Compte rendu de lecture n°12 le déploiement de la parole
Compte rendu de lecture n°12 – Acheminement vers la parole – p164-166
Rouffach novembre 2024 : Edith Blanquet – Chartier Marie-Christine – Simon Corinne – Remaud Frédérique.
« À présent, ce qui importe, c!est la tentative de préparer une expérience pensante avec la parole. Dans la
mesure toutefois où la pensée est avant tout une écoute, c!est à dire un se-laisser-dire, et non une interrogation,
il est nécessaire, s!il en retourne d!une expérience pensante avec la parole, d!effacer à leur tour les
points d!interrogation — sans pouvoir pour autant revenir à la forme usuelle du titre. Si nous devons pouvoir
penser à la suite du déploiement de la parole, il est nécessaire que la parole d!abord se fie à nous, ou même
qu!elle se soit déjà fiée à nous (uns zugesagt). »
« Qu!elle se soit fiée à nous » on pourrait dire aussi, qu!elle se soit déjà parlée à nous », ou encore que la
parole nous devance?
Toujours les choses nous appellent à prendre place et toujours déjà les choses ouvrent la question du sens.
Quand il dit enlever l!interrogation, c!est peut-être prendre en vue que l!interrogation n!est pas une interrogation
au sens de quelque chose qui serait une question causaliste posée par un sujet préalablement
consisté.?Comme s!il met l!accent sur le fait que l’épreuve de penser appelle à se laisser dire .Peut-être
que l!interrogation, on pourrait encore s!y fourvoyer dans s!ouvrir à une interrogation à propos de quelque
chose et pas devenir soi-même une question ?
Dans se-laisser-dire c!est clair que l’égo, la dimension du volontaire, du je maitrisant, est mise à mal alors
que dans l!interrogation entendue au sens habituel, je peux poser une question, je ne me laisse pas questionner,
c’est-à-dire éprouver. Puisqu’il ne faut pas oublier que la question c!est l’épreuve… où il y va de
notre chair. de plus « se fier » appelle à une dimension pathique, affective…
C’est fort de ce que l!on a déployé auparavant c’est à dire, cette question que la parole nous parle, que l!on
doit se trouver dans cette condition propice pour que ça se laisse dire, et que se disant nous y prenons
place, et nous éclairons une manière d’être mondain. Et pourtant on enlève les questions, l!interrogation. Et
donc d!abord il faut que pour penser à la suite du déploiement de la parole, que la parole nous soit adressée/
parlée/parlante.
L’écoute a augure des conditions de possibilités d!un soi-même, il n!y a pas de structure égoïque avant,
c!est l’écoute et la parole qui ouvrent place et lieu. Cette dimension de déploiement, c!est peut-être prendre
la mesure que nous humains nous sommes parlants parce que, avant tout il nous est parlé, et que parlants,
c!est une manière de prendre place dans le fil d!un parler qui est déjà là, qui nous appelle à choisir des
mots./tisser une manière mondaine d’être-le-là Le monde est un monde langagier, pas un monde matériel
de ce point de vue-là. C’est nous reconduire à voir que, ce que l!on appelle un monde matériel, ce sont des
choses qui font sens à partir de notre usage où de nos manières de nous comporter, et ça on l!a perdu de
vue. On confond chose et objet: la chose, ce dont il est question/qu’ily a/que cela donne…
(Quand une personne arrive en thérapie et dit « de toute façon, je suis… » la personne est dans un monde
matériel, quotidien « c’est comme ça je ne peux pas »).
Je ne peux pas : c!est une manière de la parole, c!est une usure, c!est une façon d!habiter la parole qui la
prend d!un équivoque et de bavardage. C!est à moi de déceler ça, c!est-à-dire de dévoiler ça, de l!amener à
son ouverture, toujours… toute fermeture est une guise de l!ouverture.
Retrouver la dimension de l!inouï, c!est une manière de parler de cet inouï, de se laisser dire qui ne serait
pas déjà signifié, mais qui va appeler à une autre signification, puisqu!aussitôt ça va être déjà signifié, et
sans cesse, c!est-à-dire que parler c!est mesurer que la parole nous a déjà parlé à chaque fois et reconduire
cette ouverture, ce ou bien…richesse et générosité du sens …
Marc-Alain Ouaknim parle d!une manière très intéressante dans ses conférences sur le manger (« Grand
est le manger » youtube) et également quand il évoque l!herméneutique hébraïque, le propre de ce qu!il y a
de fabuleux dans la langue. Dans l!hébreu, cette langue avec des lettres qui sont imprononçables puisque
les lettres de l!alphabet ne sont pas prononçables sans les vocaliser, ce sont des consommes où il faut
mettre des voyelles pour dire par exemple « alef », cette espèce de signe que l!on ne dit jamais explicitement.
C!est étrange, c!est une lettre très importante, une graphie, mais ce n!est pas une lettre au sens de
quelque chose qui a un son, elle n!a pas de son seule – du coup c!est la manière de vocaliser qui le dit.
En hébreu, ce que l!on appelle l’étude est un travail de méditation, un travail d!incantation, un travail de vocalisation
qui éprouvent le lien indéfectible des lettres et du corps, le souffle et les formes du respir . Ce
sont tous ces mouvements, tendre vers. Avant tout un tracé ouvrant l!espace.
Donc c!est tout ce travail pour désobstruer, peut-être, cette dimension qui est que nous ne sommes que
parlés. Pour être parlants, c!est que nous sommes déjà parlé. Ou « parlure » ; il faudrait presque créer un
mot. Est-ce que Lacan n!a pas joué avec ça sur la parlure ? Il parle du parlêtre.
Si la parole nous traverse, si on est traversée langagière, ex-il, cette traversée nous donne quand même
une tonalité, dans laquelle nous nous disposons. Donc toujours déjà, pour que je puisse parler il faut que la
parole m!ait déjà parlé, dans le sens que j!en entende quelque chose et d!où j!en entend quelque chose.
Comme si on posait la question – comment ça se fait que l!on comprend les mots ? Qu!on y entend
quelque chose ? Que ça nous dit quelque chose et que cela nous dit de nous, bien plus que nous le disons…
On retrouve toujours ces mouvements.
Ce n!est pas un mouvement que l!on peut arrêter, il n!y a pas en premier ça, et en deuxième ça, on ne peut
pas en faire une chronologie, c!est toujours un mouvement critique – de l!ordre du kairos, d!où cet état – où
chaque fois… l!angoisse est-elle thérapeutique ? Je ne me pose pas la question, j!y vais… et si ce n!est
pas juste, je refais une esquisse.
En même temps c!est particulier puisque je ne me pose pas la question, mais il faut quand même toute une
manière de s’être laissé questionné pour qu!un moment cette manière d!intervenir prenne sa pertinence sinon
je fais n!importe quoi, sinon je peux dire tout et n!importe quoi. Et en fait je ne dis pas tout et n!importe
quoi, c!est ça qui est compliqué. Et pourtant je n!ai pas de principes carrés, clairs et énoncés.
C!est ça qui fait dire, « si nous devons pouvoir penser à la suite du déploiement de la parole il est nécessaire
que la parole d!abord se fie à nous – ou même qu!elle se soit déjà fiée à nous », qu!elle nous ait déjà parlé.
« La parole doit nécessairement, à sa façon, nous adresser elle-même La parole — c!est à dire son déploiement.
La parole se déploie en tant que cette parole adressée (Zuspruch). »
Celle qui nous appelle nous oblige, d!où le « ex » d!exister, dans lequel nous prenons toujours place puisque
nous ne sommes pas que des vivants.
« Nous l!entendons toujours déjà, mais nous ne pensons pas à cela. »
Nous n’en prenons pas soin/garde.
« Si nous n!entendions pas partout l!adresse de la parole (der Zuspruch der Sprache), nous ne serions pas
en état d!employer un seul mot de la parole. »
Si je dis « jaune » c!est déjà toute une dimension du sens qui se déploie et que j!ai déjà entendue et qui
vous parle d!avance. D!avance ça vous parle d!une couleur et pas d’un outil. Ça amène à voir que le comprendre
c!est prendre place bien plus que savoir au sens d!avoir appris par coeur des concepts et raisonné.
Et qu!on retourne dans l!apprentissage, « apprendre » à s!y entendre avec… au sens artisanal./ une geste
« Nous l!entendons toujours déjà mais nous ne pensons pas à cela, et on ne peut pas l!attraper, c!est tellement
simple que c!est impossible. Et la parole c!est justement cette adresse, elle ne dit pas quelque
chose, ça nous dispose d!une certaine manière ou ça nous fait toucher notre manière d’être, toujours déjà
disposés, tendu vers…
« La parole se déploie en tant que cette parole adressée » – autrement dit c’est adresse, appel à, vocation,
vocare, il faut entendre le mot vocation comme être appelé à prendre place. Quelque chose qui m!appelle,
un quelque chose que je ne peux pas cerner… on pourrait l!appeler le divin mais qui n!est pas un dieu. Le
mystère, l!exil, notre état d’être-jeté-au-monde, d’être toujours pro-jet.
« Le déploiement de la parole se déclare comme parlée » (et il dit Spruch: jaillir, un jet) comme parole de son
déploiement » On ne peut pas faire autrement! dès qu’on dit la parole, on déploie la parole, mais on la déploie
toujours sous une certaine manière où elle a déjà parlé et on essaie de donner à entendre quelque
chose qui nous parle mais que l!on n!arrive pas à attraper/concevoir en tous cas que l!on ne peut pas arraisonner.
