Compte rendu de lecture n°16 – Le déploiement de la parole – p173-175
Compte rendu de lecture n°16 – Acheminement vers la parole -; le déploiement
de la parole p173-175
Pierreroutine Sept 2025
Blanquet Edith – Chartier Marie-Christine – Simon Corinne – Remaud Frédérique.
Ce qui est important est cette phrase : le mot en tant qu’il est entre-tien… das
Verhältnis selber : se tenir ou tenir l’ouvert comme un entre autre que de l’ordre
d’un espace entre deux. Cela peut évoquer le slash de la figure/fond. Verhältnis,
la capacité de se tenir, la possibilité de se tenir elle-même.
Verhältnis : Nis, c’est ce qui fait, par exemple, la liberté, la possibilité d’être libre.
Verhält, faire se tenir, au sens de prendre place/part. Et Verhältnis selber, qu’ils
traduisent par entre-tien. (p172, la fin du 1er paragraphe)selber pourrait donner à
entendre de soi-même.
« Comme la poésie se meut en l’élément du dire, de même la pensée. » C’est
important d’entendre l’habitation comme possibilité langagière qui caractérise
l’existant humain, c’est le fait qu’il se tient en dehors de tout objet ou de toute
stence. Il est toujours dans un rapport symbolique, signifiant, qui donne à entendre,
qui donne, toujours plus. La donation, elle ne s’arrête jamais: ouverture d’être. Le
monde : dimension langagière, appel à dire. Il convient d’entendre que la pensée
se meut dans l’élément du dire : tout autre que la capacité d’un sujet se référent
à un objet ainsi que le conçoit la métaphysique.
C’est peut-être ce qui fonde la générosité d’être: une donation qui ne s’arrête pas.
Donc elle ne peut pas être un concept, elle est toujours une in-formation. C’est-à-
dire l’entre-tien, le tenir entre, où nous sommes appelés à prendre part/ charge en
répondant par nos actes.Dire est une guise de l’agir humain.
En écho de dire nous vient la question du sens: cette dimension qui, depuis
notamment la lecture de « Du sens des sens » de Erwin Strauss, permet de
comprendre que le sens est à la fois direction, dimension, sensation, mouvement,
saveur et signification, tout ceci étant une guise, et surtout vibration. Vibration,
systole, diastole… éminemment vibration du vivant/existant. C’est cette vibration
qui fait que nous sommes à la fois vivants, existants.
Comment peut-on avoir conscience de cela ? C’est-à-dire avoir la science de :
on en sait quelque chose, et ce n’est pas un savoir rationnel. C’est un savoir
éminemment vibratif, vibratoire; un sentiment qui augure présence d’être.
Egalement cela vient résonner avec le « swing du sens « ainsi que le nomme
Zagdanski :, du côté de l’herméneutique de l’hébreu.
Nous sommes des vibrants, des vibrioles, des ébranlés… le branle de l’être de
Montaigne, je pense à ça…le branle-bas…. dimension tonale et rythmique de la
présence humaine.
Energeia, concept grec de l’energia, de physis. Il n’y a pas un avant, il n’y a pas un
inerte qui est animé, physis c’est le jaillissant. il convient de mettre de côté la
langue telle qu’elle est conçue dans la métaphysique : les tables des catégories
et la grammaire de la raison métaphysique, laquelle a établi les lois du dire: les
tables des catégories, quantité, qualité, nécessité, possibilité…
Il faut sortir de ça pour parler, pour accueillir la poétique, qui n’est pas la rationalité
métaphysique . Du coup ça rend la liberté dans sa dimension du rendre libre, le
libre, l’ouvert, et de, l’aletheia, juste un lever, un voile qui ne peut que se lever et se
mouvoir. Ce qui est autrement plus délicat que l’épinglage du concept. Et qui de
plus nous convie à méditer ce que Dasein augure : sortir de la pensée d’un sujet
posant devant lui un objet qu’il arraisonne, sortir de la fascination de l’étant qui
caractérise le nihilisme contemporain.
