Intimité et émotion dans la relation thérapeutique
INTIMITE ET EMOTION DANS LA RELATION THERAPEUTIQUE
Sixième journée régionale de soins palliatifs du Limousin Faculté de Médecine Limoges, 6 octobre 2012
Définitions :
Larousse illustré : intimité : caractère de ce qui est intime. L’intime renvoie étymologiquement à un superlatif de intérior. Est intime ce qui est intérieur et profond, ce qui constitue l’essence d’un être humain, ce qui est personnel et privé, qui se partage avec d’autres auxquels un humain est relié par un lien profond.
Grand Robert de la langue française : « 1-Caractère intime, intérieur et profond ; ce qui est intérieur et secret. 2-Caractère étroit et profond (d’un lien). L’intimité de leurs relations. — (1740). Liaison, relations étroites et familières. Familiarité. Entrer dans l’intimité de quelqu’un. Accointer (s’), familiariser (se), lier (se). Intimité entre amis. L’intimité d’une personne et d’une autre, avec une autre ; de deux personnes. Contact, liaison, union. Parfaite intimité. La plus grande intimité. Intimité conjugale. Source d’intimité (Communion). Désir d’intimité (Contact). Intimité entre amants. L’intimité du lit, de l’alcôve (Complicité). — (Avec dans). |Vivre dans l’intimité, dans la plus grande intimité avec quelqu’un (Commerce). 3- L’intimité d’une personne, sa vie intime, privée. S’introduire indiscrètement dans l’intimité de quelqu’un. Préserver son intimité des intrusions ( Délicatesse). — Relations sentimentales, érotiques intimes. « Les intimités de son ménage » (Maupassant). 4- Agrément, confort d’un endroit où l’on se sent tout à fait chez soi, isolé du monde extérieur. L’intimité d’une maison, d’un nid douillet. .
Dictionnaire Lalande de philosophie : « Ce terme est dangereux en raison de sa double signification : d’autant plus que les deux sens convenant à la fois à bien des choses, on les confond presque toujours dans l’import de ce mot ». Quels sont ces deux sens selon Lalande ? • Selon un premier sens, intime signifie « intérieur », origine étymologique du mot intime, au sens où « intérieur » s’oppose à public, extérieur, manifesté… Est intime en ce sens, ce qui, étant le plus intérieur, est le plus fermé, inaccessible à la foule, et par suite ce qui est individuel, connu du sujet seul, soit accidentellement, soit par nature. Se raccroche à ce premier sens la notion désuète de « sens intime » développée au début du 19e siècle par Maine De Biran, qui désignait par là le sentiment qui accompagne la conscience que nous prenons de quelque chose, autrement dit la conscience d’être conscient. • Un second sens où « intérieur » s’oppose à superficiel, et est donc synonyme de profond, essentiel… Ainsi, nous dit Lalande : « Ce terme favorise-t-il grandement la confusion de ce qui est subjectif, individuel, privé, avec ce qui est solide, profond, essentiel ? » et « cette équivoque conduit à attribuer une valeur profonde et essentielle à ce qui n’est que culte de l’ego et complaisance narcissique », poursuit l’auteur. Il conclut qu’il faut « surveiller de très près l’emploi du mot intime et les paralogismes qu’il tend à introduire avec lui ».
Intime/intimité/individu :
D’abord, pour clarifier cette notion, il convient de revenir sur le contexte de pensée dans lequel elle acquiert le statut de notion philosophique. Pour cela, nous allons regarder comment cette idée s’est élaborée au fil du temps. Nous sommes attentifs que, pour définir cette notion d’intime, nous parlons d’individu, d’intériorité. Il nous faut donc d’abord questionner ce que nous voulons dire lorsque nous disons que nous sommes des individus ou des personnes, termes dans lesquels nous nous reconnaissons et sur lesquels repose tout l’édifice de notre organisation collective. Que voulons- nous donc dire par là si nous ne nous en tenons pas à ce qui fait évidence dans notre existence quotidienne ? Lorsque l’on parle d’individu, on ne parle pas nécessairement d’un être humain : un individu c’est quelque chose, par ex. un individu stylo. C’est à dire une totalité que je peux isoler au sein d’une famille ou population comprise comme une multitude d’individus stylos, sans qu’il perde sa totalité signifiante qui le caractérise comme appartenant à ce genre là, dans le cas de notre exemple : des choses bonnes pour écrire qui se distinguent des crayons qui pour autant servent aussi à écrire et aussi se distingue d’autres stylos appartenant au même genre sans pour autant être identique. La notion d’individu n’est pas réservée à l’être humain. Ainsi un individu se distingue au sein du groupe auquel il appartient, et lorsqu’il s’agit d’un être humain, un autre que lui peut le percevoir, le constater et dire cette distinction. La traduction littéraire en est la biographie : c’est-à-dire qu’un autre individu humain que lui peut écrire un texte dans lequel il s’efforcera de rassembler les traits, les actes, les œuvres, qui font de lui un être