on ne parlait pas d’un égo. C’est Descartes
qui ouvre la philosophie moderne. Il faut penser l’étoffe, la présence, physis, comme matière et
distinguer cela de la raison/idée pour les séparer, psycho/somatique pour pouvoir les distinguer.
Une geste ne posait pas question, mais c’est devenu d’évidence du corps-matière plus de
l’idée, alors qu’auparavant c’était physis ; toujours plus d’un et jamais comptable.
C’est le siècle des lumières qui ouvre la pensée comme ratio, car si on isole la matière du
soufPle, et bien on peut en rendre compte, la mesurer, l’étalonner, et la sécuriser. Le doute cartésien
: s’assurer une bonne fois pour toute de la qualité des idées bonnes ; doutons une dernière
fois, c’est pour ça que Descartes est un tournant dans l’histoire de la philosophie, il ouvre
l’époque moderne et l’Europe. La philosophie orientale n’est pas d’emblée dans cette dimension-
là, elle y vient car elle est fascinée par l’impérium européen.
A partir de Descartes on va penser les choses comme matière et esprit, matière et soufPle. Physis
c’est le jaillissant au sens de geyser, qui n’est pas la même chose que jaillir. De la même manière
qu’en hébreu, le temps n’est pas posé comme un temps qui se conjugue. Il y a des actions
et des modalités de l’agir. Ce qui est beaucoup plus proche d’Heidegger, physis, la présence, la
possibilité d’être, la forme au sens de Gestaltung: toujours-en-voie-de-sa-possibilité-suivanted’advenir.
A partir de Descartes, à partir de cette manière de penser -le dualisme- , s’ouvre la possibilité
d’une exploitation: il va se développer une action sur la matière, si la matière est inerte, elle
est secondaire, elle est vide etc.
Quand Heidegger dit cela, il faut le resituer : le déploiement (1957). Quand il dit que l’animal
est pauvre en monde, la pauvreté de monde ce n’est pas un mépris, c’est qu’il est riche d’autre
manière, il est gros de présence à laquelle nous n’avons pas accès…
A ce moment-là tous les travaux sur la technique se sont développés chez Heidegger … On dit
qu’il est un passéiste mais ce qu’Heidegger questionne, ce n’est pas la technique mais le déploiement
effréné de la technique.
« Il ne faut toutefois pas laisser se répandre l’opinion que serait ainsi porté un jugement dépréciatif
sur l’étude scienti9ique et philosophique des langues et de la langue. Cette étude garde ses
droits et elle a son propre poids. A chaque instant, à sa manière, elle donne à apprendre des
choses utiles.
Mais les informations scienti9ique et philosophique sur la langue sont une chose ; autre chose est
une expérience que nous faisons avec la parole. Savoir si la tentative de nous placer devant la
possibilité d’une telle expérience réussit, savoir jusqu’où porte chez chacun d’entre nous ce qui,
là, peut-être a réussi-cela, aucun de nous ne l’a en main. »

Il est en train de poser comment la méthode scientiPique prend sa dimension d’une méthode
qui prend sa dimension d’une autre qui n’est pas ça… elle va prendre sa dimension en se distinguant
de celle-là. La question n’est pas de savoir laquelle est la meilleure car ce sont deux
chemins.
« Cette étude scienti9ique garde ses droits et elle a son propre poids. Elle donne à apprendre des
choses utiles. » Elle amène à regarder le monde comme outil. L’outil, l’utilisabilité est une manière
de voir les choses devant nous de manière à les prendre en main.
Autre manière de voir, chacune a sa portée et ses limites. Si je veux couper un arbre, je le regarde
comme un arbre par où il va tomber, je ne le regarde pas comme un arbre à peindre. Il y
a des nuances et des rapports, il dit bien ça.
Le chemin de la science, la méthode scientiPique a ses droits et son propre poids. Chaque fois,
sa manière de nous ouvrir les yeux en se mettant en chemin nous donne à apprendre des
choses utiles. Donc il y va de l’utile, du pratique, du maîtrisé, les informations scientiPiques et
philosophiques sur une langue sont une chose et peuvent être aussi regarder comme une
technique.
Une autre dimension où il y va autrement d’être : on parle d’une expérience que nous faisons
avec la parole. Est-ce que nous sommes des sujets d’expérience comme en gestalt quand on
propose une expérimentation ? où est-ce que l’expérience nous permet d’observer quelque
chose d’inouï ? Déjà deux postures pour voir l’expérience d’un point de vue technique et d’un
point de vue phénoménologique.