On peut vouloir être dans le rendre compte. Ça appelle le système total. Le
totalitarisme. Cela fait écho avec la pensée obsessionnelle. Le propre de la
névrose obsessionnelle est que je veux m’assurer que j’ai vu ça. Donc je cherche
un signe pour m’assurer. Je dois chercher un signe pour m’assurer que j’ai vu le
signe. Oui mais comment je vais m’assurer que j’ai vu le signe qui dit le signe, qui dit
le signe, qui dit la chose… Et c’est exponentiel ! ainsi en ce qui concerna le
déferlement informatique : un code d’accès plus un code autre pour s’assurer du
premier code lequel appelle encore à d’autres codes…
l’époque moderne est celle du vouloir s’assurer de tout, fascination par le faire
efficace (praxis) bien autre que l’agir propre au dire (poïesis)
Donc on lâche le concept pour la pensée à partir du phénomène. Et le
phénomène est une pensée qui sort du rapport sujet-objet.
la pensée métaphysique conduit à concevoir la liberté comme celle d’un sujet
souverain, c’est une manière d’affirmer, c’est à dire ça projette une opinion, pas
quelque chose qui donne à penser, c’est à dire quelque chose qui te mène à
l’entre-deux. Ça projette un affirmé, il y a un péremptoire. C’est cette manière de
dire : « c’est ! ». C’est à dire que ça s’arrête sur l’étant.
Vibrer le rapport, être et temps, la différence ontologique ( cette différence au
sens d’un différer dans lequel être n’est pas un étant plus général défini ) Cela
nous conduit à ce que Heidegger nomme Ereignis, traduit par avenante (Fédier),
par évènement (Guest) : un mouvement d’être vers l’homme et de l’homme vers
l’être …
Dans ce mouvement là tu ne peux pas dire « c’est », puisque tu sais très bien que
quand tu dis « c’est », tu affirmes, tu choisis une manière d’être, pour en faire le
prototype de toutes les possibilités d’être, tu enlèves le possible, tu enlèves la
générosité d’être, l’échappée, physis. Tu fais de physis la nature comme chose
étendue.
Les grecs pensaient physis : jaillissant. Elle est devenue latine : la chose étendue,
qui s’oppose à la chose spirituelle. Dualisme. La chose étendue, c’est à dire ce qui
est inerte dont on dispose, nous les humains qui nous concevons comme sujet de
tout ce qui est. Et ça a ouvert la possibilité d’une pensée technique, jusqu’à la
dérive, de la logistique, de la logique qui ne devient que logistique, gestion de
stock.
Notre époque.
Donc il y a bien quelque chose qui, dans l’évolution, vient de la période romaine,
du passage du grec au romain, en fait qu’on situe là…
Dans d’autres cultures, dans les cultures de l’Orient, ça s’est fait autrement. Parce
qu’ils sont aussi sensibles à la technique et à la dérive, mais est ce de la même
manière?
Dans notre culture européenne, on peut dire qu’on le situe, comme le passage de
l’hébreu à la traduction apollinienne de la Bible, en latin… et au grec. Mais on a
quand même enfermé les possibilités du sens, sa fervescence préservée dans la
langue hébraïque.
Retrouver la dimension poétique du dire comme du penser : déjà relire cette
phrase encore et encore :étonnant que poésie et penser soient là invités: à notre
époque n’associerait-on pas plutôt penser et science?. Qui encore considère la
poésie? ne sommes nous pas davantage friands de formules efficaces que de
littérature? un dire logique et bien même logistique « pratico-pratique »
On ne se laisse pas étonner par ce que poésie et penser peuvent donner à
entendre, on a d’avance défini ce dont il s’agit !
« Plus encore : poésie et pensée ne font pas seulement que se mouvoir dans
l’élément du dire ; en même temps, elles sont redevables de leur dire à de
complexes expériences avec la parole qui, pour nous, sont à peine remarquées et
encore moins recueillies. »
se mouvoir dans l’élément du dire. Le dire est un élément: une atmosphère, et pas
un fait technique? C’est dans « la lettre sur l’humanisme » ( p34 35 édition bilingue
Aubier) que Heidegger évoque das Element : le « milieu » propice , ce qui
convient pour laisser se déployer ce dont il est question , pour permettre que ce
dont il s’agit prenne sa propre dimension, son aître (Wesen ). Le dire est élément
propice à penser et poésie : une manière de prendre soin des paroles afin qu’elles
permettent que ce dont il s’agit soit dans son milieu propre , là où « il » peut
rayonner, séjourner.
Ainsi le dire n’est pas la capacité d’un sujet humain posant devant lui des objets :
le rapport sujet/objet est un rapport de sujétion, de domination par l’homme-sujet
qui est maitre de la parole et qui se conçoit comme sujet du dire. C’est ainsi que
notre époque a toujours déjà défini dire/ parler/penser et rabattu cette question
d’être sur l’étant .
Elles sont redevables de leur dire, de complexes expériences avec la parole.