singulier. Donc un individu humain c’est quelqu’un à propos de qui il est possible d’écrire une biographie qui le détermine autrement que ne le fait une description physique. Mais cela ne suffit pas pour définir l’individu humain de telle sorte que nous nous y reconnaissions pleinement. Il y faut une deuxième caractéristique : un individu humain est aussi capable d’énoncer lui-même quelques traits qui, au moins à ses yeux, font de lui un être singulier que nous ne pouvons pas substituer à un autre du même genre c’est-à-dire participant de l’être de manière identique. Du point de vue littéraire, il est capable d’écrire son autobiographie. Mais, pour compléter notre définition, il faut encore ajouter un autre aspect : mon autobiographie n’est pas la liste exhaustive ou « objectivée » de mes actions ou de mes œuvres c’est-à-dire elle se distingue d’un curriculum vitae. De quelle façon une autobiographie n’est pas un simple curriculum vitae ? En ce sens qu’elle suppose que je me sois interrogé sur ce qui m’est propre, que je me sois adressé à moi-même la question : « qui suis-je ? ». Et que je cherche à y répondre en donnant forme à ce qui va alors s’appeler : l’histoire intérieure de ma vie, ce qui fait que ma manière de vivre prend la forme d’une existence. La forme littéraire de cet exercice ce sont les diverses tentatives d’énoncer ce qui nous constitue le plus proprement, ce que nous pressentons au plus profond de nous-mêmes sans pouvoir l’identifier clairement, c’est cela que l’on appelle : les Confessions. Lorsque nous parlons de confessions, nous voulons dire les différentes formes d’écriture de soi. Parmi elles nous trouvons le journal intime, « intime », du latin « intimus », superlatif de « interior ». St Augustin fût le premier à se livrer à un tel exercice, au 3eme siècle, et il lui donna ce nom de « Confessions » qu’il définit ainsi : ce qui est « plus intérieur à moi que ce que j’ai de plus intérieur ». Jean Pierre Vernant, historien spécialiste de la pensée grecque, nous dit que dans la Grèce ancienne on ne trouve ni journal intime ni confessions. On trouve quelques biographies voire autobiographies succinctes. Il nous dit que les Grecs ne pensaient pas en termes d’intimité d’un moi. Dans cette culture on ne pense pas en terme d’individu comme nous le faisons d’évidence à notre époque. Cela veut dire que penser l’être humain comme individu doté d’une intimité ne va pas de soi mais relève d’une manière de penser l’être humain et les autres étants qui s’appuie sur une idée de ce qui est comme substantiel et susceptible d’en rendre compte. Dans la Grèce antique il n’est pas question d’un monde intérieur définissant la personne de chacun dans son originalité radicale. A cette époque, la personne est entendue comme l’appréhension en soi d’un « il » qui n’est pas encore un « je » au sens de l’ego cartésien. Ce « il » c’est l’âme interpersonnelle et éternelle qui est en soi. Se connaître soi-même ce n’est pas connaître la singularité d’un moi ou d’une conscience mais connaître l’âme interpersonnelle et éternelle de laquelle je participe. La notion d’intime appartient donc à une manière de penser, autrement dit à une époque du déploiement des manières de dire ce qui peut être et la façon dont cela est. Cette notion est liée à celle d’individu au sens moderne. Je veux dire par là que cette notion s’est développée avec le christianisme (monothéisme le plus achevé) et à trouvé son aboutissement avec la notion de conscience cartésienne qui annoncera l’époque dite moderne ( où, après la mort de Dieu, les hommes se trouvent livrés à eux-mêmes et vont rechercher leur fondement par la maîtrise rationnelle du monde ; il n’est plus de transcendance et nous assistons à l’avènement du monde compris comme un stock ; notre nouveau Dieu c’est la science et son maître mot : rendre compte de tout ce qui est, le fonder en raison ). Le christianisme se caractérise par le passage de l’omniprésence des Dieux (l’Olympe est un territoire du monde, les divins et les mortels sont en rapports. Les hommes de cette époque sont polythéistes) à l’instauration d’un rapport personnel à un Dieu unique à la fois très éloigné et très proche. Cette notion de l’intime recevra sa valeur philosophique de St Augustin, qui, à la recherche de Dieu, se demandera pourquoi chercher en dehors de soi ce qui est « plus intérieur à moi que ce que j’ai de plus intérieur », faisant ainsi de « l’intime », le site de la relation à Dieu, qui me révèle à moi-même, car il m’aime et me connaît mieux que moi-même, et est donc à même de répondre à la question de ce qui fait ma permanence au cours des changements incessants que je connais : « Que suis-je donc mon Dieu, cette unité changeante et multiforme… ? » . La question de mon identité, et ainsi celle de l’intime, ne peut trouver sa réponse que dans la tenue de ce rapport avec « ce qui est plus intérieur à moi que ce que j’ai de plus intérieur ».