« Mais nous ne sommes en état ni de correctement entendre, encore moins de « lire » cette déclaration originale.
La voici : Le déploiement de la parole : La parole du déploiement.
Ce qui vient d’être dit est une mise au défi ( eine Zumutung ): c!est le cas de le dire et c!est l!enfer de
prendre la mesure de ça, c!est insaisissable.
Il dit bien cela « Si nous faisons là que soutenir une affirmation, il nous serait licite de nous mettre en peine
de prouver sa justesse ou sa fausseté. Ce serait, de beaucoup, plus facile que soutenir la mise au défi et
nous y trouver. » on ne peut pas l!expliquer, le justifier, on ne peut que le sentir, ça fait toucher ça… cette
intensité qui monte/une charge
Ce passage on peut que le redire …
« La parole doit nécessairement, à sa façon, nous adresser elle-même La parole — c!est à dire son déploiement.
La parole se déploie en tant que cette parole adressée (Zuspruch). Nous l!entendons toujours déjà,
mais nous ne pensons pas à cela. Si nous n!entendions pas partout l!adresse de la parole (der Zuspruch der
Sprache), nous ne serions pas en état d!employer un seul mot de la parole. »
Comment on apprend à parler ? Alors que pour parler il faut déjà savoir parler. Pour apprendre à parler, il
faut déjà savoir… de quel savoir il est question ?
« La parole se déploie en tant que cette adresse. » Un appel.
« Le déploiement de la parole se déclare comme parlée (note: Il ne s!agit pas ici d!un adjectif, mais d!un
substantif : la parlée, où l!on peut entendre le fait de parler ce que l!on dit en une sentence) (Spruch),
comme parole de son déploiement. Mais nous ne sommes en état ni de correctement entendre, encore
moins de « lire » cette déclaration originale.
La voici : Le déploiement de la parole : La parole du déploiement. »
Ce qui vient d’être dit est une mise au défi (eine Zumutung).
Parce que ça ne tient pas debout sinon cette phrase, si je fais un devoir de logique/logistique et que j’écris
« Le déploiement de la parole : La parole du déploiement » on me dit à quoi tu joues, c!est une tautologie. Il
s’agit d’entendre la logique autrement que comme la science des manière de construire des jugements…
« Si nous ne faisions là que soutenir une affirmation, il nous serait licite de nous mettre en peine de prouver
sa justesse ou sa fausseté ». Genre l!arbre est jaune, ça ce n!est pas un problème.
« Ce serait, de beaucoup, plus facile que soutenir la mise au défi et de nous y trouver. »
La mise au défi c!est déjà l!arbre si je prends l!exemple. Si on dit l!arbre est jaune on peut argumenter, il est
jaune, il est vert bref ! on argumente sur la base de, non pas du parlé de la parole mais d!une signification
qu!on a arrêtée dans un mot qui est juste un jugement.mais « jaune » et « arbre »…mystère de la donation…
( Avec l!hébreu les lettres en elles-mêmes ne sont jamais reliées donc elles ne forment pas des mots, si tu
les accroches c!est illisible et se perd l’ouvert, la générosité du sens toujours reconduit vers son excédence
Elles n!ont jamais de voyelles donc tu es obligée de trouver des façons de les vocaliser et en elles-mêmes
quand tu es devant ce sont juste des traits, puisqu!elles ne peuvent rien dire. C!est très bizarre, du coup
c!est un rythme ou c!est un dessin. )
Si je dis l!arbre est jaune – tu peux discuter avec moi – quand je dis l!arbre est jaune, regarde, sous l!effet de
la lumière, il y a des endroits qui prennent cette dimension du jaune, c!est la décomposition du spectre, des
filtrages des rayons du soleil qui font que je vois du jaune et du vert dans cet arbre, et tu pourrais en
convenir. Si je te dis l!arbre est rouge, tu peux me dire non c!est faux et tu peux argumenter.
Donc on ne raisonne pas sur le parlé de la parole mais ce sur quoi la parole a déjà parlé. Jaune c!est une
couleur qui est autre que rouge etc. Et c!est autre que si je dis l!arbre est cardamone, on va me dire de quoi
tu causes, ou l!arbre est parapluie, on n!est pas dans les mêmes registres – donc la parole nous a déjà parlé
– elle nous met déjà dans des registres catégoriques, catégoriels, parce qu!on est dans des classifications
du monde (et car la logique se tient selon des règles établies pour dire le « vrai »). On a parlé de la couleur
et si, du coup, je dis l!arbre est clé à molette…
On peut prouver la justesse et la fausseté de ça (selon une vision évidente de ce qui est vrai; de la justesse
d’une propositions )et du coup on utilise le parlé de la parole mais on ne prend pas la mesure qu!elle nous
parle déjà dans un certain registre, alors que dans la thérapie on peut prendre la mesure de ça – de l!inouï
de la parole et de l!adresse.
C!est pour ça qu!il dit que c!est une mise au défi. Le défi c!est déjà dire arbre plutôt que clé à molette. C!est
difficile de dire n!importe quoi – en fait c!est même très difficile. Quand on est enfant on imagine des mots
mais, quand on devient adulte, on est vraiment bouffé par la façon dont le monde est catégorisé.
Le devenir monde, le monder du monde… quand on était mômes et que l!on jouait avec des feuilles de
tilleul, on ne jouait pas avec des feuilles de tilleul ! C!est maintenant que je dis : on prenait des feuilles de
tilleul pour en faire des assiettes, de la farine ; mais en fait ce n’étaient pas des feuilles de tilleul, c’étaient
des assiettes, de la farine et autre chose. Et on n!avait pas besoin de se l!expliquer.
Les bouts de cailloux, selon le contexte, devenaient des vaches ou des voitures ou un fruit. On avait une
souplesse et une capacité de prendre cette mesure-là du monder du monde qu!on perd en devenant
adulte, et où la mise au défi, on ne la laisse pas venir, donc on est noué.
Et en hébreu le mal c!est les noeuds, c’est le fait de lier les choses, de nouer, c!est-à-dire d!arraisonner la
signification dans un mot ou dans un regroupement de lettres, c!est d!arraisonner le sens qui est le mal
(établir des dogmes).
Donc on est noué dans les catégorisations, dans dire jaune, bleu, pull. Et dans quelque chose du coup qui
subjective, quelque chose qui ne laisse pas libre le mouvement, le surgissement. Quelque chose qui fige,
qui chronicise la venue du temps, de la présence, qui fait de la présence une chronique et donc une maladie.
Concernant la note (« note : Il ne s!agit pas ici d!un adjectif, mais d!un substantif : la parlée, ou l!on peut entendre
le fait de parler ce que l!on dit en une sentence ») – le fait de parler c’est un faire qui a déjà eu lieu …
le fait, participe passé mais c!est aussi un substantif. Le fait, le parlé est toujours déjà fait. On peut entendre
l!acte de parler, l!acte d’être parlé ou d’être parlant.
« La parlée, où » il faut lire comme : la parlée virgule là où on peut… il y a un où qui est locatif, c!est dans la
parlée, c’est au sein de la parlée, on entend le fait, l!acte de parler bien plus que le quoi de l’énoncé, l!arbre
jaune par exemple. Quand je dis l!arbre jaune, soit on va regarder l!arbre : le quoi, soit on s’étonne de la
manière dont je peux proférer l!arbre jaune.
Quand tu me parles, soit je vais m!intéresser au contenu, soit je vais m!intéresser par exemple au ton de ta
voix, à la façon dont je respire, peu importe, à quelque chose qui nous amène à une venue en présence…
et là je vais chercher l!acte de la parole, le fait de parler, bien plus que le quoi. Le qui plutôt que le quoi.
La parlée, là où quelqu!un peut entendre l’acte de parler, le parlé en train de se faire, qui est là dans ce que
l!on dit en une sentence. Dans la vie quotidienne on ne s!intéresse pas au parlé en train de se faire, ni à la
saveur, à comment tu dis ça etc. on s!intéresse au quoi : l!arbre est jaune.
Et la sentence serait le quoi, le contenu. Par exemple si tu me dis : l!arbre est jaune, je vais taquiner sur la
couleur de l!arbre mais je pourrais très bien taquiner sur « tiens, je suis attentive à la façon dont quand tu
me dis ça, ça a bien respiré entre nous », tu vas me dire tu débloques, « je te parle de l!arbre », tellement on
est dans une parole substantivée où l!on s!intéresse du contenu, très peu de la musique de la parole, très
peu du rythme.
« Mais nous ne sommes en état ni de correctement entendre, encore moins de « lire » cette déclaration originale.
»
Il propose de changer le titre, la parole doit changer de titre, la conférence du déploiement de la parole deviendrait
le déploiement de la parole : la parole du déploiement, on n’est pas en mesure d’en entendre et
encore moins d’en lire, ça vise à nous sortir de la quotidienneté, ça nous met au défi de prendre la mesure
de ce qui va de soi, de commencer à s’étonner.
