Compte rendu de lecture n°2 "Le déploiement de la parole"
Compte-rendu de lecture – Le déploiement de la parole n°2 –p 143 –p144 (Tel Galimard) – Nov 2022 – Rouffach –
Corinne Simon, Frédérique Remaud, Edith Blanquet.
« S’il est vrai que l’être humain a dans la parole le site le plus propre de sa manière d’être-le-là, indépendamment du fait qu’il le sache ou non, alors une expérience que nous faisons avec la parole va venir nous toucher au cœur de la jointure de notre manière d’être-le-là. »
Le thème central est là, le but de ces conférences est d’éprouver ce que veut dire parler, ce que veut dire parole… une épreuve, une traversée, où il ne s’agit pas simplement de comprendre des mots. Nous sommes les répondants d’un appel à être.
« Au cœur de la jointure de notre manière d’être le là » quelque chose qui nous joint, qui nous rejoint, qui nous adjoint dans toutes les épaisseurs de joindre… être ouverture pour… être-le -là, ouvert pour… des manières de se comporter, donc d’avoir déjà com-pris, nous sommes signifiant.
Il n’y a pas déjà un sujet qui pourrait faire des expériences. Faire une expérience avec la parole c’est ouvrir la question de la présence humaine, endurer cela, cette question d’être-jeté-au-monde, ouvert pour des possibilités de se com-porter, avoir à se déterminer pour une forme possible et d’en prendre charge : les existentiaux.
Comment arriver à remettre cette question au cœur de la présence humaine tout en sachant que c’est une question fondamentale qui s’oublie dans la quotidienneté où « on » utilise des paroles comme « tu veux un café ? » et où, d’avance, on a compris de quoi il s’agit.
On ne questionne pas qu’est-ce que ça vient ouvrir d’une épaisseur poétique, on ne prend pas garde à ça, garde dans le sens de soin. Et si on y prenait garde, ça amènerait peut-être à regarder de quoi/qui il s’agit prendre un café… éminemment un acte de présence humaine et ce n’est pas juste « je bois ». Qu’est-ce que ça produit comme manière de faire monde ? Qu’est-ce que ça pro-duit dans le sens : qu’est-ce que ça met en lumière ? Ça fait penser aux rituels, manières codifiées mais aussi manières de prêter attention, ou les méditations bouddhistes zen, ou faire la vaisselle de manière à ce que ce soit un acte d’existence proprement assumé et hautement noble… ça évoque une manière de faire, manière d’y être a(en)ttentif.
Quand tu évoques le fait d’enlever la poussière pour notre venue, soit on peut le dire comme une maniaquerie soit on peut le dire comme un souci d’accueil, qui met une pression qui ne lâche pas et qui peut se traduire par un excès de faire; on peut en chercher la justesse si on sort du jugement hâtif de l’équivoque …Une manière de dire l’importance de l’accueil, une manière de se préparer à notre venue…
Quoi que ce soit peut être riche de présence si on arrive à y être, à l’endurer, à en faire l’épreuve.
Ça amène à la question de la posture : travailler avec la forme c’est chercher la pertinence de chaque manière de tisser logos : et si on le dit par là… et si maintenant on le dit par là… et c’est autre chose que de dire « est-ce que tu es d’accord avec ça ou pas ? » A quoi ça nous accorde de le regarder par là et à quoi ça nous accorde autrement de le regarder par là… C’est faire épaissir/incarner… accorder faveur de monde, s’accorder : c’est y être présent, ça nous appelle à y prendre place et part. C’est regarder en vue de quoi, en vue de qui et si maintenant on le regarde par un autre biais en vue de quoi en vue de qui et la question n’est pas de conclure ça plutôt que ça, comme un accord rationnel, mais que soudain, ça nous accorde, on y est, la justesse nous vient.
Si on cherche à être d’accord, la parole devient opinion, celle d’un égo, ça ne se laisse pas renverser et pour se laisser renverser, on ne peut pas le vouloir!On peut y mettre les conditions pour que ça nous saisisse : survenue en mode égo.