Intime et intimité ; public et privé
L’intime tel que nous venons de l’esquisser est alors distinct de l’intimité. L’intimité caractérise une manière d’être avec autrui, une relation de qualité particulière : L’intimité c’est la relation que nous entretenons avec autrui dans un cadre préservé qui le distingue de l’espace public. L’intimité caractérise donc une forme de relation qui se tient en retrait du regard public. Elle repose sur la distinction entre le domaine public et le domaine privé, séparation que connaissaient les grecs. Les modalités et le contenu de l’intimité, de ce qui doit être tenu à l’abri des regards sont toutes relatives et dépendent des normes sociales elles mêmes fluctuantes. Il y a malgré tout une certaine constance avec la sexualité qui est le principal objet de retrait et constitue en quelque sorte la relation intime par excellence. L’intime a à voir avec l’acte de tenir caché, de soustraire au regard et en ce sens se rapproche du privé sans s’y réduire. En effet l’intime n’est pas uniquement ce qui est tenu hors du regard (public) : il se donne dans l’éprouvé d’être soi et dans la manière de comprendre et exprimer cet éprouvé.
L’Intime un sentiment et non un affect
Ainsi l’intime n’est pas une conscience, pas plus qu’il n’est une connaissance : il est un sentiment et en ce sens se distingue d’un affect : l’affect nous saisit et nous ouvre à ce qui nous excède ; il se caractérise par sa fulgurance et nous fait perdre notre sens, il est aveugle, subit et il disparaît tout comme il survient. Le sentiment –et plus précisément la passion (Heidegger), sentiment étant un mot générique pour dire les diverses manières pour un sujet individué d’éprouver la présence – se caractérise aussi par l’intensité de sa venue mais il est clairvoyant : il ne nous disloque pas comme l’affect. Bien au contraire, il nous rassemble et nous approprie. Il nous donne la possibilité de nous éprouver en tissant une continuité formelle de notre présence, une durée qui témoigne de notre manière d’exister au quotidien. Ainsi par exemple la colère est un affect, la haine est un sentiment – il tisse une conjointure mondaine : oriente mes comportements et situe ce auprès de quoi je me tiens- tout comme l’amour qui se distingue de l’être enamouré qui lui est un affect. Le lieu de l’intimité : au-dedans d’un moi où au plus près d’autrui ? L’intime est d’emblée compris comme intériorité d’un moi. Et pourtant : comment distinguer un intérieur si il n’y a pas d’extérieur au regard duquel il s’oppose tout en se posant, en s’en distinguant ? Pour éprouver ce sentiment d’intériorité il faut bien qu’il y ait une extériorité pour qu’il prenne sa dimension, un autre que moi. L’intérieur ne se comprend que comme rapport : un rapport différenciant-appropriant extérieur au regard d’un intérieur. Ainsi l’intériorité s’entend comme une dimension de la présence bien plus que comme une localité géographique. Ainsi l’intériorité serait-elle l’éprouvé d’un dedans posé comme évident ? Ou bien mériterait-elle d’être entendue comme la tenue d’un rapport ? Comme une tension augurant ce qui n’est pas mon propre et ce qui le devient à ce moment-là ? L’être humain est ici pensé comme existant, celui qui est hors de tout site pré établi ; celui à qui il échoit d’avoir sans cesse ouverture pour des possibilités de se situer. C’est ainsi que l’espace et le temps sont les dimension de sa présence : un pouvoir être et non plus des aspects d’un monde compris comme ensemble de ce qui est. Cela veut dire alors que là où je suis moi-même intimement, là où je suis au plus près de moi c’est là où je suis aussi au plus près d’autrui : c’est alors ce rapport qui est différenciant et appropriant : il ouvre et donne forme à un entre, il espace c’est-à-dire informe un espace compris comme le lieu où ce rapport advient ( un espace qui témoigne de notre façon d’habiter auprès d’un monde ; un espace qui n’est pas de l’ordre du mesurable mais de l’ordre de la proximité). C’est cela que nous ne prenons pas en vue dans la quotidienneté où nous nous prenons pour ce que nous voyons matériellement : un individu-corps. Notre manière d’avoir corps n’est pas un avoir possessif – je ne le possède pas comme je possède un outils – mais un avoir de type implicatif. Lorsque nous disons que nous avons un corps, habituellement nous ne prenons pas la mesure de la façon dont cela nous engage. Mais alors, un tel propos nous inviterait à délaisser la notion classique d’individu pour celle plus problématique d’individuation. L’individuation est là entendue comme un processus sans cesse à l’œuvre et nous ouvre une manière de penser qui n’est pas celle habituelle et convenue de l’individu compris comme un fait, un quelque chose d’aboutit, de déterminé et stable. Quand je parle de processus je parle de temporalité : la subjectivation serait à entendre comme une manière de se donner le temps, temps que nous comprenons comme notre histoire, une mise en signification de ce que nous faisons et de notre façon de nous y donner sens, de donner sens à notre vie c’est-à-dire ce laps de temps entre naissance et mort, la naissance ayant toujours déjà eu lieu et la mort se trouvant sans cesse à venir. Le temps n’est plus alors un temps objectif mais une œuvre de temporalisation – le caractère d’être du temps c’est qu’il est significatif : il est la manière dont l’être humain se signifie et