« Savoir si la tentative de nous placer devant la possibilité d’une telle expérience réussit. » Si je
suis scientiPique, je ne mets pas en oeuvre une tentative où j’ai conscience que ce n’est pas gagné,
une tentative qui me placerait devant quelque chose. Je fais un protocole d’expérience, je
compare les données, les variations avec l’idée qu’on a tout maîtrisé. Il y va d’une hypothèse
où j’essaie d’enlever tous les bruits, et ce que l’on appelle la mystique devient du parasitage et
du coup je dois l’éradiquer. On ne se place pas devant la possibilité d’une telle expérience, on
dit que l’expérience est maîtrisée et il y a un protocole pour l’expérience dans lequel on plie ce
qui est, avec l’idée qu’en faisant ça, on va tout maîtriser et avoir une vérité.
« Savoir si la tentative de nous placer devant la possibilité d’une telle expérience réussit, savoir
jusqu’où porte chez chacun d’entre nous ce qui, là, peut-être a réussi-cela, aucun de nous ne l’a en
main. »
Il s’agit de quelque chose qui est une autre manière de s’envisager que celle de la science.
Dans la science je suis dans l’impérium, je veux maîtriser et j’ai des protocoles pour ça et je
prétends que je maîtrise sufPisamment pour que le reste soit négligeable, donc je prends la
main. Et dans l’autre, j’ouvre la main pour voir ce qui va pousser et je me donne les moyens
pour voir si ça viendra.
Exemple : poème de Prévert, « Pour faire le portrait d’un oiseau. » C’est un autre chemin de la
même manière qu’emprunter un paysage et faire un chemin de coupe pour transporter du
bois. Ce n’est pas la même manière de cheminer.
Ça fait apparaitre la zone de portée des deux et déjà une posture dans l’un : je prends la main,
et dans l’autre, j’essaie de mettre en oeuvre… je me place devant une possibilité… ce n’est pas
moi qui la décide, il n’y va pas des objets, il s’agit de trouver une manière de m’y placer, et je
n’ai pas idée de comment il faut faire, je n’ai pas le mode d’emploi, je n’ai pas un protocole.
On ne sait pas la portée de ça, il y aura une portée qui est autre que de vouloir maîtriser, ça
nous appelle à accueillir ça, alors que pour la science, tout ce qui est doute doit être éradiqué.
Alors que là, on est dans une posture d’accueil, de recueil, ce n’est pas une position de maîtrise.
Ça ne dit pas que c’est mauvais, la maîtrise est bonne pour réparer ma voiture mais pas
pour la relation humaine.
Le travers de la pensée scientiPique c’est de nous laisser prétendre que nous aurions bien maîtrisé,
elle appelle à une posture de domination et de plus elle se veut comme garante de la Vérité.
« Ce qui au demeurant reste à faire, c’est d’indiquer des chemins qui mènent à la possibilité de
faire une expérience avec la parole. De tels chemins, il y en a depuis longtemps. Ils ne sont que
rarement empruntés comme il faudrait pour que la possible expérience avec la parole, à son tour,
prenne la parole. Dans des expériences que nous pouvons faire avec la parole, la parole se porte
elle-même à la parole, prenant la parole. On pourrait croire que cela a lieu constamment, en tout
genre de parole. Pourtant quand nous parlons une langue, quelle qu’en soit la manière, la parole
elle-même jamais ne se fait entendre. Quand on parle beaucoup de choses viennent à la parole,
deviennent parole, avant tout, ce dont on parle en en débattant : un état de fait, un évènement,
une question, quelque chose qui nous tient à coeur. C’est uniquement parce que, dans notre parole
quotidienne, la parole elle-même ne se porte pas à la parole, mais bien quant à elle, fait halte et
se retient- C’est uniquement grâce à cela que nous sommes en état, comme cela, de parler une
langue, c’est à dire en paroles, de traiter de quelque chose et à propos de quelque chose. »
Note 2 : L’expression qu’emploie ici Heidegger, « Sur Sprache konnen » est une locution
courante, équivalente à peu près au français « venir en discussion, venir sur le tapis »
Heidegger l’entend littéralement : venir à la parole ; Au début du dernier texte, la locution,
légèrement modiPiée, deviendra même Pil conducteur : Porter à la parole comme
parole.
C’est le travail de thérapie, prendre le temps de laisser cheminer la parole …
Quels sont les éléments pour laisser cheminer la parole, que vienne la parole, et que ça nous
parle ?
Un chemin à ouvrir à partir de la quotidienneté qui fasse que ça vienne…
Prendre la mesure de l’équivoque, on la traverse, on la nomme, on la garde et on cherche à
quel endroit « on est mangé à une sauce ». En questionnant en séance : Pourquoi ça plutôt que
ça ?
Si l’on reprend la première phrase : « Ce qui au demeurant reste à faire, c’est d’indiquer des
chemins qui mènent à la possibilité de faire une expérience avec la parole. » Rappelons-nous
qu’on avait l’impression qu’on le faisait toujours, mais non, nous devons nous mettre devant la
parole pour que ça nous parle. Et ce faisant, il va se passer quelque chose, mais ça ne veut pas
dire qu’on peut s’y mettre devant, au sens qu’on s’y porterait comme si on se mettait devant
un arbre. Les chemins ne sont pas frayés comme celui de la science où le chemin vient avec
une méthode qui est logique, logos est devenu logistique.