Admettons en effet que nous soyons tout d’un coup questionnés : en quel rapport à la parole vivez-vous, à la parole de la langue que vous parlez ? – nous ne saurions nullement embarrassés pour répondre; nous trouverions aussitôt un fil et un appui, de quoi mettre sur la bonne voie la question.
On prend appui du quotidien, quel est ton rapport à la langue ? Ça va de soi, je parle, je prononce des mots. Déjà sa manière de le poser : en quel rapport à la langue vivez-vous ? Il y aurait un rapport à la langue ? ce n’est pas moi qui serais dépositaire des mots que j’utilise ?
« Quel rapport à la parole de la langue que vous parlez ? » La langue aurait une parole ? Ce n’est pas moi qui parle ? Déjà dans la manière de questionner, ça arrête, c’est déjà familier je me laisse arrêter mais pas déboussoler, je réponds aussitôt, c’est notre quotidienneté, équivoque, bavardage etc … C’est une question et ça appelle à répondre. Dans la quotidienneté nous répondons, c’est à dire nous ne prenons pas au sérieux l’inouï de chaque mot. Le propre de la parole est qu’elle est source de malentendus et c’est ça qui est précieux. Dans la quotidienneté on ne s’embarrasse pas, on ne se laisse pas taquiner. On a déjà compris.
Je pourrais imaginer : celui-là il a une manière tarabiscotée de questionner, mais ce ne sont que des mots, c’est moi qui parle, point! Qu’est-ce que tu vas parler de rapport etc… ça serait poser comme de l’inutile, ce n’est pas un langage efficace, pratique.
Et c’est ce que nous mettons au travail dans notre travail thérapeutique.
Notre travail c’est écouter de manière plus attentive/ententive, ce mot plutôt qu’un autre, Ce ne sont pas des mots ce sont des mondes… Dans le travail thérapeutique on se laisse surprendre, c’est ce qu’on cherche.
Le dévoilement est toujours une tension, dévalement/dévoilement, on ne peut pas le provoquer, on peut chercher à le susciter, il vient me saisir et me transir, ce n’est pas moi qui le produit.
Etre ouvert au fait d’être transi, c’est ça la spiritualité ?
C’est un des chemins, se laisser surprendre, s’étonner… Quand je parle hébreu c’est tellement peu familier pour moi, tout m’est tellement étranger que je suis dans un endroit vertigineux tout le temps.
Le propre de la posture du thérapeute est que nous « savons » pour avoir exploré et éprouvé cette étrangeté que ce n’est pas agréable, c’est abyssal, effrayant et ça se traverse. Mais par contre, je m’aperçois que j’ai une espèce de foi que ça prendra forme, la forme viendra, la quotidienneté se retisse, le savoir donne la foi. Je ne peux pas le justifier mais juste le témoigner et ça, c’est le cœur de la posture de thérapeute.
L’angoisse se traverse toujours c’est le propre de l’humain mais elle peut prendre des formes qui perturbent la quotidienneté, la relation, la rencontre, c’est une façon d’être avec elle, c’est une manière de traverser, c’est toujours une épreuve.
Chaque chemin a sa pertinence, en vue de quoi en vue de qui, la pertinence n’étant pas celle que j’ai anticipée ou rationnalisée à l’avance. Ça lève la dimension de jugement, il peut y avoir du jugement si je suis dans un dogme.
Le spirituel n’est pas dans le religieux et le religieux peut être dogmatique ou pas. Il y a trois monothéismes qui sont dogmatiques, le dogme chrétien, musulman et judaïque.
Nous parlons la parole. Comment pouvons-nous être autrement proches de la parole qu’en la parlant? Et pourtant, notre rapport à la parole est indéterminé, obscur, et quasiment privé de mots.
Je parle mais que veut dire parler ? Où sont les mots ? Comment se fait-il que quand je parle, ça fait des phrases ? Je ne sais pas à l’avance quels mots je vais dire et pourtant ça s’articule, je n’ai pas pré construit la phrase dans ma tête avant de la dire et pourtant c’est moi qui parle. Comment je sais que le mot qui va venir sera bon ? D’où viennent les mots ? Et si je perdais les mots ?