Poésie et pensée doivent rendre compte du dire ? doivent prendre charge du
dire? Sont concernées intimement par leur dire , une guise du dire/parler ? et
cette redevabilité relève de complexes expériences avec la parole : une ex-
périence, une épreuve? une traversée à l’occasion de la parole laquelle n’est pas
prise en vue habituellement, à notre époque ?
A l’époque du nihilisme, notre époque, la parole est définie comme capacité
d’un sujet d’articuler des significations selon les lois de la logique ; un stock de
significations qui sont à l’intérieur du cerveau (on ne parle même plus d’esprit, de
psychique) et qui garantissent l’adéquation entre le phénomène et le noumène.
Ce qui se montre et l’idée qu’on en a telle que préalablement établie. La prole est
aussi prêt à penser au sens d’un stock d’opinion …un outil que nous utilisons dans
une visée d’efficacité… pas ici d’épreuve ou d’expérience qui nous vienne car
ces mots là sont d’avance assignés à un horizon signifiant de l’ordre de l’usage …
l’humain se sert des mots outils…sans les prendre en vue ni s’y envisager concerné
d’autre manière possible.
là Heidegger nous dit que poésie et penser ont a voir avec de complexes
expériences… une expérience avec la parole : une épreuve qui nous concerne,
appelle « dans » cette dimension d’être-le-là?
Expérience : il est question d’expérience et cela résonne avec tonalité , saveur
qui se distingue de l’expérience conçue en termes scientifiques.
Peut-être des manières de se laisser cueillir et recueillir, car le mot nous donne à
entendre. Ce qui est déjà une attitude qui déroute, plutôt que : le mot veut dire
ça, je le maîtrise d’avance et je ne m’arrête pas.
Quand je dis qu’est-ce que ça nous donne à entendre? ça déroute, c’est une
posture qui dérange, autant celui qui entend que celui qui dit.
l’expérience nous évoque quelque chose qui arrive à l’être humain dans le penser
et la poésie… quand je dis quelque chose, je dois prendre la mesure de l’énormité
de ce que je dis, c’est-à-dire de la façon dont ce que je dis va bien au-delà de ce
que je crois maîtriser d’un dire.
À une époque je disais que la parole est là pour faire du malentendu lequel nous
invite à revenir sur ces paroles dites légèrement. Cela nous amène à voir que quoi
qu’il se passe, je dois toujours chercher ma part d’interprétation et accueillir une
échappée …. Ce qui fait que je ne peux jamais conclure pour une signification
unique.Et de plus chaque manière de dire me concerne en quelque façon.
Soit je m’accroche à ce que je vois, soit j’accepte d’essayer de me laisser
apprendre à regarder tout ce qui m’échappe. Ce qui est le plus passionnant dans
notre métier.
C’est tout notre travail de thérapeute, de faire swinguer le sens, pour hériter à
nouveau frais d’une histoire.
Et parce que dans le quotidien, ce n’est pas tenable, de se poser des questions,
de remettre tout en question. Non pas remettre en question dans le sens de
douter, mais dans le sens d’ouvrir la question tu l’as entendu par-là ? en quelle
façon cela engage ? Et c’est très agaçant apparemment et complètement à
l’envers de la pensée dominante et humaine, c’est-à-dire d’accepter de ne plus
avoir de sol, de composer avec un sol qui n’est pas un sol arrêté, qui est un faire sol
à chaque fois. Donc se risquer à la rencontre? vertigineux.
Et peut-être qu’alors, dans ce moment de vertige, trop vite, vient un premier
mouvement : l’animosité, la colère, enfin toutes les figures de l’animosité, plutôt
que la peur colorant l’éprouve venante
Très peu de gens vont dire, j’ai la trouille… ils vont dire : tu m’emmerdes !
Et plus qu’avant ces 20 dernières années, et puis avant le Covid et l’accélération
sécuritaire que cela à produit… Avant les formules, dans toutes les administrations,
avant les appels où nous devons appuyer sur une touche de notre téléphone
devenu indispensable pour choisir une option…avant que toute question soit
interprétée comme violence faite ! toute suspension de l’opinion devient
aujourd’hui attaque.
Dire « je ne suis pas d’accord avec toi » et de le dire avec un ton vif si le sujet
m’importe. « Mais non, je ne pense pas, regarde par là… et on peut aussi le voir
par là… » Ce n’est pas refuser, ce n’est pas attaquer. Mais il n’y a plus de place
pour ça. Tu es avec moi ou contre moi ! Tu es comme moi ou tu es contre moi !
l’opinion a effacé toute ouverture questionnante, pensante.