« Nous ne sommes en état ni de correctement entendre, encore moins de lire cette déclaration originale, qui
est celle-ci, le déploiement de la parole : la parole du déploiement. » C’est à dire : est-ce qu’on est disposé
d’une telle manière que l’on pourrait se laisser augurer ça, se laisser surprendre ? Je crois que ça joue dans
cette articulation sans cesse de nous décaler de la quotidienneté, de l’équivoque, du bavardage.
« nous ne sommes pas en état », c’est à dire ce qui vient d’être dit est une mise au défi, la poésie c’est pas
juste des jeux avec des sons et des lettres tout comme la musique. L’esthétique n’est pas juste quelque
chose qui est devant nous, c’est quelque chose qui nous concerne… ça pourrait venir dire ça
« Ce qui vient d’être dit est une mise au défi. Si nous ne faisions là que soutenir une affirmation, il nous serait
licite de nous mettre en peine de prouver sa justesse ou sa fausseté ».
La question n’est pas d’être d’accord avec cette opinion, ni de recueillir le plus d’opinions favorables.
« Ce serait, de beaucoup, plus facile que soutenir la mise au défi et de nous y trouver. »
En gros il nous dit : je ne vous demande pas d’être d’accord ou pas, que ce serait la bonne formule ou pas.
La question n’est pas de savoir si ça va être thérapeutique ou pas, puisque tu ne peux pas le savoir tant
que tu ne t’y risques pas. Tu ne peux pas avoir un critère du thérapeutique, tu ne peux que risquer la singularité.
« Le déploiement de la parole : La parole du déploiement. La mise au défi d!expérimenter cela en une pensée
vient à ce qu!il paraît de la conférence : elle nous adresse ce défi. »
Celui de faire une expérience avec la pensée et avec la parole.
« Mais en fait la mise au défi vient d!ailleurs. La métamorphose du titre est de telle nature qu!elle le laisse
d’évanouir. Ce qui fait suite à cet évanouissement n!est pas une dissertation sur la parole sous un titre modifié.
C’est la tentative d!avancer un premier pas dans la contrée qui nous réserve des possibilités pour une
expérience pensante avec la parole. Dans cette contrée, la pensée tombe sur le voisinage de la poésie.
Nous avons entendu parler d’une expérience poétique avec le mot. Recueillie, elle parle dans la dernière
strophe du poème. »
Donc on n’est pas en train d’envisager de faire une dissertation sur pourquoi l’arbre est bleu ou établir les
preuve de l’existence de Dieu et les preuves de sa non-existence, ce n’est pas une dissertation au sens
métaphysique. C’est une dissertation au sens d’une disputation on pourrait dire, dans quelque chose où il
va y avoir quelque chose qui nous convoque et où il y est question de nous.
C’est la question de la parole. Ouaknim dit ça et il cite à propos de cela Bachelard. Il dit que la parole est
un oiseau… « Dans chaque mot se tient un oiseau, aux ailes repliées qui attend le souffle du lecteur pour
prendre son envol » et il ajoute que « dans chaque mot se tient un oiseau, aux ailes repliées, qui attend le
souffle du lecteur pour déployer ses ailes et que le lecteur monte sur ses ailes pour se laisser emporter dans
son envol ». C’est à dire que tout ce qui est un descellement est aussi un scellement, le « laisser-être », le
mystère de la forme, ce qui s’éclaire, s’obscurci, en fait ce rapport sans cesse de clarté et obscurcissement
que l’on ne peut pas choper. Qui fait que ça nous parle mais que l’on ne peut jamais trouver le mot exact
pour le dire. Ça nous oblige à parler encore finalement, à nous laisser emporter, ou nous laisser déployer le
flot de la parole. Accepter de ne pas conclure, de ne pas tomber d’accord, c’est à dire de ne pas aller dans
un dogme.
Notre boulot, en tant que thérapeute, n’est pas de trouver la vérité pour le patient, mais d’augurer un mouvement
de telle sorte qu’à un moment il puisse dise ok, je vais là. Insight on pourrait le dire comme ça.
La vérité elle est dans la manière de s’engager, de prendre parole et d’engager parole finalement (il n’y a
pas une vérité à trouver) …
Ce qui aujourd’hui est complètement perdu, c’est la parole qui nous oblige et nous engage. Avant il n’y
avait pas de contrat écrit, et si je dis « je viens à telle heure », ça m’engage de venir à telle heure, ce n’est
pas une parole légère, je ne peux pas changer en disant je viens à telle autre heure. Du coup, on ne parlait
pas à la légère t, il y allait à chaque fois d’une façon de prendre soin, respect…
Presque, la thérapie devient le lieu de retrouver ce qu’est la parole, et du coup de retrouver comment, parlant,
et la parole il y va d’y être, nous, de qui nous sommes, de qu’est-ce que ça veut dire d’être les parlants
? Qu’est-ce que ça veut dire avoir sens ? ou être sens ? qu’est-ce que c’est une vie qui a un sens? Toutes
ces histoires où si l’on relâche la question de : qu’est-ce qui a un sens, est-ce que ça plus de sens d’aller
voir un coucher de soleil à pétaouchnok avant que je sois morte ou d’aller encore voir le caillou que je
connais par coeur et que je sache le redécouvrir dans toute sa fraicheur ? ça demande tout un boulot ça.
Ça fait penser à l’éclésiaste : « vanité tout est vanité et poussière de vent », et la dimension qui peut en être
exaltante ou désespérante… C’est toujours une saveur.
Donc finalement, un humain n’a pas un destin à réaliser autre que celui d’arriver à être là où il est. Sauf
qu’on a appris tout un tas de trucs : est-ce que ça a plus de mérite de laver une cuillère, de manger de la
soupe ou de manger des ortolans et de faire un exercice d’alpinisme ou autre chose ? La valeur des choses
n’est pas la matérialité d’un quoi, elle est la manière d’y être engagé, de s’émerveiller, de dire un oui à ça…
Sauf que là c’est du bavardage quand on le dit comme ça, facile à dire… et ça en dit néanmoins le défi.
« Ainsi appris-je, triste, le résignement :
Aucune chose ne soit, là où le mot faillit. »
Aucune chose ne soit, ce n’est pas forcément un rien, un néant. Jamais une chose ne soit, elle peut être,
mais elle n’est jamais.
En hébreu il n’y a pas de conjugaison pour le verbe être. Le temps du présent de l’indicatif n’existe pas en
hébreu. Donc rien ne peut jamais dire « il est ». Tu ne peux pas être dans le temps de la substance, donc
rien ne soit, rien ne peut être défini. Ce n’est qu’à sans cesse venir, ça dit ça, ça ne dit pas qu’il n’y a rien.
Ça dit : aucune chose ne soit, là où le mot faillit, c’est à dire que la présence d’être est liée avec l’affaire du
mot, ça ne dit pas qu’il n’y a pas de mot, qu’il n’y a rien. C’est toujours à venir, c’est toujours à recommencer.
La présence d’être a à voir avec la parole, pas une signification arrêtée, où le sens comme direction,
dimension. Ça entend la dimension, le sens, dans toute son épaisseur charnelle.
Et du coup, « ainsi appris-je, triste, le résignement », il s’agit de s’incliner devant ça, ça ne dit pas « il n’y a
rien à manger, tu ne manges pas » ça dit « aucune chose ne soit, là où le mot faillit », du coup ça lui donne
d’autres épaisseurs signifiantes.
On pourrait entendre, il n’y a pas de chose quand il n’y a pas de mot – mais est-ce que la chose est de
l’ordre du mot ? Et qu’est-ce que le mot ? Ça oblige à questionner toutes ces dimensions-là, et à les revoir
dans leurs dimensions mystérieuses, dans ce que ça descelle et scelle ou re-scelle… se laisser ouvrir des
esquisses… ne pas chercher pas à trouver la définition exacte…
Aucune chose ne soit, pourquoi cette tournure, qu’est-ce qu’elle donne à entendre ? J’entends aussi aucune
– c’est à dire rien d’une… d’une unité, une chose ne peut jamais être un objet, c’est à dire quelque
chose de circonscrit et d’isolé, de structuré. Rien ne peut se structurer là où le mot faillit. Et le mot, à la fois
permet de structurer mais il ouvre toujours une faille, une béance. C’est la question du venir à soi. En gros,
c’est aussi la question de, pour nous les humains d’être temporains et d’essayer de stopper cette course
de ce que l’on appelle le temps.
Dans la quête mystique, il y a quelque chose de ça. Est-ce que la méditation n’est pas quelque chose qui
essaie de composer avec cela ? De ramener à se reprendre à cet oubli. Pas avec l’idée que l’on s’y retrouverait
mais d’assumer ce glissement, cet oubliement qui est sans cesse à l’oeuvre. C’est de pas vouloir faire
autrement, c’est compliqué ni de vouloir être quelqu’un, ni de vouloir être un je durable, mais que l’on saisisse
quelque chose de ça, enfin que l’on se laisse goûter.
La méditation, c’est une certaine disposition de soi.
Quand on s’arrête sur une phrase et que j’ouvre des choses qui me viennent « aucune chose ne soit », je
m’aperçois, petit à petit, plus je relis cette phrase, tout d’un coup ça se met à fourmiller, il y a des sens, le
« aucune »/pas une, je peux pas dire que j’y avais déjà pensé à ça, je ne peux pas dire que je l’avais à
l’idée, mais c’est comme si soudain quelque chose survient d’autre, qui donne une autre facette. Et peutêtre
j’ai l’impression que dans la médiation, il y a l’essai de laisser se déployer un éclat qui vient te surprendre,
mais que tu ne peux pas programmer. Tu ne sais pas si ça va chanter l’oiseau, ça me vient là
quant à la thérapie.