signifie le monde simultanément. Et la présence indique bien cela : une certaine manière d’avoir un certain temps, une possibilité d’être historique et non plus une matérialité stable et durable (prae-sens signifie à l’avant de soi, en vue de sa possibilité suivante de se comporter ; le temps n’est plus une succession d’instants objectifs ; il se comprend comme forme de notre présence, la manière dont nous signifions la vie qui nous échoit en une existence). Ce processus de subjectivation, nous y avons accès en ce qu’il se montre par le langage. En gestalt-thérapie nous parlons de formes signifiantes : Une Gestalt c’est une forme langagière c’est-à-dire un rapport figure/fond. Travailler avec la notion de forme c’est renoncer à la plaine lumière de la raison, à l’idée de pouvoir tout expliquer –sécuriser, rendre raison sont les maîtres mots de notre époque-. Renoncer à la pleine lumière, à rendre raison de tout ce qui est c’est alors endurer l’éclaircie de la présence. C’est-à-dire que nous devons accepter que toute lumière comporte sa part irréductible d’ombre, que la présence est aussi un retrait ; elle échappe à tout rendre compte. La présence humaine ne se fonde sur rien de stable ; elle n’est qu’à être encore, une forme en devenir. Peut-être que là se dessine une autre manière d’entendre l’intimité…non plus comme un vouloir cacher mais comme une échappée à laquelle nous sommes livrés et qui n’est pas de l’ordre du projet maîtrisé d’un ego préalablement défini ? L’être humain n’est pas ici pensé comme un animal à qui le langage s’ajouterait comme une aptitude mentale. Cela c’est la façon habituelle de penser l’être humain et la psychologie l’adopte sans la questionner. C’est ainsi qu’en tant que science –c’est-à-dire conforme au projet de rendre raison de tout ce qui est, de s’en assurer, s’en rendre maître – elle étudie les propriétés de l’animal humain isolé de son contexte. Ces propriétés sont notamment distinguées en capacités mentales et capacités affectives. L’humain est ainsi d’évidence conçu comme un sujet doté d’une conscience et d’un corps dont on doit rendre compte totalement : le corps c’est le véhicule de ses émotions et la conscience le véhicule de sa raison. Il est inclus dans un monde avec lequel il développe des relations d’objets et son esprit est compris sur le modèle freudien d’un appareil psychique, une structure interne déterminée. Et même nous allons encore plus loin de nos jours où le psychique est réduit au cerveau, une matière avec ses propres objets : les émotions sont des sortes de séquences neuronales. Ce qui ne peut que comporter de nombreuses conséquences quant à notre manière de nous comporter les uns vis-à-vis des autres ! La psychologie cherche à rendre compte des étapes de la construction de cette structure que l’on nomme conscience. Ainsi l’individu humain doit se constituer comme sujet psychique et les avatars de sa structuration psychique se manifesteront au travers de ses manières de mentaliser ses affects et de ses manières de se comporter qui en seront alors les symptômes à interpréter. Le psychique est une topique, une théorie des lieux intérieurs à une conscience et l’on parle de représentation mentale cela veut dire des formes subjectives sises au sein d’une conscience substantivée. Le monde est l’ensemble des choses dans lesquelles ce sujet se développe et le sujet humain se représente le monde qui lui est extérieur et qu’il considère comme un stock de choses dont il peut disposer à sa guise. La dimension affective du monde se comprend comme la projection de nos relations infantiles précoces. La subjectivité se distingue nettement de l’objectivité. Rendre compte de quelque chose c’est le fonder en raison c’est-à-dire l’extraire de toute dimension affective. L’objectivité est la vérité de la raison. Et la vérité c’est ce que dit la science qui pense en termes de causalité. Du point de vue de la relation de soin, il s’agit d’être technicien et de ne pas se laisser obscurcir par les passions, ces mouvements de l’âme que nous nommons aujourd’hui plus volontiers sentiments ou émotions ou affects…La vulgarisation extrême des concepts de la psychanalyse –et par là son édulcoration- conduisent à qualifier la dimension affective dans la relation de soin en termes de transfert/ contre-transfert…Pour le dire vite, il s’agit de se déprendre le plus possible de toute dimension sensible et de viser la neutralité seule garante de la clarté du jugement vrai. L’affectivité c’est ce qui trouble notre entendement et en ce sens elle est regrettable. Encore plus loin dans la technicité et l’efficace qui caractérise notre époque, c’est l’apparition de la notion de gestion pour qualifier les rapports humain : on veut gérer les émotions comme on gère les stocks de bois…On se dote d’outils techniques pour être opérationnels et développer des techniques de communication, des grilles d’évaluation…Et la démarche qualité est souveraine ! Bien sûr qualité et quantité n’ont plus lieu de se distinguer et nous voilà dans « Le meilleur des mondes »…Le tout arraisonné et sécurisé qui augure les systèmes politiques totalitaires c’est-à-dire ceux où tout est d’avance pensé et calculé et où la charge d’avoir à être qui nous incombe n’est plus prise en vue que comme recherche de la sécurité totale. La responsabilité est déléguée à l’état et la sécurité devient un droit tout comme le bonheur.