« Où cela avait lieu, manquait une suffisante ouverture, précisément sur ce qui,
par la présente méditation, vient à nous et nous concerne de toujours plus près : le
voisinage de la poésie et de la pensée.
Présumons qu’il n’est pas une simple conséquence, provoquée par le fait que
poésie et pensée entrent réciproquement dans un rapport de face à face ; car
toutes deux, d’avance, appartiennent l’une à l’autre, avant même de pouvoir
s’apprêter à parvenir dans le vis-à-vis où les deux se font face. »
Le voisinage : Présumons qu’il n’est pas une simple conséquence. C’est-à-dire la
conséquence accidentelle d’une cause première ? ou bien la mise en proximité
de deux mots par le fait d’un égo selon son point de vue, son opinion?
nous ne prenons pas temps d’écouter ça que nous disons : nous n’avons pas
ouverture pour nous laisser interpeller par cette complexe expérience avec la
parole ….
Cause provoquée par le fait que poésie et pensée entrent réciproquement dans
un rapport de face à face. C’est-à-dire qu’elles sont préalablement constituées à
la manière de deux étants l’un en face de l’autre, chacun individué ainsi que je
pourrai mettre côte à côte deux objets.
Et le face à face n’est-il le rapport de l’animosité et de la domination/soumission?
C’est celui où on se pose dans l’opposition. On dit qu’il y a une chose fermée en
rapport à une autre. Ils se confrontent. Ils sont face à face.
Ce n’est pas un rapport de slash, de mutuelle affection. C’est-à-dire que dans le
slash, la figure d’éclairant d’un fond se retirant…une éclaircie ouvrant possibilité
de s’y approprier. Alors le fond est l’éclaircie du sombre. Et la figure est l’éclaircie
du clair.
C’est-à-dire que nuit et jour ne s’opposent pas. Ils se tiennent l’un de l’autre. Il faut
qu’ils soient ensemble tendus. On ne peut pas les mettre en face à face sans les
avoirs préalablement conçus comme isolés.
C’est le trait qui augure,par-là et par-là. Mais il n’y a pas d’abord deux bords
distincts, découpés. Dans cette phrase, on peut reprendre le paradigme de
champ et le paradigme de l’individu.
Par exemple quand on dit rapport, ce qui vient tout de suite, ce sont deux choses.
Mais pas forcément! Un rapporteur, il fait venir deux espaces.
Comme quand on entend contenu, tenir avec. Ce n’est pas obligatoirement tenir
dedans.
Mais je fais le lien avec ce qu’on a dit la dernière fois, sur un mot qu’on va
chercher et plus on va chercher un mot dans un dictionnaire, plus on se rend
compte qu’il n’y a pas de définition, plus il se nuance, il se colore d’autrui. C’est
comme si ce sont des nuances d’une couleur, et on ne peut pas arrêter la
couleur !
Et plus on a des dictionnaires affinés, plus il y a d’occurrences. C’est un plaisir
jubilatoire : « et si on entend par là. Ou bien… plutôt que… » C’est beau,
vertigineux ce que cela nous donne é éprouver.
Alors juste pour revenir à la phrase: « Appartiennent l’une à l’autre, avant même de
pouvoir s’apprêter à parvenir dans le vis-à-vis où les deux se font face. »
Le vis-à-vis, où les deux se font face. Pour qu’il y ait un face-à-face, il faut qu’il y en
ait deux. Il y en a un en face de l’autre.IL y a donc là toute une affaire qui a eu
lieu et dont nous ne prenons pas acte…des pré supposés que nous ne voyons plus
tellement nous y sommes fascinés.
Donc il faut qu’il soit un, c’est-à-dire unifié. Quand Heidegger dit : Dasein est
toujours plus d’un c’est dire qu’il n’est jamais un mais jamais deux ! on ne peut pas
le compter. à la manière d’un objet/sujet. On ne peut pas en faire le tour. On ne
peut pas l’enfermer. On ne peut pas le découper.
Et le face-à-face suppose le calcul. La pensée comptable.
Dasein ne relève pas de la comptabilité, jamais. Il relève de l’affection.
« plus d’un » exige une autre manière de penser que le calcul arithmétique.
La pensée de l’arithmétique, de l’algèbre, elle est une pensée comptable. Et pour
compter, il faut réduire l’être à des étants figés, à des étants matériels circonscrits
par un sujet présupposé. Il faut les réduire à la sub-stance, pas à l’ex-stance. On
enlève le mouvement de rythmiques, du vivant.
Ça, ça marche pour les casseroles !