Éclat/mouvement, c’est à dire que quelque chose qui pourrait vouloir être fixé ou avoir un sens, et d’un
coup c’est laisser venir d’autres manières, tout en sachant qu’il n’y en a jamais une qui sera juste, mais que
ça va donner à éprouver quelque chose, et à respecter la profondeur, l’inouï de toute parole.
« Faillir » c’est quoi ? si je joue avec ça. Dans le dictionnaire, il y a plusieurs définitions, et dans ce que l’on
appelle la polysémie d’un mot. C’est qu’un mot, par exemple la fête, je vais dire « c’est la fête de noël »
mais c’est aussi le faîte de l’arbre, le fait. C’est aussi le contexte qui te permet d’assigner ce son à une signification.
Et donc il y a l’idée d’une vérité qui est contextuelle.
Après il y a d’autres manières de voir, qui n’est pas polysémique, OUaknim appelle ça l’amphibologie du
sens, dans le travail de l’herméneutique. Qui est que le sens/les significations possibles, on n’est pas là
pour en exclure l’une ou l’autre dans le contexte mais pour s’étonner de la profusion des significations et en
laisser venir d’autres. Du coup, faillite j’entends tomber/faillir mais c’est aussi ouvrir une faille, ouvrir un
chemin. Déjà il y a ça qui me vient que je n’aurais pas imaginé dans un autre contexte. C’est aussi, être en
faute/fauter. Mais qu’est-ce que c’est fauter ? C’est tomber dans une ornière etc. Et je pourrais sans cesse
associer, c’est comme s’il y a pleins de « ou bien » qui viennent comme une chaîne, qui a chacune sa voix
de pertinence. Mais je n’essaie pas d’en arrêter une.
Dans le propre de cette phrase « aucune chose ne soit, là où le mot faillit », la signification elle s’ouvre de
tous ces petits éclats. Ce n’est pas la même chose que si on est dans la cuisine et que je dis passe-moi le
sel – il vaut mieux que l’on trouve le sel, le bon, celui de la cuisine, pas le sel de la vie, le sel de bain…
Ça fait le lien avec le fait que la médiation n’est pas en soi un truc que l’on peut trouver comme ça, comme
si c’était un quoi, une position. Du coup, c’est une posture d’ouverture que l’on peut prendre. Quelque
chose qui nous apprendrait à se laisser surprendre, un peu plus.
Moment/occasion, parce que justement, toute occasion est bonne pour prendre la mesure du moment mais
c’est une manière de se disposer où Il y va de nous-avec-autrui. C’est une tournure que l’on pourrait relier
au parti pris d’y voir clair en conscience.
Un appel au silence comme manière de sortir du bavardage. Dans le quotidien, le bavardage prend beaucoup
de place – et même dans la posture thérapeutique, dans la posture de discours des psy, ça jacasse,
ils sont pleins de savoirs et d’évidence et de dogmes.
Et peut-être ça appelle à cette manière un peu plus frugale de prendre la mesure tout d’un coup, de à quoi
les paroles nous obligent. Où quand je dis faillir, qu’est-ce que je dis, qu’est-ce que ça donne à entendre,
qu’est-ce que ça ouvre comme manières ?
Et surtout, qu’est-ce que ça m’ouvre que je n’ai pas mesuré ? Et quand on dit « je n’ai pas mesuré », ça ne
veut pas dire qu’il y a une mesure, et qu’on en aurait fini avec cette question. C’est toujours trop bavard, vu
que ça vient toujours dire, donc figer un moment de l’ouverture. En même temps, il y a bien des moments
où il y a quelques paroles utiles et des paroles qui scandent, et c’est précieux aussi le moment où ça advient.
Mais dans le quotidien c’est évident que l’on va trop vite conclure.
« À travers une maigre explication des strophes précédentes, nous avons tenté de jeter le regard sur le
chemin poétique de cette expérience. De loin ; et seulement un regard sur le chemin du poète – n’allons pas
nous imaginer que nous ayons parcouru nous-mêmes ce chemin. Car le dire poétique de Stefan George,
dans ce poème et ceux qui vont avec lui, est une marche, une allée qui revient à s’en aller, après que ce
poète a parlé d’abord comme un législateur, et comme un prophète. Aussi ce poème, Le Mot, se trouve-t-il
dans la dernière partie du dernier livre de poèmes que George ait publié, Das Neue Reich (Le Nouveau
Règne), paru en 1928. La dernière partie porte le titre : Das Lied (La chanson). La chanson est chantée – non
pas « en plus », mais c’est bien quand on la chante que la chanson commence à être chanson. Le poète de
la chanson est le Chanteur – der Sänger. La poésie est Plain-Chant (Gesang). Hölderlin aime, à l’exemple
des Anciens, le nom de Gesang pour la poésie. »
L’autre mot pour dire La poésie c’est Dichtung et donc dans Gesang il y avait la dimension du chant, le
chanté.
C’est à nouveau un trait ouvrant, c’est à dire une façon de reprendre un fil tout en le montrant dans son
étrangeté. Le fil de ce que l’on à ouvert à travers une maigre explication des strophes précédentes. Déjà on
entend que c’est une maigre explication, ce qui peut sembler beaucoup pour beaucoup de gens – presque
on aurait coupé les cheveux en quatre, on y a passé des heures. On a essayé de jeter un regard sur le
chemin poétique de l’expérience. On est quand même resté à jeter un regard sur un chemin, on ne s’est
pas nous mêmes en fraie de cheminer de manière poétique, de devenir poète. N’imaginons pas que nous
ayons parcouru le chemin de la poésie, le chemin du poète.
Car le dire poétique de Stefan George, dans ce poème et ceux qui vont avec lui, est une marche, une allée
qui revient à s’en aller, après que ce poète a parlé d’abord comme un législateur, et comme un prophète.
Ça dit bien, il dit « ainsi appris-je triste, le résignement », c’est quand même des affirmations. Ça peut
prendre cette manière-là, il faut se résigner. Aucune chose ne soit là où la parole faillit. Il a dit qu’il n’y a pas
de mots, il n’y a rien de possible qu’il n’y a pas de mots… Premier niveau… C’est une vérité…. Je suis
d’accord/je suis pas d’accord etc.
Une marche, une allée, qui revient à s’en aller : une allée, à la fois ça ouvre un espace, mais c’est aussi un
aller, une allée au sens d’une rythmique de progression qui revient à s’en aller. C’est à dire encore remettre,
après que ce poète a parlé d’abord comme un législateur, poser des sentences. Ou comme un prophète, ce
qui n’est pas pareil. Le législateur affirme, le prophète fait une prophétie, il esquisse une direction et qui, si
elle est prophétique, va se réaliser : « Il y aura sept années de famines, qui suivront sept années d’abondance
», c’est l’exode. Si elle est prophétie, elle se réalise. Il y a la prophétie et il en fut ainsi. Et ce fut
comme ça… Sinon tu n’es pas un prophète. Le propre d’une prophétie est qu’elle se réalise, sinon c’est
une élucubration.
Quand on va consulter l’oracle, on sait que l’oracle va dire la vérité et que tu ne peux pas t’en sortir.
OEdipe, on sait que l’enfant du roi tuera son père et épousera sa mère. Donc on élimine tous les enfants,
tous les aînés et il y a celui-là qui arrive et le pauvre OEdipe il réalise ce qu’il a réalisé et donc se crève les
yeux et s’en va, mais ça ne résout pas le problème, il l’a fait.
Dans la prophétie, c’est un destin qui se réalise ce n’est pas un se destiner. Donc c’est une vérité absolue,
c’est un dogme aussi.
Peut-être que notre monde, c’est à dire que nous les humains, nous sommes dans cette question de
comment on peut savoir ce qui va nous arriver, savoir d’avance comment on va mourir, et dans combien de
temps ; et en même temps comme ça nous fait peur quand c’est déterminé.
Et on essaie de s’en sortir mais quoi que l’on fasse, de toute façon, tout ce que nous faisons ce sont des
esquisses foireuses. Même si la prophétie se réalise, est-ce que c’est que la prophétie se réalise ou est-ce
que c’est nous qui la mettons dans une position de se réaliser? On ne sait jamais qui fait quoi, enfin qui est
le premier de l’oeuf ou de la poule. Et c’est l’enfer, la question du sens, et celle de la détermination.
Ce qui est intéressant c’est quand il ouvre la question de la chanson qui est chantée, non pas en plus, mais
c’est bien quand on la chante qu’elle devient chanson. Il n’y a pas une chanson qui peut ensuite être chantée.
C’est parce que l’on chante ça que c’est une chanson. Donc il faut bien que ça nous engage, ça dit ça.
C’est que, dans la définition des mots, il y va de nous.
Une nourriture, pour qu’elle soit dans l’assiette, il faut déjà qu’elle soit nourriture. Et en même temps pour
qu’elle soit nourriture, il faut que nous la mangions. C’est comme si à nouveau, ça refraye le chemin de l’inouï,
de quelque chose qu’on a posé et que l’on doit retravailler, et mesurer que l’on s’est fourvoyé dans une
signification.