Intimité et relation :
Selon ce paradigme de l’individu-roi, la relation c’est ce qui se trame entre deux sujets constitués et distincts. La relation soignant/soigné est celle d’un malade avec un technicien spécialiste de la maladie qui se remet au bon soin d’un spécialiste éclairé. Mais si nous pensons que l’intimité ne peut advenir qu’à l’occasion d’autrui comment penser la relation ? Comment comprendre l’entre deux personnes ? La relation ne serait plus alors ce qui se trame entre deux individus préalablement séparés – substantivés- mais bien là où s’ouvre une appropriation mutuelle. Le entre deux ne serait plus à entendre comme un espace métrique mais comme là où touchant et simultanément touché survient un espace d’habitation langagière, une dimension pathique de la présence augurant un entre à l’endroit même où le toucher nous distingue et joint simultanément. Fondamentalement l’être humain est alors une manière d’être-avec-autrui. Le « avec » n’est pas ici ce qui rejoint deux individus mais là où la présence, là où l’ouverture à être qui nous échoit puisque nous sommes livrés à l’existence, approprie l’un et l’autre, là où ils se prennent momentanément pour quelqu’un et s’y trouvent pleinement engagés. Ainsi nous parlons au mieux de moments de subjectivation, de moments de venue en conscience. (Dans la quotidienneté qui caractérise notre manière habituelle d’exister, nous sommes ce que nous faisons, nous ne sommes pas proprement nous-même. Lorsque la question « qui suis-je ? » nous saisit c’est alors l’évidence de cette quotidienneté qui s’effrite et souvent nous y sommes transis d’angoisse). Ce « là » où nous sommes n’est pas un lieu mais une dimension de la présence, une forme langagière. Cela veut dire que le langage n’est pas l’aptitude verbale d’une conscience mais une ouverture pour des possibilités de se donner forme provisoire et, simultanément, de donner forme à cela auprès de quoi/ qui je suis sommé de m’approprier : le verbe tel qu’il s’incarne. Se donner forme c’est tisser le sens de ma présence à autrui, assumer ma manière alors de me signifier : donner forme à l’épreuve que j’endure : avoir à être ainsi ou autrement, être concerné en propre. Il nous faut délaisser l’a priori d’une présence substance que l’on peut circonscrire pour l’informe et l’à peu près d’une présence pathique qui s’échappe toujours vers son ensuite. Une telle manière de penser va bouleverser la posture thérapeutique : elle n’est plus seulement la mise en œuvre d’un savoir sur l’autre ou sur ce dont il souffre – une maladie isolée : le cancer de la chambre 21 ! -. Elle se pense alors comme une invitation à approfondir la dimension pathique de la présence, ce qui demande que le soignant accepte de délaisser sa « blouse blanche » pour accepter de se laisser concerner en tant qu’existant.