C’est ce qui fait que des gens viennent nous voir en thérapie, c’est la question du
symbolique. C’est ce qu’il y a à remettre en entente, à venir toucher pour que la
personne puisse supporter cette ouverture-là et y venir à son propre : une manière
d’être jamais seulement un étant -là-devant. (et pourtant l’humain est a notre
époque conçu comme un outil, une matière que l’on peut mettre dans des
chambre à gaz…l’humanité de l’homme exit!)
« Le dire est le même élément pour la poésie et la pensée ; mais pour les deux il est
encore, ou il est déjà, « élément » d’une autre manière que l’eau pour le poisson et
l’air pour l’oiseau ; d’une telle manière qu’il nous faut laisser de parler d’élément,
pour autant que le dire ne fait pas seulement que « porter » la poésie et la pensée
et qu’offrir le domaine qu’elles mesurent. »
C’est autre chose.
Nous retrouvons là l’élément: le milieu propice ? et Heidegger précise autrement
que l’eau pour le poisson et l’air pour l’oiseau :
Est-ce que déjà, si on prend simplement le début de la phrase « le dire » est le
même élément pour la poésie et la pensée, c’est-à-dire que le dire, il concerne
poésie et pensée, il est leur élément, dans le sens, il est là où se « meut » ou là où se
trouve poésie et pensée. Ainsi que l’eau pour le poisson et l’oiseau dans l’air,
chacun dans le « milieu » qui lui est propice pour déployer son être, dans les
conditions qui lui permettre d’être proprement poisson ou oiseau; si je mets le
poisson dans une poêle à frire il ne se trouve plus dans son milieu, son habitat; il
devient nourriture pour moi… je l’ai forcé à une conduite qui n’est pas son propre,
pas conforme à son pouvoir être poisson, je le force à être aliment pour moi…
mais pour ce qui concerne poésie et pensée il s’agit d’élément d’une autre
manière: peut-être que l’élément ou ils se déploient appelle l’être humain : celui
qui a son habitation dans la question du sens ? Le sens, le dire serait-il l’élément de
l’être humain comme l’eau est l’élément du poisson ? Et quelle serait la poêle à
frire de l’être humain ? Il semble que nous en ayons conçu de nombreuses à
l’époque du nihilisme avec son lot de logistique… « clara et la pénombre » de
Carlos Samoza est un roman terrible sur ce sujet et il est des modes bien plus subtils
à notre époque…
Serait-ce un rapport d’inerrance? on pourrait dire comme ça, mais qui n’est pas
de l’inerrance. L’oiseau est dans son élément quand il est dans l’air. Le poisson est
dans son élément quand il est dans l’eau.
Sauf qu’il dit, il faut le faire autrement parce que justement, le dire ne fait pas que
porter la poésie et la pensée.
Peut-être avons nous à méditer ce u’élément donne à entendre ?
On pourrait dire comme le poisson est dans l’eau et l’oiseau est dans l’air… le dire
est l’élément dans lequel se meut la poésie et la pensée.
Mais il y est d’une autre manière que l’air et l’eau : ce n’est pas un élément au sens
d’un élément comme l’air et l’eau. Parce que l’air et l’eau, on peut quand même
en dire quelque chose, on peut bien savoir où est le bord de l’air, même s’il
bouge… On sait bien quand on a la main dans l’eau et quand on a la main dans
l’air.
Mais le dire, quand est-ce que tu as la main dans le dire et à l’extérieur ?
À un moment, il y a quelque chose qui nous fait éprouver une certaine matérialité
de l’air et de l’eau. Il y a une élasticité de l’air. On le sait bien quand on étouffe ! Et
en même temps, on ne peut pas l’attraper. Mais il y a bien quelque chose qui dit
qu’il n’y a pas d’air.
Mais c’est une manière, comme si l’élément serait une manière symbolique de dire
quelque chose qui nous donnerait à entendre le lieu du dire.
Le lieu, ce qui l’ouvre, le déploiement de son être.
Le chemin pour y arriver comporte des étapes. Il évoque l’élément, et en plus, il
dit, c’est de cet ordre-là. Donc c’est déjà un élément, pas un objet. Parce que
l’eau, ce n’est pas un objet. Tu ne peux pas prendre de l’eau comme ça. Tu ne
peux pas l’attraper. Elle te glisse dessus, l’air aussi. Ce n’est pas comme un bout de
beurre. Ce n’est pas comme la terre.
Donc déjà, c’est un élément particulier. Mais c’est encore plus : c’est de l’ordre de
l’élément plutôt que de l’objet. On fait un petit pas. Et en même temps, on ne peut
pas dire que c’est un élément. Au même titre qu’on le dirait pour l’air et l’eau.