« De tels chemins, il y en a depuis longtemps. Ils ne sont que rarement empruntés comme il faudrait
pour que la possible expérience avec la parole, à son tour, prenne la parole. »
Depuis longtemps, il y a de tels chemins, des moments d’illumination, des moments de grâce,
des moments où ça parle et on le sait, des moments avec une autre épaisseur, mais il n’y va pas
d’un fait, il y va de nous.
Le « il faut » ce n’est pas que lui il a vu et il sait quand ce n’est pas ça. Ce n’est pas de ça dont il
parle. En tant que thérapeute, je pourrais dire que je ne doute pas que je suis toujours dans le
dévalement, je me tiens dans l’oubli ; mais je sais également que je dois trouver une manière
pour que l’oubli se déchire. Et je n’ai aucun doute que ce que je fais n’est pas propice à déployer
la parole qui ouvre un site, c’est propice à la quotidienneté.
Il y a des situations où c’est plus propice à une autre dimension, moments de vie ou thérapeutiques,
et ce n’est pas en therme de ‘certains qui savent faire ou pas’.
L’oubli est une manière où l’être se donne à voir en se retirant, c’est une manière quotidienne
de faire où l’on parle des tasses à café ou autre chose…
Pourquoi dit-il « expérience que nous pouvons faire avec la parole » avec en italique. Ça appelle
à une attention, ça veut nous dire que j’en suis le maître, le dépositaire, l’outil ; et si je suis un
outil, je le prends et je m’en sers.
Donc l’expérience, il n’y a pas moi qui fait l’expérience, faire l’expérience avec la parole c’est à
dire auprès d’elle. Ce n’est pas en l’utilisant, comme si on pouvait aller faire une balade avec la parole, comme je fais une balade avec quelqu’un d’autre. C’est la parole qui se porte elle-même
à la parole.
Comment la parole se porte elle-même à la parole ?
C’est moi qui parle donc il y a bien un stock de mots quelque part dans mon cerveau qu’on
peut compter ?
On ne peut pas maîtriser, toujours déjà je bavarde ; mais le bavardage est une forme noble de
la parole, c’est celui de la quotidienneté, il a sa dimension de portée. Je me plie à une posture,
je vais reconnaitre à chaque fois comment humblement humain je suis. Equivoque, bavardage,
j’en témoigne et du coup, ça ouvre… Quand je le prends en vue, ça altère, ce n’est pas sortir de
ça, c’est le traverser, le porter, l’endurer ensemble.
A la différence de l’époké, posture qui se voudrait libre de toute interprétation, ce qu’Heidegger
appelle la phénoménologie clinique est de savoir que toujours déjà nous ne sommes pas
maître de ce que nous disons, nous ne mesurons pas l’inouï de ce que nous disons, nous devons
prendre la mesure comment à chaque fois on va fermer les chemins. C’est tout sauf l’époké.
Sortir de la complaisance, ça nous convoque ensemble, patient et thérapeute.
La posture, en aucun cas ne doit être ramenée à faire quelque chose mais en se laissant surprendre.
Donc dans les expériences que nous pouvons faire « avec » la parole et il est bien question «
d’avec », est-ce qu’on la voit comme un outil dont on se sert ou est ce que la parole est quelque
chose qui doit ouvrir un site ? Le « avec » est chez lui un outil dont je me sers et pourquoi pas,
dans ce cas-là, j’ai des stocks de mots, je suis le maître et je maîtrise, et je suis dans « avoir le
dernier mot. »
« Avec », ça dit différentes dites, un peu comme dévoilement/dévalement, tenue de rapports
du point de vue de la forme, du phénomène et si je le vois par-là, il y a aussi une autre voie que
je mets de côté, comme une ambivalence. Il ne s’agit pas qu’il y en ait une de vrai ou pas, c’est
à tenir ensemble, l’étranger prend sa dimension du familier, chaque mot fait pousser un autre,
encore un autre etc… au moins un autre, toujours plus d’un.
« Avec » la parole qu’est-ce que ça va nous donner à penser ?
Première manière de la prendre :
« Avec » : ex je bois le café avec une tasse, donc un outil.
Ou bien « avec », c’est à dire je vais à sa rencontre ? Je ne vais pas rencontrer une tasse, quoi
que …. Si je suis tourneur, il y a une autre manière de m’y rapporter, ou si je vois une tasse d’un
artiste, il y a autre chose… Un bol, ce n’est pas qu’un bol, c’est aussi une tournure, des défauts,
qui vont laisser des traces ; dans cette utilité se niche toute une saveur et du coup tout un paysage
de monde, donc « avec » une histoire.