Rouffach novembre 2024 : Edith Blanquet – Chartier Marie-Christine – Simon Corinne – Remaud Frédérique.
« À présent, ce qui importe, c!est la tentative de préparer une expérience pensante avec la parole. Dans la
mesure toutefois où la pensée est avant tout une écoute, c!est à dire un se-laisser-dire, et non une interrogation,
il est nécessaire, s!il en retourne d!une expérience pensante avec la parole, d!effacer à leur tour les
points d!interrogation — sans pouvoir pour autant revenir à la forme usuelle du titre. Si nous devons pouvoir
penser à la suite du déploiement de la parole, il est nécessaire que la parole d!abord se fie à nous, ou même
qu!elle se soit déjà fiée à nous (uns zugesagt). »
« Qu!elle se soit fiée à nous » on pourrait dire aussi, qu!elle se soit déjà parlée à nous », ou encore que la
parole nous devance?
Toujours les choses nous appellent à prendre place et toujours déjà les choses ouvrent la question du sens.
Quand il dit enlever l!interrogation, c!est peut-être prendre en vue que l!interrogation n!est pas une interrogation
au sens de quelque chose qui serait une question causaliste posée par un sujet préalablement
consisté.?Comme s!il met l!accent sur le fait que l’épreuve de penser appelle à se laisser dire .Peut-être
que l!interrogation, on pourrait encore s!y fourvoyer dans s!ouvrir à une interrogation à propos de quelque
chose et pas devenir soi-même une question ?
Dans se-laisser-dire c!est clair que l’égo, la dimension du volontaire, du je maitrisant, est mise à mal alors
que dans l!interrogation entendue au sens habituel, je peux poser une question, je ne me laisse pas questionner,
c’est-à-dire éprouver. Puisqu’il ne faut pas oublier que la question c!est l’épreuve… où il y va de
notre chair. de plus « se fier » appelle à une dimension pathique, affective…
C’est fort de ce que l!on a déployé auparavant c’est à dire, cette question que la parole nous parle, que l!on
doit se trouver dans cette condition propice pour que ça se laisse dire, et que se disant nous y prenons
place, et nous éclairons une manière d’être mondain. Et pourtant on enlève les questions, l!interrogation. Et
donc d!abord il faut que pour penser à la suite du déploiement de la parole, que la parole nous soit adressée/
parlée/parlante.
L’écoute a augure des conditions de possibilités d!un soi-même, il n!y a pas de structure égoïque avant,
c!est l’écoute et la parole qui ouvrent place et lieu. Cette dimension de déploiement, c!est peut-être prendre
la mesure que nous humains nous sommes parlants parce que, avant tout il nous est parlé, et que parlants,
c!est une manière de prendre place dans le fil d!un parler qui est déjà là, qui nous appelle à choisir des
mots./tisser une manière mondaine d’être-le-là Le monde est un monde langagier, pas un monde matériel
de ce point de vue-là. C’est nous reconduire à voir que, ce que l!on appelle un monde matériel, ce sont des
choses qui font sens à partir de notre usage où de nos manières de nous comporter, et ça on l!a perdu de
vue. On confond chose et objet: la chose, ce dont il est question/qu’ily a/que cela donne…
(Quand une personne arrive en thérapie et dit « de toute façon, je suis… » la personne est dans un monde
matériel, quotidien « c’est comme ça je ne peux pas »).
Je ne peux pas : c!est une manière de la parole, c!est une usure, c!est une façon d!habiter la parole qui la
prend d!un équivoque et de bavardage. C!est à moi de déceler ça, c!est-à-dire de dévoiler ça, de l!amener à
son ouverture, toujours… toute fermeture est une guise de l!ouverture.
Retrouver la dimension de l!inouï, c!est une manière de parler de cet inouï, de se laisser dire qui ne serait
pas déjà signifié, mais qui va appeler à une autre signification, puisqu!aussitôt ça va être déjà signifié, et
sans cesse, c!est-à-dire que parler c!est mesurer que la parole nous a déjà parlé à chaque fois et reconduire
cette ouverture, ce ou bien…richesse et générosité du sens …
Marc-Alain Ouaknim parle d!une manière très intéressante dans ses conférences sur le manger (« Grand
est le manger » youtube) et également quand il évoque l!herméneutique hébraïque, le propre de ce qu!il y a
de fabuleux dans la langue. Dans l!hébreu, cette langue avec des lettres qui sont imprononçables puisque
les lettres de l!alphabet ne sont pas prononçables sans les vocaliser, ce sont des consommes où il faut
mettre des voyelles pour dire par exemple « alef », cette espèce de signe que l!on ne dit jamais explicitement.
C!est étrange, c!est une lettre très importante, une graphie, mais ce n!est pas une lettre au sens de
quelque chose qui a un son, elle n!a pas de son seule – du coup c!est la manière de vocaliser qui le dit.
En hébreu, ce que l!on appelle l’étude est un travail de méditation, un travail d!incantation, un travail de vocalisation
qui éprouvent le lien indéfectible des lettres et du corps, le souffle et les formes du respir . Ce
sont tous ces mouvements, tendre vers. Avant tout un tracé ouvrant l!espace.
Donc c!est tout ce travail pour désobstruer, peut-être, cette dimension qui est que nous ne sommes que
parlés. Pour être parlants, c!est que nous sommes déjà parlé. Ou « parlure » ; il faudrait presque créer un
mot. Est-ce que Lacan n!a pas joué avec ça sur la parlure ? Il parle du parlêtre.
Si la parole nous traverse, si on est traversée langagière, ex-il, cette traversée nous donne quand même
une tonalité, dans laquelle nous nous disposons. Donc toujours déjà, pour que je puisse parler il faut que la
parole m!ait déjà parlé, dans le sens que j!en entende quelque chose et d!où j!en entend quelque chose.
Comme si on posait la question – comment ça se fait que l!on comprend les mots ? Qu!on y entend
quelque chose ? Que ça nous dit quelque chose et que cela nous dit de nous, bien plus que nous le disons…
On retrouve toujours ces mouvements.
Ce n!est pas un mouvement que l!on peut arrêter, il n!y a pas en premier ça, et en deuxième ça, on ne peut
pas en faire une chronologie, c!est toujours un mouvement critique – de l!ordre du kairos, d!où cet état – où
chaque fois… l!angoisse est-elle thérapeutique ? Je ne me pose pas la question, j!y vais… et si ce n!est
pas juste, je refais une esquisse.
En même temps c!est particulier puisque je ne me pose pas la question, mais il faut quand même toute une
manière de s’être laissé questionné pour qu!un moment cette manière d!intervenir prenne sa pertinence sinon
je fais n!importe quoi, sinon je peux dire tout et n!importe quoi. Et en fait je ne dis pas tout et n!importe
quoi, c!est ça qui est compliqué. Et pourtant je n!ai pas de principes carrés, clairs et énoncés.
C!est ça qui fait dire, « si nous devons pouvoir penser à la suite du déploiement de la parole il est nécessaire
que la parole d!abord se fie à nous – ou même qu!elle se soit déjà fiée à nous », qu!elle nous ait déjà parlé.
« La parole doit nécessairement, à sa façon, nous adresser elle-même La parole — c!est à dire son déploiement.
La parole se déploie en tant que cette parole adressée (Zuspruch). »
Celle qui nous appelle nous oblige, d!où le « ex » d!exister, dans lequel nous prenons toujours place puisque
nous ne sommes pas que des vivants.
« Nous l!entendons toujours déjà, mais nous ne pensons pas à cela. »
Nous n’en prenons pas soin/garde.
« Si nous n!entendions pas partout l!adresse de la parole (der Zuspruch der Sprache), nous ne serions pas
en état d!employer un seul mot de la parole. »
Si je dis « jaune » c!est déjà toute une dimension du sens qui se déploie et que j!ai déjà entendue et qui
vous parle d!avance. D!avance ça vous parle d!une couleur et pas d’un outil. Ça amène à voir que le comprendre
c!est prendre place bien plus que savoir au sens d!avoir appris par coeur des concepts et raisonné.
Et qu!on retourne dans l!apprentissage, « apprendre » à s!y entendre avec… au sens artisanal./ une geste
« Nous l!entendons toujours déjà mais nous ne pensons pas à cela, et on ne peut pas l!attraper, c!est tellement
simple que c!est impossible. Et la parole c!est justement cette adresse, elle ne dit pas quelque
chose, ça nous dispose d!une certaine manière ou ça nous fait toucher notre manière d’être, toujours déjà
disposés, tendu vers…
« La parole se déploie en tant que cette parole adressée » – autrement dit c’est adresse, appel à, vocation,
vocare, il faut entendre le mot vocation comme être appelé à prendre place. Quelque chose qui m!appelle,
un quelque chose que je ne peux pas cerner… on pourrait l!appeler le divin mais qui n!est pas un dieu. Le
mystère, l!exil, notre état d’être-jeté-au-monde, d’être toujours pro-jet.
« Le déploiement de la parole se déclare comme parlée » (et il dit Spruch: jaillir, un jet) comme parole de son
déploiement » On ne peut pas faire autrement! dès qu’on dit la parole, on déploie la parole, mais on la déploie
toujours sous une certaine manière où elle a déjà parlé et on essaie de donner à entendre quelque
chose qui nous parle mais que l!on n!arrive pas à attraper/concevoir en tous cas que l!on ne peut pas arraisonner.