C’est tout le propre de la poésie, de donner à entendre quelque chose que tu ne
peux pas attraper. C’est la question de théoriser ce qui toujours échappera, la
théorie de l’ombilic, la question du reste, du résidu théorique, toutes ces questions-
là, de la saisie qui toujours achoppe.
Alors du coup: ni ça peut être un élément de la poésie ou de la pensée, ni ça
peut être le domaine de la pensée ou de la poésie
Oui, mais alors quand tu dis : ni, tu fais un rapport exclusif. Alors je dirais, ni ça peut
être ça, et aussi ça peut être ça, et aussi ça… Ou ça peut ? Il faut mettre toutes
les dimensions de coordination là. C’est une logique d’intensité… laquelle peut
-être invite à quitter la logique qui asservie la dire ?
Et à la fois, il dit c’est comme un élément, et ça excède cet élément aussi. C’est-à-
dire qu’on sort des principes de contradiction, des principes de nécessité, ça fait
vaciller la table des catégories. C’est-à-dire les manières de cueillir et rassembler,
les manières de logos, qui s’est asservi dans la logique.métaphysique.
Prendre en vue que nous sommes emp^étrés par ces règles de la logique et de la
grammaire…qui là nous laissent bouche bée !
Une chose est comme ça. Elle est et elle n’est pas, ni elle est, ni elle n’est pas… : le
Tétralemme, Pyrrhon d’Élis, qui fait exploser la logique catégorielle, puisque dans le
principe de non contradiction, je ne peux pas dire qu’une chose est bleue et
noire. Ou bien elle est bleue, ou bien elle est noire, mais elle ne peut pas être et
bleue et noire.
L’être est comme ça, mais il n’est pas aussi, ni il est comme ça, ni, double
négation, et il est et il n’est pas…
Voilà, le dire il est, le même élément pour la poésie, la pensée, dire le même. Le
même, mais qu’est-ce que c’est le même ?
« Élément », d’une autre manière que l’eau pour le poisson et que l’air pour
l’oiseau.
D’une telle manière, il est d’une manière telle qu’il nous faut laisser de parler
d’élément, il faut renoncer au moins a ce moment du texte à parler d’élément. À
la fois il est élément, mais on ne peut pas en parler comme un élément au sens
évident de ce mot….
Pour autant que le dire ne fait pas seulement que « porter » entre la poésie et la
pensée. Quand il met entre guillemets, il dit, mais attendez, porter, qu’est-ce que
ça veut dire porter ? Est-ce que je porte la poésie et la pensée ? Est-ce que le dire
porte la poésie et la pensée de la même manière que je porte un kilo de sucre ?
Et est-ce que l’eau porte le poisson de la même manière que je porte un kilo de
poisson ?
Qu’est-ce que veut dire là porter aussi ?
D’une telle manière qu’il nous faut laisser de parler d’élément, laisser de côté ça,
ou prendre la mesure?
Pour autant que le dire ne fait pas seulement que « porter » la poésie et la pensée.
Et pour autant aussi qu’offrir, le dire ne fait pas qu’offrir un domaine qu’elles
mesurent. La poésie et la pensée ne mesurent pas un domaine, donc de quoi ça
nous parle ? C’est-à-dire qu’on est à un endroit où tout va être sans bord arrêté, il
faut sans cesse accepter que ça explose, que ça survienne, logique de la forme
et pas logique du concept.
« Tout cela, sans doute, est-il vite dit, c’est-à-dire énoncé ; »
On l’énonce comme une évidence, on le profère, on le proclame.Prendre le
temps de s’y laisser advenir, méditer… la pensée demande lenteur et celle-ci n’est
pas notre familier à l’époque ou il s’agit de « gagner du temps » !
Tout cela, sans doute, est-il vite dit, à la fois c’est vite dit, pourtant on n’arrête pas
de s’y arrêter, « c’est-à-dire énoncé ; » comme si ça ne nous concerne pas, ou
bien c’est énoncé comme une formule, une opinion objet du vécu d’un sujet..un
quoi que nous ne conduisons pas vers un qui lequel augurerait peut-être d’en
prendre acte ?…
« Mais en même temps c’est difficile, pour nous autres, aujourd’hui, d’en faire
l’expérience. »
On peut le dire, mais de là à en prendre la dimension !
La dimension qui ramène à la question de l’élément, à en accueillir le
concernement, à laisser venir son propre rayonnement.