On est dans l’idée que parler c’est proférer des idées. Les idées qu’est-ce que c’est ? Est-ce que l’idée est stockée dans ma tête en phrases ? Je ne sais pas comment les mots vont venir. D’où ils viennent ? Comment on sait ? Comment on apprend ?
Si nous songeons à cet étrange état de choses, il est presque inévitable qu’au premier abord toute remarque à ce propos ne dépayse et sonne comme incompréhensible.
C’est pourquoi il pourrait être profitable de nous désaccoutumer de ne toujours entendre que ce que nous avons d’avance compris.
D’emblée ça nous met dans l’inconfort, et surtout veiller à ne pas comprendre, du coup ça va prendre soin de s’approcher, de commencer à s’inquiéter de la sauce de ce qui fait une familiarité qu’on appelle équivoque.
Equivoque est la manière dont « Le comprendre » dans la quotidienneté est équivoque, on ne se pose pas la question de se comprendre. Ex : on se fait un café! Est-ce que c’est boire une boisson ou se faire une pause avec plein de choses ou bien et et … et finalement ça devient autre chose que de boire un café, ça prend une autre épaisseur. Ce n’est pas seulement quoi je fais, c’est aussi se faisant, qui « je » deviens … en vue de quoi/de qui. Le centre de tout travail thérapeutique se passe là : ouvrir un site langagier.
S’il n’y avait pas d’épaisseur signifiante, ce mystère… on pourrait se contenter de robots.
Pourquoi on se prend la tête pour un fauteuil gris, un mur blanc, plutôt qu’un mur jaune ? Ce n’est pas qu’une question de déco. La couleur de la déco c’est une manière d’interpeller, de prendre part et du coup de faire sens.
Il y a des mots qui tuent et des livres qui tuent. C’est une épaisseur signifiante et on ne sait pas ce qu’on dit quand on dit ça. C’est le propre de toute l’existence humaine, nous sommes direction de sens, situé quelque part entre naissance et mort… et dans ce temps-là, qu’est-ce qui va faire sens ? Ça ramène cette épaisseur, on doit apprendre, s’étonner de ce qu’on a toujours compris d’avance. Toujours je cherche à quelle sauce j’ai mangé l’autre et je me suis mangée sans que ce soit volontaire.
Je suis toujours pris dans une sauce, un liage, une manière de cueillir, rassembler qui a toujours eu lieu qui n’est pas de l’ordre d’un vouloir advenir en conscience, qu’on appelle familiarité, mode du dévalement de la quotidienneté, conjointure mondaine.
Cette proposition ne concerne pas seulement chaque auditeur, elle vaut encore plus pour celui qui tente de parler de la parole. – et surtout quand cela a lieu dans l’unique intention de montrer des possibilités qui nous permettent un recueil nous menant à garder mémoire de la parole et de notre rapport à elle.
Apprendre à écouter ce que je viens de dire. « Fais attention à ce que ce que tu dis ne soit pas plus gros que toi » prends la mesure de ce que tu dis ! Je fais appel à une forme d’attention qui a pour but de nous désaccoutumer de l’utilisation de la parole. Nous désaccoutumer d’avoir déjà compris, aller vers ça sans se leurrer que ça va le faire.
Ça ne concerne pas chaque auditeur, ça vaut encore plus pour celui qui tente de parler de la parole. Ça vaut encore plus dans le sens que ça vient concerner encore plus celui qui tente de parler de la parole,
Comment peut-on parler de la parole ? La parole sert à parler de tout, c’est un outil, comment je peux parler de la parole humaine ? Je ne peux en parler qu’en l’utilisant ; et en l’utilisant, comment je peux dire ce que c’est la parole ? Est-ce que je peux sortir de l’expérience de la parole pour dire ce qu’est la parole ?
Donc ça ne peut pas être quelque chose qui ne me concerne pas moi-même, je ne peux pas être en dehors de ça.
Quelqu’un qui aurait l’intention, c’est ce que l’on fait dans la quotidienneté. Je vais te dire comment on fait la tarte aux pommes, c’est mon intention et il y a une recette, ça ne mesure pas la prétention de l’intention.