Pathique et émotion :
Parler de pathique n’est pas habituel pour les soignants : il est davantage question de sensations qualifiées de corporelles ou d’émotions personnelles. Pourtant la dimension pathique de l’existence m’est essentielle dans ma pratique de thérapeute. Il est vrai que la démarche phénoménologique se nourrit plus de philosophie que de sciences exactes et c’est un choix que j’assume en pleine conscience. Je veux dire par là que la pensée scientifique a sa pertinence et nous est précieuse mais qu’elle a aussi ses limites que nous oublions trop souvent à notre époque. La présence humaine ne peut pas se décliner selon le mode de penser scientifique et en cela je me réclame clairement de Médard Boss (lisez notamment « Introduction à la médecine psychosomatique ») et de Martin Heidegger (notamment pour ce qui concerne la « maladie humaine » lisez « les séminaires de Zurich »). Ce n’est pas parce qu’une parole n’est pas fondée en raison qu’elle est stupide et « fumeuse »… Il fut un temps pas si lointain où nos médecins apprenaient la philosophie et les lettres –les humanités- et où les mathématiques, avant d’être réduite à un calcul quantitatif, étaient un domaine de la philosophie ce que nous semblons avoir totalement oublié ! Qu’est ce que cela nous donne à entendre la pathique ? Pathein cela veut dire endurer, éprouver : une épreuve, une expérience, une certaine manière d’être proche qui augure durée et affection ; une certaine saveur mondaine…Souffrir de nos jours à perdu sa signification d’épreuve – qui signifie que cela nous arrive et nous concerne – pour ne plus s’entendre que comme être malade, mal : pathologie et donc à éradiquer ! Je parle de durée pour vous faire entendre que se donner sens c’est pouvoir articuler la présence humaine en une chronique, une continuité suffisante ; c’est cela que j’appelle « se prendre suffisamment pour quelqu’un », être à même de pouvoir articuler chacun de ses comportements en moments d’un projet, d’un en vue de quoi et d’un en vue de qui. Mais tisser un projet ce n’est pas seulement faire des projets concrets, c’est avoir à se situer quelque part entre sa naissance toujours déjà ayant eu lieu et un avenir toujours devant soi, ouvert, et nous contraignant à faire des choix, à prendre des décisions qui nous engagent jusqu’à notre possibilité la plus insigne : celle de mourir. La psychothérapie vise à permettre à un être humain de se réapproprier sa possibilité de choisir, de s’orienter et tisser ainsi une vie qui soit vécue c’est-à-dire pleine et pas simplement une suite factuelle (le CV n’est pas une biographie). Ici, choisir ne veut pas dire qu’un ego choisit, qu’il décide lui d’être ainsi ou autrement, choisir cela veut dire accueillir et donner forme à la façon dont je suis toujours déjà, la manière dont ma présence est déjà tournée, informée d’une certaine manière : toujours je suis déjà né, livré au monde avec certaines possibilités comme par exemple être homme ou femme…cancéreux ou non et cela je dois le prendre en charge, je ne peux m’y dérober. La Gestalt-thérapie vise à restituer à autrui sa pleine possibilité d’être ainsi ou autrement en prenant en charge sa manière d’être telle qu’elle se présente : pouvoir être et non plus être pu comme dirait Maldiney… le sentiment de subir sa vie est bien ce qui conduit à entreprendre une psychothérapie. Ce qui donne de l’épaisseur à notre existence c’est la façon dont nous nous y sentons engagé, partie prenante, la façon dont nous nous soucions de la qualité de notre vie, dont cela nous importe, dont il y va de nous en chacun de nos gestes et mots. C’est là que nous avons affaire à la dimension pathique de la présence : chacun de nos comportements n’est pas réductible à un faire technique ou un calcul de probabilités mais doit prendre sens d’un y être pleinement engagé, d’y être mu et ému. Cela veut dire pouvoir se décider, y venir pleinement en conscience : assumer totalement nos actes avec ce qu’ils comportent de prévisible et surtout l’inattendu auquel ils nous convient à chaque fois. En ce sens, l’existence humaine est tout autre qu’un plan comptable ou un plan de carrière ! Elle nous invite à accueillir ce qu’il nous arrive d’être, un improbable, un indécidable avec les seuls appuis de la raison. L’existence est une épreuve et c’est cela qui lui donne une certaine saveur, un goût parfois amer et parfois doux et parfois doux-amer ! Le Gestalt-thérapeute est ainsi pleinement engagé dans la relation qu’il tisse avec son patient. Il est attentif à la façon dont se tissent (logos-legein) les formes langagières et il y prend sa part en conscience. Il veille à restituer à son patient son souci d’exister : une charge qu’il doit prendre en garde, une épreuve –une expérience- c’est-à-dire qu’il doit lui-même donner sens à son existence, se décider lui, en pleine responsabilité et en assumant que toute décision l’invite à l’inconnu, la nouveauté. Il s’agira alors de veiller à retrouver et éprouver l’épaisseur d’une parole parlante et non d’un bavardage. Cette épaisseur c’est le goût de la situation, l’intensité qui témoigne d’un engagement, autrement dit le