Déjà quand on lit cela, nous parvenons même difficilement à chercher à suivre ce
dont il est question, dans ce pas à pas du cercle herméneutique, beaucoup
abandonneraient peut être, s’indigneraient: « mais tu coupes les cheveux en
quatre, qu’est-ce que c’est que ce charabia ? C’est quoi ce jargon ? C’est de la
masturbation intellectuelle ! »
Donc faire l’épreuve, endurer, patienter, reprendre encore, laisser mûrir en nous,
arpenter encore. Déjà, amener l’expérience à l’épreuve, c’est-à-dire aussi d’en
faire l’expérience, s’y laisser tracasser. Ex-périence : ex, hors de, péri, quelque
chose qui est autour, et cette dimension-là. Donc se laisser gratter les pieds,
déranger, heurter, flirter, déstabiliser. Tendre vers, attendre.
« Ce que nous tentons de penser et repenser, sous le nom de « voisinage de la
poésie et de la pensée » est bien éloigné d’un simple fond de relations
représentées. »
Qu’est-ce qu’on appelle le voisinage ? Le voisinage n’est pas quelque chose dont
on pourrait penser à en avoir fait le tour et de l’avoir défini une fois pour toutes.
On le sait d’autant plus aujourd’hui. Parce qu’à l’époque, encore de Heidegger,
peut-être le voisinage pouvait donner à entendre encore. Mais aujourd’hui, c’est
un mot usé pour la plupart des gens. C’est quoi, être voisin ? On n’a plus de voisin.
Même dans les villes. Même dans un immeuble, les gens n’ont pas de voisin, ne se
côtoient pas, ne se serrent pas les coudes… « ne pas déranger » « respecter la vie
privée »…
Ça me fait penser à mon enfance, à ma grand-mère, la voisine, le banc public…
on s’asseyait, on se parlait, on se côtoyait. On était voisins. Il y avait une parole
entre voisins, une attention, une bien-veillance. C’est bien pour ça qu’il y a les
repas des voisins.tentative de retrouver ce qui est perdu, prise en conscience de
l’individualisme forcené qui témoigne d’une manière de penser et donc agir qui
pose la question de l’élément propice à l’humanité de l’homme ?
Donc qu’est-ce que c’est, ce voisinage ? Ce rapport entre poésie et pensée… qui
n’est pas un simple fond de relations représentées : opinion d’un sujet souverain ?
représentation mentale idéale …
« Ce voisinage traverse et régit par tout notre séjour sur cette Terre, et dans ce
séjour, notre pérégrination. »
Tous les mouvements : le voisinage qui traverse et régit notre séjour sur cette terre
avec un grand T. Et dans ce séjour, notre pérégrination. Ça renforce cette idée
de… toujours mouvement et invite à méditer séjourner, habiter. De quelque chose
qui n’est jamais arrêté : jamais réductible à un protocole scientifique, jamais de
l’ordre de l’étant, qui appelle à prendre soin/charge de nos manières d’être . Et
que la Terre n’est pas la terre en tant que matériau, que ça nous concerne, dans
notre séjour : entre ciel et terre, divins et mortel… le quadriparti , le jeu des quatre
affleure là ? À la fois, ça traverse. À la fois, ça le régit, ça le gouverne ou plutôt ça
règne? ça déploie le foyer de la présence d’être laquelle n’est jamais un destin à
réaliser ou bien la facticité d’un étant. Ça lui donne son règne aussi, son
déploiement. Parce que le règne, ce n’est pas juste la gouvernance voire la
maitrise, la domination . C’est le déploiement .
Partout, notre séjour sur cette Terre, et dans ce séjour, notre pérégrination. Donc,
dire a à voir avec séjourner, habiter.
Pour la plupart des humains séjourner, c’est déjà avoir un corps, comme un avoir.
Puis il y a la question de l’avoir d’un corps. Ce n’est pas avoir la parole.
Et il ne dit pas corps, il dit Terre, c’est plus large, plus une dimension, un milieu
ambiant qui nous traverse.
C’est-à-dire un langage qu’on n’emploie plus, déjà, d’être sur habiter d’une Terre,
d’une patrie.
Vient ici l’évocation du film « Elle s’appelait Sarah » cette gamine, quand lle soldat
la rattrape alors qu’elle essaie de s’enfuir. Il l’attrape. Et elle le regarde, l’appelle
du regard et lui dit : « bonjour, Jacques. » Et l’homme s’arrête, ne peut plus la
considérer comme un objet .