« Mais nous ne sommes en état ni de correctement entendre, encore moins de « lire » cette déclaration originale.
La voici : Le déploiement de la parole : La parole du déploiement.
Ce qui vient d’être dit est une mise au défi ( eine Zumutung ): c!est le cas de le dire et c!est l!enfer de
prendre la mesure de ça, c!est insaisissable.
Il dit bien cela « Si nous faisons là que soutenir une affirmation, il nous serait licite de nous mettre en peine
de prouver sa justesse ou sa fausseté. Ce serait, de beaucoup, plus facile que soutenir la mise au défi et
nous y trouver. » on ne peut pas l!expliquer, le justifier, on ne peut que le sentir, ça fait toucher ça… cette
intensité qui monte/une charge
Ce passage on peut que le redire …
« La parole doit nécessairement, à sa façon, nous adresser elle-même La parole — c!est à dire son déploiement.
La parole se déploie en tant que cette parole adressée (Zuspruch). Nous l!entendons toujours déjà,
mais nous ne pensons pas à cela. Si nous n!entendions pas partout l!adresse de la parole (der Zuspruch der
Sprache), nous ne serions pas en état d!employer un seul mot de la parole. »
Comment on apprend à parler ? Alors que pour parler il faut déjà savoir parler. Pour apprendre à parler, il
faut déjà savoir… de quel savoir il est question ?
« La parole se déploie en tant que cette adresse. » Un appel.
« Le déploiement de la parole se déclare comme parlée (note: Il ne s!agit pas ici d!un adjectif, mais d!un
substantif : la parlée, où l!on peut entendre le fait de parler ce que l!on dit en une sentence) (Spruch),
comme parole de son déploiement. Mais nous ne sommes en état ni de correctement entendre, encore
moins de « lire » cette déclaration originale.
La voici : Le déploiement de la parole : La parole du déploiement. »
Ce qui vient d’être dit est une mise au défi (eine Zumutung).
Parce que ça ne tient pas debout sinon cette phrase, si je fais un devoir de logique/logistique et que j’écris
« Le déploiement de la parole : La parole du déploiement » on me dit à quoi tu joues, c!est une tautologie. Il
s’agit d’entendre la logique autrement que comme la science des manière de construire des jugements…
« Si nous ne faisions là que soutenir une affirmation, il nous serait licite de nous mettre en peine de prouver
sa justesse ou sa fausseté ». Genre l!arbre est jaune, ça ce n!est pas un problème.
« Ce serait, de beaucoup, plus facile que soutenir la mise au défi et de nous y trouver. »
La mise au défi c!est déjà l!arbre si je prends l!exemple. Si on dit l!arbre est jaune on peut argumenter, il est
jaune, il est vert bref ! on argumente sur la base de, non pas du parlé de la parole mais d!une signification
qu!on a arrêtée dans un mot qui est juste un jugement.mais « jaune » et « arbre »…mystère de la donation…
( Avec l!hébreu les lettres en elles-mêmes ne sont jamais reliées donc elles ne forment pas des mots, si tu
les accroches c!est illisible et se perd l’ouvert, la générosité du sens toujours reconduit vers son excédence
Elles n!ont jamais de voyelles donc tu es obligée de trouver des façons de les vocaliser et en elles-mêmes
quand tu es devant ce sont juste des traits, puisqu!elles ne peuvent rien dire. C!est très bizarre, du coup
c!est un rythme ou c!est un dessin. )
Si je dis l!arbre est jaune – tu peux discuter avec moi – quand je dis l!arbre est jaune, regarde, sous l!effet de
la lumière, il y a des endroits qui prennent cette dimension du jaune, c!est la décomposition du spectre, des
filtrages des rayons du soleil qui font que je vois du jaune et du vert dans cet arbre, et tu pourrais en
convenir. Si je te dis l!arbre est rouge, tu peux me dire non c!est faux et tu peux argumenter.
Donc on ne raisonne pas sur le parlé de la parole mais ce sur quoi la parole a déjà parlé. Jaune c!est une
couleur qui est autre que rouge etc. Et c!est autre que si je dis l!arbre est cardamone, on va me dire de quoi
tu causes, ou l!arbre est parapluie, on n!est pas dans les mêmes registres – donc la parole nous a déjà parlé
– elle nous met déjà dans des registres catégoriques, catégoriels, parce qu!on est dans des classifications
du monde (et car la logique se tient selon des règles établies pour dire le « vrai »). On a parlé de la couleur
et si, du coup, je dis l!arbre est clé à molette…
On peut prouver la justesse et la fausseté de ça (selon une vision évidente de ce qui est vrai; de la justesse
d’une propositions )et du coup on utilise le parlé de la parole mais on ne prend pas la mesure qu!elle nous
parle déjà dans un certain registre, alors que dans la thérapie on peut prendre la mesure de ça – de l!inouï
de la parole et de l!adresse.
C!est pour ça qu!il dit que c!est une mise au défi. Le défi c!est déjà dire arbre plutôt que clé à molette. C!est
difficile de dire n!importe quoi – en fait c!est même très difficile. Quand on est enfant on imagine des mots
mais, quand on devient adulte, on est vraiment bouffé par la façon dont le monde est catégorisé.
Le devenir monde, le monder du monde… quand on était mômes et que l!on jouait avec des feuilles de
tilleul, on ne jouait pas avec des feuilles de tilleul ! C!est maintenant que je dis : on prenait des feuilles de
tilleul pour en faire des assiettes, de la farine ; mais en fait ce n’étaient pas des feuilles de tilleul, c’étaient
des assiettes, de la farine et autre chose. Et on n!avait pas besoin de se l!expliquer.
Les bouts de cailloux, selon le contexte, devenaient des vaches ou des voitures ou un fruit. On avait une
souplesse et une capacité de prendre cette mesure-là du monder du monde qu!on perd en devenant
adulte, et où la mise au défi, on ne la laisse pas venir, donc on est noué.
Et en hébreu le mal c!est les noeuds, c’est le fait de lier les choses, de nouer, c!est-à-dire d!arraisonner la
signification dans un mot ou dans un regroupement de lettres, c!est d!arraisonner le sens qui est le mal
(établir des dogmes).
Donc on est noué dans les catégorisations, dans dire jaune, bleu, pull. Et dans quelque chose du coup qui
subjective, quelque chose qui ne laisse pas libre le mouvement, le surgissement. Quelque chose qui fige,
qui chronicise la venue du temps, de la présence, qui fait de la présence une chronique et donc une maladie.
Concernant la note (« note : Il ne s!agit pas ici d!un adjectif, mais d!un substantif : la parlée, ou l!on peut entendre
le fait de parler ce que l!on dit en une sentence ») – le fait de parler c’est un faire qui a déjà eu lieu …
le fait, participe passé mais c!est aussi un substantif. Le fait, le parlé est toujours déjà fait. On peut entendre
l!acte de parler, l!acte d’être parlé ou d’être parlant.
« La parlée, où » il faut lire comme : la parlée virgule là où on peut… il y a un où qui est locatif, c!est dans la
parlée, c’est au sein de la parlée, on entend le fait, l!acte de parler bien plus que le quoi de l’énoncé, l!arbre
jaune par exemple. Quand je dis l!arbre jaune, soit on va regarder l!arbre : le quoi, soit on s’étonne de la
manière dont je peux proférer l!arbre jaune.
Quand tu me parles, soit je vais m!intéresser au contenu, soit je vais m!intéresser par exemple au ton de ta
voix, à la façon dont je respire, peu importe, à quelque chose qui nous amène à une venue en présence…
et là je vais chercher l!acte de la parole, le fait de parler, bien plus que le quoi. Le qui plutôt que le quoi.
La parlée, là où quelqu!un peut entendre l’acte de parler, le parlé en train de se faire, qui est là dans ce que
l!on dit en une sentence. Dans la vie quotidienne on ne s!intéresse pas au parlé en train de se faire, ni à la
saveur, à comment tu dis ça etc. on s!intéresse au quoi : l!arbre est jaune.
Et la sentence serait le quoi, le contenu. Par exemple si tu me dis : l!arbre est jaune, je vais taquiner sur la
couleur de l!arbre mais je pourrais très bien taquiner sur « tiens, je suis attentive à la façon dont quand tu
me dis ça, ça a bien respiré entre nous », tu vas me dire tu débloques, « je te parle de l!arbre », tellement on
est dans une parole substantivée où l!on s!intéresse du contenu, très peu de la musique de la parole, très
peu du rythme.
« Mais nous ne sommes en état ni de correctement entendre, encore moins de « lire » cette déclaration originale.
»
Il propose de changer le titre, la parole doit changer de titre, la conférence du déploiement de la parole deviendrait
le déploiement de la parole : la parole du déploiement, on n’est pas en mesure d’en entendre et
encore moins d’en lire, ça vise à nous sortir de la quotidienneté, ça nous met au défi de prendre la mesure
de ce qui va de soi, de commencer à s’étonner.