Et ça ouvre d’autres paysages, ça fraye d’autres chemins.
« la parole se porte elle-même à la parole, prenant la parole. »
Il parle d’un « avec » dans lequel la parole se porte elle-même à la parole prenant la parole.
« prenant » : participe présent au sens présence d’être et c’est là ou expérience, épreuve, faveur
de monde, c’est l’Ereignis. Expérience n’est pas une expérimentation mais une traversée,
une venue à la présence, survenue en mode égo.
La parole n’est pas ailleurs que là où nous habitons. Nous sommes répondant à un appel.
Se comporter, c’est répondre présent, et mesurer l’inouï de ça.
« Dans des expériences que nous pouvons faire avec la parole, la parole se porte elle-même à la
parole, prenant la parole. »
Alors que nous on pense que c’est un humain qui prend la parole et qu’il l’a à l’intérieur de son cerveau,

« On pourrait croire que cela a lieu constamment, en tout genre de parole. »
Toujours la parole prend la parole, la parole ça parle ; dans le quotidien, on va dire plutôt je
parle, bien sûr que je parle, c’est évident, donc la parole elle parle.
« Pourtant quand nous parlons une langue, quelle qu’en soit la manière, la parole elle-même jamais
ne se fait entendre. »
A travers ce que dit quelqu’un, j’entends le parler de la parole, j’en appelle au parler de la parole.
En tant que thérapeute, je ne me laisse pas prendre dans le quoi, j’entends le parler de la
parole, Ex : je suis attentive à la manière dont tu bouges la tête, ou ça me serre le coeur, et on
va chercher ailleurs, j’appelle vers le parler, vers l’épaisseur.
Il faut que ça s’arrête pour que la parole se déploie et on va appeler un qui, on va s’y trouver,
appeler aussi en tant que thérapeute, se laisser arriver à cette fraicheur native.
« Quand on parle beaucoup de choses viennent à la parole », on parle de la parole de la posture
du thérapeute !
Quand on parle, les choses deviennent parole, qu’est-ce que ça veut dire deviennent parole ? la
tasse devient parole, ce n’est pas juste un objet ?
Elle est nommée, elle est appelée par le nom et elle se distingue. Quand on parle on fait survenir
la tasse, ça la fait apparaitre présente. Dans la quotidienneté, on parle de choses mais les
choses ne viennent pas à la parole !
« avant tout, ce dont on parle en en débattant : un état de fait, un évènement, une question,
quelque chose qui nous tient à coeur. »
Il parle de quelque chose…
« C’est uniquement parce que, dans notre parole quotidienne, »
Dans le dévalement, les modes propres du voir, du comprendre et du parler, prennent une saveur
particulière… Le voir devient curiosité, le comprendre devient équivoque, la parole devient
bavardage.
« La parole elle-même ne se porte pas à la parole », elle nous sert à dire « passe-moi le beurre,
« mais bien quant à elle, fait halte et se retient » Sinon c’est inPini cette chaine de renvois, cette
épaisseur mystérieuse, c’est la poésie mais pas que…
« -C’est uniquement grâce à cela que nous sommes en état, comme cela, de parler une langue,
c’est à dire en paroles, de traiter de quelque chose et à propos de quelque chose. »
« Ce qu’on appelle bavardage, » c’est dans notre manière quotidienne d’être, nous les humains,
dans notre façon d’ouvrir monde en le disant autrement, la parole c’est à dire la possibilité du
sens, signiPication, direction, dimension, saveur, ça parle, ça nous donne à entendre et nous
prenons part, c’est à dire lieu, épaisseur et simultanément sens. Ça c’est la présence humaine,
c’est à dire la parole fait chair, sens.
« fait halte et se retient. » : je ne découvre pas tous les jours que ma main, c’est ma main. C’est
dans l’angoisse majeure, quand tout le réseau de conjointure vacille, que rien n’est plus possible,
c’est à dire que la parole perd sa dimension d’habitation et qu’elle se dévoile dans l’ouvert
abyssal.
« C’est uniquement grâce à cela : » Parce que la parole nous fait la grâce de retenir le parler de
la parole pour nous donner l’impression que nous pouvons l’utiliser sans conséquence, à tort
et à travers, et du coup on traite des affaires humaines. On ne traite pas de la parole, la parole
nous vient comme un outil.
Le parler de la parole déchire la quotidienneté mais on peut apprendre à s’y approcher avec la
poésie. La manière de s’en approcher c’est l’abime, mais c’est déjà trop tard. C’est une manière,
de s’incliner devant la magniPicence de la parole, d’être respectueux, de prendre égard
devant la dimension de la parole. Quand la parole nous parle, ça nous oblige à l’habitation, il y
a un chemin vers ça et quand ça vient c’est toujours vertigineux.