Mais là, la prétention est d’expliquer comment on utilise la parole ? Qu’est-ce qu’est notre rapport à la parole en utilisant la parole. Je ne peux pas la mettre de côté, je peux expliquer comment j’utilise un robot sans l’utiliser, mais pas la parole.
Quand ça a lieu dans l’unique intention de montrer des possibilités qui nous permettent un recueil… déjà ce n’est pas banal, un recueil, un recueillir, un se pencher sur, nous menant à garder mémoire de la parole, donc à nous souvenir de la parole, à garder trace, et de notre rapport à elle. C’est ça qui est poétique, on ne peut pas rationaliser ce discours, on ne peut pas dire ça, ça veut dire ça… la logique rationnelle et conceptuelle… ça donne à entendre mais on ne peut pas l’attraper. Ça ne peut pas se conceptualiser et ça amène à se désaccoutumer de l’usage habituel de la parole. Est-ce que je cherche si c’est vrai ou pas, de ce point de vue là je ne peux pas répondre.
Mais par contre, garder mémoire : se souvenir, c’est rendre honneur, le jour du souvenir, les monuments où on a la liste des morts, mémorandum… Mémorandum : qu’est-ce que c’est ? c’est l’endroit où on se recueille et, se recueillant, on rend honneur, on rend grâce aux morts.
Est-ce que la mémoire est une boite noire à l’intérieur du cerveau ? Ou bien mémoire, mnémosyne c’est autre chose, comme témoigner ? Et là, ça devient autre chose que juste stocker.
C’est cette épaisseur que Zagdanski appelle « le swing du sens », propre de l’herméneutique hébraïque, lire le texte parole, c’est en faire pousser le sens symbolique, pas pour avoir le dernier mot mais pour chaque fois trouver d’autres manières de l’entendre qui nous renversent tout en préservant le mystère de la Dite.
Recueil donc une manière de se recueillir, une manière aussi de se reprendre, qui mène à garder mémoire de la parole, à prendre soin, garder, pas juste le garder dans le sens de le conserver le maîtriser mais le prendre en garde, le prendre en soin. Il y a des manières de dire, de rassembler, table des catégories, la poésie fait exploser cette logique, elle enlève le principe de non contradiction.
Pour nous en tant que thérapeute, on sait bien que l’on peut être triste et joyeux, ce n’est pas contradictoire. Ça peut être ambivalent, c’est à dire mettre en intensité, ça ne se décide pas, ça a cette saveur et celle-là. Je peux aimer quelqu’un et être fâché contre lui… C’est même parce que je l’aime que je me fâche, sinon je laisserai tomber.
Aujourd’hui ce n’est pas possible, ça ne peut pas être les deux. C’est ça qu’on appelle poésie, une manière de dire qui appelle à méditer et pas à trancher, pas à conceptualiser, pas à arraisonner.
Or donc, cela, faire une expérience avec la parole, c’est quelque chose d’autre que se procurer des informations sur la langue.
Cercle herméneutique : ça reprend en résumant et en faisant un petit pas de plus sur la parole. Par exemple, faire un gâteau, ce n’est pas qu’exécuter une recette, je l’ai fait en vue de le partager et j’y ai mis des noix en pensant à toi etc … Dans la quotidienneté, on dit j’ai fait un gâteau, mais il y a toute une épaisseur qui est repliée et qui ne se dit pas. Et toute cette épaisseur, elle est poétique, sensible donc secondaire, négligeable dans notre langage technophile.
Est-ce qu’on pourrait se procurer des informations sur la langue ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Je cherche dans le dictionnaire ce qu’est la langue ou je cherche à voir l’état de ma langue, l’organe ?
Or donc c’est autre chose de faire une expérience avec la parole que de se procurer des informations sur la langue. Si je regarde l’épaisseur du texte, il y a quelque chose qui est plus présent maintenant, qu’est-ce que j’ai appris ?
Je sais, un petit pas de fait, il va de soi maintenant que cette question de parler du rapport à la parole, ne parle pas du rapport à la parole comme du rapport à un recueil de recettes de cuisine où il n’y aurait pas de moi en propre.