« Nous ne sommes en état ni de correctement entendre, encore moins de lire cette déclaration originale, qui
est celle-ci, le déploiement de la parole : la parole du déploiement. » C’est à dire : est-ce qu’on est disposé
d’une telle manière que l’on pourrait se laisser augurer ça, se laisser surprendre ? Je crois que ça joue dans
cette articulation sans cesse de nous décaler de la quotidienneté, de l’équivoque, du bavardage.
« nous ne sommes pas en état », c’est à dire ce qui vient d’être dit est une mise au défi, la poésie c’est pas
juste des jeux avec des sons et des lettres tout comme la musique. L’esthétique n’est pas juste quelque
chose qui est devant nous, c’est quelque chose qui nous concerne… ça pourrait venir dire ça
« Ce qui vient d’être dit est une mise au défi. Si nous ne faisions là que soutenir une affirmation, il nous serait
licite de nous mettre en peine de prouver sa justesse ou sa fausseté ».
La question n’est pas d’être d’accord avec cette opinion, ni de recueillir le plus d’opinions favorables.
« Ce serait, de beaucoup, plus facile que soutenir la mise au défi et de nous y trouver. »
En gros il nous dit : je ne vous demande pas d’être d’accord ou pas, que ce serait la bonne formule ou pas.
La question n’est pas de savoir si ça va être thérapeutique ou pas, puisque tu ne peux pas le savoir tant
que tu ne t’y risques pas. Tu ne peux pas avoir un critère du thérapeutique, tu ne peux que risquer la singularité.
« Le déploiement de la parole : La parole du déploiement. La mise au défi d!expérimenter cela en une pensée
vient à ce qu!il paraît de la conférence : elle nous adresse ce défi. »
Celui de faire une expérience avec la pensée et avec la parole.
« Mais en fait la mise au défi vient d!ailleurs. La métamorphose du titre est de telle nature qu!elle le laisse
d’évanouir. Ce qui fait suite à cet évanouissement n!est pas une dissertation sur la parole sous un titre modifié.
C’est la tentative d!avancer un premier pas dans la contrée qui nous réserve des possibilités pour une
expérience pensante avec la parole. Dans cette contrée, la pensée tombe sur le voisinage de la poésie.
Nous avons entendu parler d’une expérience poétique avec le mot. Recueillie, elle parle dans la dernière
strophe du poème. »
Donc on n’est pas en train d’envisager de faire une dissertation sur pourquoi l’arbre est bleu ou établir les
preuve de l’existence de Dieu et les preuves de sa non-existence, ce n’est pas une dissertation au sens
métaphysique. C’est une dissertation au sens d’une disputation on pourrait dire, dans quelque chose où il
va y avoir quelque chose qui nous convoque et où il y est question de nous.
C’est la question de la parole. Ouaknim dit ça et il cite à propos de cela Bachelard. Il dit que la parole est
un oiseau… « Dans chaque mot se tient un oiseau, aux ailes repliées qui attend le souffle du lecteur pour
prendre son envol » et il ajoute que « dans chaque mot se tient un oiseau, aux ailes repliées, qui attend le
souffle du lecteur pour déployer ses ailes et que le lecteur monte sur ses ailes pour se laisser emporter dans
son envol ». C’est à dire que tout ce qui est un descellement est aussi un scellement, le « laisser-être », le
mystère de la forme, ce qui s’éclaire, s’obscurci, en fait ce rapport sans cesse de clarté et obscurcissement
que l’on ne peut pas choper. Qui fait que ça nous parle mais que l’on ne peut jamais trouver le mot exact
pour le dire. Ça nous oblige à parler encore finalement, à nous laisser emporter, ou nous laisser déployer le
flot de la parole. Accepter de ne pas conclure, de ne pas tomber d’accord, c’est à dire de ne pas aller dans
un dogme.
Notre boulot, en tant que thérapeute, n’est pas de trouver la vérité pour le patient, mais d’augurer un mouvement
de telle sorte qu’à un moment il puisse dise ok, je vais là. Insight on pourrait le dire comme ça.
La vérité elle est dans la manière de s’engager, de prendre parole et d’engager parole finalement (il n’y a
pas une vérité à trouver) …
Ce qui aujourd’hui est complètement perdu, c’est la parole qui nous oblige et nous engage. Avant il n’y
avait pas de contrat écrit, et si je dis « je viens à telle heure », ça m’engage de venir à telle heure, ce n’est
pas une parole légère, je ne peux pas changer en disant je viens à telle autre heure. Du coup, on ne parlait
pas à la légère t, il y allait à chaque fois d’une façon de prendre soin, respect…
Presque, la thérapie devient le lieu de retrouver ce qu’est la parole, et du coup de retrouver comment, parlant,
et la parole il y va d’y être, nous, de qui nous sommes, de qu’est-ce que ça veut dire d’être les parlants
? Qu’est-ce que ça veut dire avoir sens ? ou être sens ? qu’est-ce que c’est une vie qui a un sens? Toutes
ces histoires où si l’on relâche la question de : qu’est-ce qui a un sens, est-ce que ça plus de sens d’aller
voir un coucher de soleil à pétaouchnok avant que je sois morte ou d’aller encore voir le caillou que je
connais par coeur et que je sache le redécouvrir dans toute sa fraicheur ? ça demande tout un boulot ça.
Ça fait penser à l’éclésiaste : « vanité tout est vanité et poussière de vent », et la dimension qui peut en être
exaltante ou désespérante… C’est toujours une saveur.
Donc finalement, un humain n’a pas un destin à réaliser autre que celui d’arriver à être là où il est. Sauf
qu’on a appris tout un tas de trucs : est-ce que ça a plus de mérite de laver une cuillère, de manger de la
soupe ou de manger des ortolans et de faire un exercice d’alpinisme ou autre chose ? La valeur des choses
n’est pas la matérialité d’un quoi, elle est la manière d’y être engagé, de s’émerveiller, de dire un oui à ça…
Sauf que là c’est du bavardage quand on le dit comme ça, facile à dire… et ça en dit néanmoins le défi.
« Ainsi appris-je, triste, le résignement :
Aucune chose ne soit, là où le mot faillit. »
Aucune chose ne soit, ce n’est pas forcément un rien, un néant. Jamais une chose ne soit, elle peut être,
mais elle n’est jamais.
En hébreu il n’y a pas de conjugaison pour le verbe être. Le temps du présent de l’indicatif n’existe pas en
hébreu. Donc rien ne peut jamais dire « il est ». Tu ne peux pas être dans le temps de la substance, donc
rien ne soit, rien ne peut être défini. Ce n’est qu’à sans cesse venir, ça dit ça, ça ne dit pas qu’il n’y a rien.
Ça dit : aucune chose ne soit, là où le mot faillit, c’est à dire que la présence d’être est liée avec l’affaire du
mot, ça ne dit pas qu’il n’y a pas de mot, qu’il n’y a rien. C’est toujours à venir, c’est toujours à recommencer.
La présence d’être a à voir avec la parole, pas une signification arrêtée, où le sens comme direction,
dimension. Ça entend la dimension, le sens, dans toute son épaisseur charnelle.
Et du coup, « ainsi appris-je, triste, le résignement », il s’agit de s’incliner devant ça, ça ne dit pas « il n’y a
rien à manger, tu ne manges pas » ça dit « aucune chose ne soit, là où le mot faillit », du coup ça lui donne
d’autres épaisseurs signifiantes.
On pourrait entendre, il n’y a pas de chose quand il n’y a pas de mot – mais est-ce que la chose est de
l’ordre du mot ? Et qu’est-ce que le mot ? Ça oblige à questionner toutes ces dimensions-là, et à les revoir
dans leurs dimensions mystérieuses, dans ce que ça descelle et scelle ou re-scelle… se laisser ouvrir des
esquisses… ne pas chercher pas à trouver la définition exacte…
Aucune chose ne soit, pourquoi cette tournure, qu’est-ce qu’elle donne à entendre ? J’entends aussi aucune
– c’est à dire rien d’une… d’une unité, une chose ne peut jamais être un objet, c’est à dire quelque
chose de circonscrit et d’isolé, de structuré. Rien ne peut se structurer là où le mot faillit. Et le mot, à la fois
permet de structurer mais il ouvre toujours une faille, une béance. C’est la question du venir à soi. En gros,
c’est aussi la question de, pour nous les humains d’être temporains et d’essayer de stopper cette course
de ce que l’on appelle le temps.
Dans la quête mystique, il y a quelque chose de ça. Est-ce que la méditation n’est pas quelque chose qui
essaie de composer avec cela ? De ramener à se reprendre à cet oubli. Pas avec l’idée que l’on s’y retrouverait
mais d’assumer ce glissement, cet oubliement qui est sans cesse à l’oeuvre. C’est de pas vouloir faire
autrement, c’est compliqué ni de vouloir être quelqu’un, ni de vouloir être un je durable, mais que l’on saisisse
quelque chose de ça, enfin que l’on se laisse goûter.
La méditation, c’est une certaine disposition de soi.
Quand on s’arrête sur une phrase et que j’ouvre des choses qui me viennent « aucune chose ne soit », je
m’aperçois, petit à petit, plus je relis cette phrase, tout d’un coup ça se met à fourmiller, il y a des sens, le
« aucune »/pas une, je peux pas dire que j’y avais déjà pensé à ça, je ne peux pas dire que je l’avais à
l’idée, mais c’est comme si soudain quelque chose survient d’autre, qui donne une autre facette. Et peutêtre
j’ai l’impression que dans la médiation, il y a l’essai de laisser se déployer un éclat qui vient te surprendre,
mais que tu ne peux pas programmer. Tu ne sais pas si ça va chanter l’oiseau, ça me vient là
quant à la thérapie.