pathique. C’est ainsi qu’il va accorder une attention particulière à l’atmosphérique dans le cours de la séance : se donner le temps d’éprouver de quelle façon cela nous touche et nous approprie, de quelle façon nous sommes mus et émus, de quelle façon il y est bien question d’une forme du souci ( nous avons charge d’être qui nous sommes et devenons) que nous devons porter ensemble en nous laissant d’abord éprouver et peu à peu en donnant forme à cette épreuve, en nous y orientant pas à pas. L’élaboration de la Gestalt en sera la dimension quotidienne. Parvenir à assumer la forme que prendra la rencontre c’est alors devenir proprement soi-même à l’occasion d’autrui : un moment d’intimité, là où chacun est tout près, approprié, lui-même advenant à l’occasion d’autrui, chacun situé. Ces moments de pleine présence sont rares et chacun de nous sait de quoi il en retourne : ces moments de justesse au sens d’y être accordé et concerné…au plus près, n’est-ce pas là de l’intimité ? Ce « au plus près » prend alors une saveur particulière : nous nous y comprenons mais non pas au sens d’un rendre raison mais au sens d’un laisser venir à soi comportant une part d’insaisissable. L’intimité c’est ce moment rare ou la relation quotidienne devient rencontre…un indicible, une saveur, un accord, au plus près de moi-autrui. La relation thérapeutique pourrait ainsi s’entendre comme mise en œuvre d’une situation particulière où la quête d’être soi, le souci d’avoir à être en propre puisse être prise en garde et en soin, éprouvée et endurée tant par le soignant que par le soigné. Cette façon de prendre soin n’est pas de l’ordre d’un « soigner-guérir » mais de l’ordre d’un préserver l’ouvert de la présence, de préserver cette question « qui suis-je ? », de veiller à son ouverture, comme question, sans lui apporter de réponse. Si le Gestalt-thérapeute s’intéresse à l’émotion ce n’est pas dans le projet « d’hystériser » la relation comme on dit, où parce qu’il pense que seule l’émotion est authentique et qu’il s’agit d’arrêter de se prendre la tête…la Gestalt-thérapie n’est pas une thérapie émotionnelle dans le sens où il s’agirait de retrouver nos émotions infantiles enfouies et stockées quelque part, ce qui finalement n’est qu’une manière de se conformer à la définition classique de l’humain comme animal doué de raison ! Pour être tout à fait honnête, je dois reconnaître que pourtant c’est aussi ainsi que nombre de Gestalt-thérapeutes pensent leur pratique. Je vous invite alors à regarder autrement et à prendre appui non plus sur une anthropologie mais sur une ontologie : l’humain, une manière d’avoir à être qui ne peut se circonscrire dans une liste exhaustive de capacités mais qui nous ouvre à endurer un certains nombres de questions pour lesquelles chacun doit trouver sa réponse provisoire : sa forme ajustée. Ces questions nous devons alors les préserver en tant que questions…L’intimité pourrait alors s’entendre comme ce moment d’intensité, parce qu’il y va de nous, parce que cela nous mobilise et nous touche, parce que cela nous invite au silence, parce que cela prend garde de préserver la question « qui suis-je ? », cela lui donne son épaisseur…
Pour conclure :
Paul est un jeune homme de vingt cinq ans qui vient me voir car il souffre de crises d’angoisse depuis quelques semaines : « je me sens débordé par les évènements » dit-il dans les premiers moments de notre rencontre. Il occupe un poste de responsabilité dans une entreprise et cela l’accapare beaucoup ; il rentre souvent tard le soir chez lui. D’abord il y a eu la grossesse qu’il à a peine vu passer. Soudain il est là, l’enfant…et voilà : « comme une douche froide » dit-il… Aujourd’hui cela fait 3 mois que cet enfant est né et c’est lors des congés que : « j’ai eu l’impression de découvrir mon fils »… je suis sensible à cette manière de s’adresser à moi où il témoigne d’une atmosphère et de ses variations tonales. D’abord il s’est inquiété d’une douleur vive à sa poitrine…il a subit enfant une opération au cœur. Soudain est survenue « la peur de mourir et de laisser seuls femme et enfant ». D’abord il a consulté son médecin et les analyses et examens l’on rassuré quant à sa santé corporelle. « ça m’a rendu serein. Pourtant, je l’ai voulu cet enfant. On l’a décidé ensemble et on l’attendait. » Puis il ajoute « parfois je ne supporte pas qu’il pleure »… je suis attentive au rythme des voix, au rythme des respirations, aux gestes…les miens et les siens articulés et articulant un rapport, là où nous advenons en nous donnant ces formes-là… dans le propos tel qu’il se donne à entendre, c’est « pourtant » qui résonne fort et insiste…et que nous explorons. Il me parle également de sa vie de couple : ils se sont rencontrés il y a plusieurs années. Il est heureux avec sa femme et « ils ont trouvé un rythme ensemble avec le bébé ». Ils partagent leurs inquiétudes et décrit une couple harmonieux, plein d’égard. Mais voilà que « des idées noires m’assaillent…j’ai la poitrine serrée » il décrit des accès d’angoisse allant jusqu’au vertige. Et cela vient notamment lorsque le bébé pleure… « je ne sais plus quoi faire, je ne supporte plus »… il