Quand on parle de la parole c’est un rapport bien particulier qui fait que la parole n’est pas un objet qui peut être stocké dans un livre de recettes. Il n’y a pas d’informations à cet endroit-là… des informations techniques ramèneraient la parole à un objet posé comme objet objectivé qui ne me concernerait pas. Je ne peux pas chercher d’informations indépendamment de qui je deviens.
Quand je parle de la parole, ça ne peut pas être juste un stock de mots et d’informations que je vais balancer à quelqu’un. Ça ne peut pas être un concept et pourtant il y a bien la linguistique.
De telles informations, la science des langues, la linguistique et la philologie des divers idiomes, la psychologie et la philosophie du langage les mettent à notre disposition, et dans une telle accumulation que plus personne ne peut les embrasser d’un seul coup d’œil.
Il y a des stocks de mots écrits sur le rapport à la langue et déjà ça met en rapport plein de matières. La science des langues a déjà pris des couleurs, la linguistique : la manière de cueillir et rassembler les sons ; la philologie des divers idiomes c’est la manière de structurer les sons en syllabes et en phrases ; la psychologie, c’est à dire la manière dont les personnes sont pensées comme dotées d’un psychisme ; la philosophie du langage est la manière de questionner que veut dire parler au-delà de la psychologie… et tout ça, ça produit des discours savants qui remplissent des livres. Ex : la rééducation orthophonique, la structure du caractère de la parole etc …
Et dans une telle accumulation, aujourd’hui, plus personne ne peut prétendre avoir tout lu et avoir un corpus exhaustif savant. Il y a quelque temps on pouvait avoir lu tous les livres de psychologie mais plus maintenant, il faudrait toute une vie pour en faire un résumé. On ne peut pas se procurer des informations car déjà on est noyé dans un tel stock d’informations qu’on ne sait pas par quel bout aller les chercher.
Depuis peu, la recherche scientifique et philosophique sur les langues vise toujours plus résolument à produire ce que l’on nomme la « métalangue ». La philosophie scientifique qui poursuit la production d’une telle « super-parole » se comprend elle -même conséquemment comme méta-linguistique.
La métalangue : une langue qui surplomberait toutes les autres langues, comme si on chercherait l’aisance de tout ce qui peut être dit, être compris. Ça fait penser au traducteur universel. Une connaissance qui pourrait maîtriser la langue, qui dirait ce qui est plus général sur toutes les langues par-delà les dialectes, les idiomes. Quelque chose qui serait les principes généraux qui gouvernent et président à toute langue ou langage.
C’est la philosophie scientifique, donc le domaine des sciences, qui veut produire ça. Pour qu’il soit scientifique, il faut qu’il soit au-dessus de la parole, soit au-dessus de la linguistique, alors même qu’il l’utilise. Pour produire un super langage, la science doit avoir pris du recul par rapport au langage, elle doit être au-dessus, c’est déjà un paradoxe. Elle est déjà prise dans une aporie.
Ce mot sonne comme métaphysique; mais il ne fait pas que sonner comme lui : il est comme lui; car la métalinguistique est la métaphysique de la technicisation universelle de toutes les langues en un seul instrument, l’instrument unique d’information, fonctionnel et interplanétaire. Métalangue et satellites, métalinguistique et technique spatiale sont le Même.
Google veut produire un langage universel : méta. Ça prétend aujourd’hui qu’on n’aurait plus besoin de parler, un algorithme pourrait prétendre dire ce que tu veux dire, on ne prendrait plus le temps de la parole et des malentendus, ce ne sont que des bits informatiques.
Il ne fait pas que sonner comme lui : il est comme lui, car la métalinguistique est la métaphysique de la technicisation universelle de toutes les langues. Les techniques de com, on cherche une métalangue, qui est un langage informatique. On a réduit la parole à un codage. Ce qu’on appelle aussi algorithme, celui qui décode tout par internet et te propose ce qui est censé te concerner et décider pour toi ce qui est consommable ou pas.
Ce qui veut dire qu’à notre époque, langage, parole, est devenu un outil maîtrisé par l’informatique et qui va nous remplacer car il va être plus efficace que nous, car il n’y aura pas d’erreur de ce point de vue-là. Ce qu’on appelle les erreurs sont les singularités langagières, des dimensions d’habitation.