Éclat/mouvement, c’est à dire que quelque chose qui pourrait vouloir être fixé ou avoir un sens, et d’un
coup c’est laisser venir d’autres manières, tout en sachant qu’il n’y en a jamais une qui sera juste, mais que
ça va donner à éprouver quelque chose, et à respecter la profondeur, l’inouï de toute parole.
« Faillir » c’est quoi ? si je joue avec ça. Dans le dictionnaire, il y a plusieurs définitions, et dans ce que l’on
appelle la polysémie d’un mot. C’est qu’un mot, par exemple la fête, je vais dire « c’est la fête de noël »
mais c’est aussi le faîte de l’arbre, le fait. C’est aussi le contexte qui te permet d’assigner ce son à une signification.
Et donc il y a l’idée d’une vérité qui est contextuelle.
Après il y a d’autres manières de voir, qui n’est pas polysémique, OUaknim appelle ça l’amphibologie du
sens, dans le travail de l’herméneutique. Qui est que le sens/les significations possibles, on n’est pas là
pour en exclure l’une ou l’autre dans le contexte mais pour s’étonner de la profusion des significations et en
laisser venir d’autres. Du coup, faillite j’entends tomber/faillir mais c’est aussi ouvrir une faille, ouvrir un
chemin. Déjà il y a ça qui me vient que je n’aurais pas imaginé dans un autre contexte. C’est aussi, être en
faute/fauter. Mais qu’est-ce que c’est fauter ? C’est tomber dans une ornière etc. Et je pourrais sans cesse
associer, c’est comme s’il y a pleins de « ou bien » qui viennent comme une chaîne, qui a chacune sa voix
de pertinence. Mais je n’essaie pas d’en arrêter une.
Dans le propre de cette phrase « aucune chose ne soit, là où le mot faillit », la signification elle s’ouvre de
tous ces petits éclats. Ce n’est pas la même chose que si on est dans la cuisine et que je dis passe-moi le
sel – il vaut mieux que l’on trouve le sel, le bon, celui de la cuisine, pas le sel de la vie, le sel de bain…
Ça fait le lien avec le fait que la médiation n’est pas en soi un truc que l’on peut trouver comme ça, comme
si c’était un quoi, une position. Du coup, c’est une posture d’ouverture que l’on peut prendre. Quelque
chose qui nous apprendrait à se laisser surprendre, un peu plus.
Moment/occasion, parce que justement, toute occasion est bonne pour prendre la mesure du moment mais
c’est une manière de se disposer où Il y va de nous-avec-autrui. C’est une tournure que l’on pourrait relier
au parti pris d’y voir clair en conscience.
Un appel au silence comme manière de sortir du bavardage. Dans le quotidien, le bavardage prend beaucoup
de place – et même dans la posture thérapeutique, dans la posture de discours des psy, ça jacasse,
ils sont pleins de savoirs et d’évidence et de dogmes.
Et peut-être ça appelle à cette manière un peu plus frugale de prendre la mesure tout d’un coup, de à quoi
les paroles nous obligent. Où quand je dis faillir, qu’est-ce que je dis, qu’est-ce que ça donne à entendre,
qu’est-ce que ça ouvre comme manières ?
Et surtout, qu’est-ce que ça m’ouvre que je n’ai pas mesuré ? Et quand on dit « je n’ai pas mesuré », ça ne
veut pas dire qu’il y a une mesure, et qu’on en aurait fini avec cette question. C’est toujours trop bavard, vu
que ça vient toujours dire, donc figer un moment de l’ouverture. En même temps, il y a bien des moments
où il y a quelques paroles utiles et des paroles qui scandent, et c’est précieux aussi le moment où ça advient.
Mais dans le quotidien c’est évident que l’on va trop vite conclure.
« À travers une maigre explication des strophes précédentes, nous avons tenté de jeter le regard sur le
chemin poétique de cette expérience. De loin ; et seulement un regard sur le chemin du poète – n’allons pas
nous imaginer que nous ayons parcouru nous-mêmes ce chemin. Car le dire poétique de Stefan George,
dans ce poème et ceux qui vont avec lui, est une marche, une allée qui revient à s’en aller, après que ce
poète a parlé d’abord comme un législateur, et comme un prophète. Aussi ce poème, Le Mot, se trouve-t-il
dans la dernière partie du dernier livre de poèmes que George ait publié, Das Neue Reich (Le Nouveau
Règne), paru en 1928. La dernière partie porte le titre : Das Lied (La chanson). La chanson est chantée – non
pas « en plus », mais c’est bien quand on la chante que la chanson commence à être chanson. Le poète de
la chanson est le Chanteur – der Sänger. La poésie est Plain-Chant (Gesang). Hölderlin aime, à l’exemple
des Anciens, le nom de Gesang pour la poésie. »
L’autre mot pour dire La poésie c’est Dichtung et donc dans Gesang il y avait la dimension du chant, le
chanté.
C’est à nouveau un trait ouvrant, c’est à dire une façon de reprendre un fil tout en le montrant dans son
étrangeté. Le fil de ce que l’on à ouvert à travers une maigre explication des strophes précédentes. Déjà on
entend que c’est une maigre explication, ce qui peut sembler beaucoup pour beaucoup de gens – presque
on aurait coupé les cheveux en quatre, on y a passé des heures. On a essayé de jeter un regard sur le
chemin poétique de l’expérience. On est quand même resté à jeter un regard sur un chemin, on ne s’est
pas nous mêmes en fraie de cheminer de manière poétique, de devenir poète. N’imaginons pas que nous
ayons parcouru le chemin de la poésie, le chemin du poète.
Car le dire poétique de Stefan George, dans ce poème et ceux qui vont avec lui, est une marche, une allée
qui revient à s’en aller, après que ce poète a parlé d’abord comme un législateur, et comme un prophète.
Ça dit bien, il dit « ainsi appris-je triste, le résignement », c’est quand même des affirmations. Ça peut
prendre cette manière-là, il faut se résigner. Aucune chose ne soit là où la parole faillit. Il a dit qu’il n’y a pas
de mots, il n’y a rien de possible qu’il n’y a pas de mots… Premier niveau… C’est une vérité…. Je suis
d’accord/je suis pas d’accord etc.
Une marche, une allée, qui revient à s’en aller : une allée, à la fois ça ouvre un espace, mais c’est aussi un
aller, une allée au sens d’une rythmique de progression qui revient à s’en aller. C’est à dire encore remettre,
après que ce poète a parlé d’abord comme un législateur, poser des sentences. Ou comme un prophète, ce
qui n’est pas pareil. Le législateur affirme, le prophète fait une prophétie, il esquisse une direction et qui, si
elle est prophétique, va se réaliser : « Il y aura sept années de famines, qui suivront sept années d’abondance
», c’est l’exode. Si elle est prophétie, elle se réalise. Il y a la prophétie et il en fut ainsi. Et ce fut
comme ça… Sinon tu n’es pas un prophète. Le propre d’une prophétie est qu’elle se réalise, sinon c’est
une élucubration.
Quand on va consulter l’oracle, on sait que l’oracle va dire la vérité et que tu ne peux pas t’en sortir.
OEdipe, on sait que l’enfant du roi tuera son père et épousera sa mère. Donc on élimine tous les enfants,
tous les aînés et il y a celui-là qui arrive et le pauvre OEdipe il réalise ce qu’il a réalisé et donc se crève les
yeux et s’en va, mais ça ne résout pas le problème, il l’a fait.
Dans la prophétie, c’est un destin qui se réalise ce n’est pas un se destiner. Donc c’est une vérité absolue,
c’est un dogme aussi.
Peut-être que notre monde, c’est à dire que nous les humains, nous sommes dans cette question de
comment on peut savoir ce qui va nous arriver, savoir d’avance comment on va mourir, et dans combien de
temps ; et en même temps comme ça nous fait peur quand c’est déterminé.
Et on essaie de s’en sortir mais quoi que l’on fasse, de toute façon, tout ce que nous faisons ce sont des
esquisses foireuses. Même si la prophétie se réalise, est-ce que c’est que la prophétie se réalise ou est-ce
que c’est nous qui la mettons dans une position de se réaliser? On ne sait jamais qui fait quoi, enfin qui est
le premier de l’oeuf ou de la poule. Et c’est l’enfer, la question du sens, et celle de la détermination.
Ce qui est intéressant c’est quand il ouvre la question de la chanson qui est chantée, non pas en plus, mais
c’est bien quand on la chante qu’elle devient chanson. Il n’y a pas une chanson qui peut ensuite être chantée.
C’est parce que l’on chante ça que c’est une chanson. Donc il faut bien que ça nous engage, ça dit ça.
C’est que, dans la définition des mots, il y va de nous.
Une nourriture, pour qu’elle soit dans l’assiette, il faut déjà qu’elle soit nourriture. Et en même temps pour
qu’elle soit nourriture, il faut que nous la mangions. C’est comme si à nouveau, ça refraye le chemin de l’inouï,
de quelque chose qu’on a posé et que l’on doit retravailler, et mesurer que l’on s’est fourvoyé dans une
signification.