en vient à craindre d’être seul avec son enfant…et l’angoisse prend forme d’idées noires : qu’il ne va pas pouvoir assurer, qu’il n’est pas à la hauteur, pas capable d’être un bon père, qu’il va mourir et que deviendront sa femme et son bébé….le rythme des respirations s’accélère, une saveur oppressante. Il s’éprouve soudain assailli par le poids de sa responsabilité et ce qui allait de soi, les actes quotidiens, devient étrange et problématique. Il doit veiller sur sa famille, il doit être capable d’apaiser son fils, d’assurer sa croissance… il doit…il doit ! Et s’il mourrait qu’adviendrait-il ? Et s’il n’est même pas capable de calmer les pleurs de son fils alors quel piètre père est-il ? Il s’inquiète et s’affole de s’éprouver ainsi vulnérable et incapable, « peut-être que je suis trop sensible…à la fin de la grossesse j’ai fait une couvade. Peut-être que je ne suis pas assez mature ? Lors de cette première rencontre je suis attentive à cela : un évènement même s’il était attendu et voulu, planifié, vient faire vaciller la conjointure mondaine, la familiarité de soi et du monde. C’est-à-dire que cela va obliger à inventer de nouvelles manières de se comporter, de nouvelles manières d’habiter l’espace familier…l’arrivée de l’enfant vient soudain bousculer la familiarité du monde. Mais également cet enfant va faire vaciller les appuis habituel de cet homme : un homme efficace et rationnel, un homme qui à des compétences techniques et qui est considéré pour son expertise…là, auprès de son enfant qui crie et pleure…là il ne sait pas ce qu’il faut faire, il ne sait pas résoudre le problème : s’il pleure c’est que quelque chose ne va pas… d’abord il cherche et puis, lorsque ses possibilités sont épuisées, soudain c’est le vide et là l’anxiété le saisit…il ne sait plus que faire, il ne sait plus qui il est, il se découvre sans appui. Du coup il en vient à se demander s’il est capable d’être père…et même s’il à vraiment désiré cet enfant car s’il en était ainsi, il ne devrait pas se trouver face à ces sentiments et doutes… Et pourtant…le moment crucial de cette première rencontre viendra là, quand il va évoquer l’accouchement. D’abord il me raconte une chronique : il a toujours eu peur à la vue du sang et il craignait de ne pas tenir le coup, il me dit qu’il se souvient d’un film sur l’accouchement vue lorsqu’il était en troisième… Et voilà que soudain la voix s’anime et prend une tonalité plus grave, la rythmique des corps s’altère…cet homme ne me parle pas de quelque chose… là, peu à peu, il me parle du moment où il a vu apparaître son fils…et ce n’est pas ce qu’il dit qui importe là…mais que soudain nos yeux deviennent humides et nos regards se touchent…Silence… Soudain nous nous trouvons là convoqués en propre… nous ne nous tenons plus selon nos rôles, ceux-ci à la fois sont toujours à l’œuvre mais pas seulement …à ce moment-là, et lui et moi, nous sommes saisis et concernés, convoqués ; le moment juste, le kaïros de l’entrée en présence : et cela prend forme d’un long silence… moment d’intimité où nous existons l’un l’autre et où c’est entendu sans que cela se dise… Je dirai que là il y a un moment de venue en présence : il ne me raconte pas quelque chose, nous sommes là tous deux convoqués et tout proches, accordés dans cette humidité des yeux… concernés par cela : prendre responsabilité, à la fois vouloir savoir, trouver des appuis sécurisés et accepter aussi l’incertitude, la limite de notre pouvoir, assumer et toucher notre finitude, tel serait le thème là. Et ce thème va se décliner sous des formes quotidiennes différentes : pour lui comment être avec mon fils même lorsque je ne sais plus que faire ? Comment être auprès de lui, impuissant à apaiser ses pleurs mais avec lui et touché sans vaciller….assumer cela, qu’il lui échoit d’être père par-delà le jugement qu’il peut mettre en mots quant à sa façon de l’être, par delà le choix historique et quotidien qu’il évoque par sa phrase « pourtant je l’ai voulu cet enfant ». Et pour moi comment tenir ma place de thérapeute, ne pas conseiller cet homme, mais lui permettre d’accepter cela qu’il sait bien mais qui l’angoisse trop : être père lui, avec sa perfectibilité et sa faillibilité… et moi être Gestalt-thérapeute avec cette même perfectibilité et faillibilité, une épreuve délicate ! Il s’agira de travailler la subtilité des formes signifiantes : ce qu’il faut faire pour être un bon père, un homme (les rôles tels qu’ « on » les décline). Mais aussi à quoi ça nous engage avec autrui, la responsabilité c’est-à-dire ? Et puis la sensibilité comment prendre appui avec « elle » ?
En guise de bibliographie :
Sur la conception de l’être humain et la pensée de Martin Heidegger : Edith Blanquet Apprendre à philosopher avec Heidegger, Ellipses, Paris, novembre 2012. Sur la technique : Martin Heidegger L’époque des conceptions du monde, dans Chemins qui ne mènent nulle part, Gallimard collection tel N°100, 1962. Martin Heidegger La question de la technique, dans Essais et conférences, Gallimard collection tel N°52, Paris 1958, pages 9 à 48 Martin Heidegger la dévastation et l’attente, Gallimard, l’infini, Paris, 2006.