Tout d’un coup, il est arrêté. « Comment tu sais mon nom ? »
« Mais quand vous parlez, je vous entends… Bonjour, Jacques, je m’appelle
Sarah. »
Et cet homme, il perd tout son rapport utilitaire…soudain il prend acte…
Et ce passage-là est incroyable, pour la question de la parole. Parce qu’elle lui dit
ça et elle convoque la dimension du dire : celle qui appelle à prendre sa part, sa
responsabilité d’être, qui ouvre une autre dimension.
La gamine qui se lève et qui lui dit bonjour. Et là, du coup, il ne peut plus l’écraser
comme un tas de merde. Il ne peut plus être dans un rapport de torture/ de faire
ustentilié.
La manière dont elle l’envisage, elle lui donne visage. Et du coup, elle humanise.
« Mais comme la pensée d’aujourd’hui devient toujours plus résolument, toujours
plus exclusivement un calcul, elle met en œuvre tout ce dont elle dispose, forces
et « motivations », pour essayer de calculer comment l’homme va pouvoir
prochainement s’aménager le « cosmos » – c’est-à-dire l’espace vidé de monde.
Cette pensée sur le point d’abandonner la Terre en tant que telle. En tant que
calcul elle pousse, à toute vitesse et dans la frénésie, à la conquête de l’espace
cosmique. »
que dirait-il de notre époque qui persévère dans la dévastation, malgré les
horreurs qui ont eu lieu, malgré les bombes atomiques…comme si nous avons
oublié, que sans cesse nous fermons les yeux.
Quand on va sur Mars pour faire des vacances, quand on envoie nos déchets
nucléaires à Pétaouchnock…..
l’époque actuelle voit se déchainer la technique, la domination de l’homme qui
force la terre et le ciel et tous ce qui vit à se conduire de manière conforme à une
usage planifié et efficace…l’avoir a totalement éradiqué toute question quant à
un ethos respectueux et l’homme poursuit la dévastation de lui-même et de son
milieu…
« Cette pensée elle-même est l’explosion d’une puissance qui pourrait simplement
tout annihiler dans la vanité. Le reste, ce qui suit après une telle pensée, le
processus technique de fonctionnement des appareils de destruction ne serait
qu’un seul sombre point final : la folie finissant dans l’absence de sens. Stephan
George dit déjà dans son ode monumentale La Guerre qui a vu le jour en 1917 :
« Ce sont là les signes de feu – pas la Nouvelle » (Le Nouveau Règne, p.29).
Avec tout ce que ça ouvre de la folie finissant dans l’absence de sens, la fin n’est
pas la conclusion, c’est l’épanouissement , l’époque du nihilisme accompli où plus
rien ne vaut sauf l’avoir, le stock et où cet avoir prend le pas sur même la
préservation des humains devenus eux même un stock à gérer. Finissant dans
l’absence de sens, c’est-à-dire que la question du sens se vide de sa dimension
questionnante, de dimension, de direction, de saveur. Ce qui ne veut pas dire que
ça s’arrête.
On ne sait pas ce que ça va produire, mais on en est là.
Nous sommes de plus en plus dans cette dimension où il y a l’absence du sens,
l’impossibilité de se laisser tarauder de questions ; le refus de préserver des
question et l’être devenu objet, étant , perdu la différence ontologique… un
monde ou il n’y a que des solutions … La violence/méchanceté surgit dès qu’on
ouvre une question, la manière de regarder, d’interpeller quelque chose…
Et on est bien dans la Terre qui devient le cosmos au sens du concept, du
cosmique, du concept d’un espace vide où on peut jeter les choses ou poser les
choses ou aller. Il parle de la frénésie, il parle de tout le déferlement de la
technique : la cybernétique fleurit et désertifie.
nous voici aliénés à tchat gpt, au monde l’intelligence artificielle qui a réponse à
tout, un ami sûr et infaillible.
C’est-à-dire que la parole n’est plus le propre de l’homme. C’est l’IA qui va dominer,
énoncer, dire pour nous, être le lieu d’un programme qu’on va adorer. Et pour l’IA,
il n’y a pas de questions. Il n’y a que des problèmes qui ont des solutions.
Du point de vue de l’humain, la psychologie est le lieu où la question humaine
s’est étouffée, noyée dans la question de la résolution de problèmes, c’est-à-dire
de quelque chose d’une dimension technique pour laquelle il y a une solution :
dépression – antidépresseur.
Au point qu’on a perdu le mot du chagrin, qu’on a perdu le mot du deuil. Angoisse
– anxiolytique. On a perdu la dimension que l’angoisse est essentielle en ramenant
tout à des problèmes biochimiques.
« La tentative d’apercevoir en propre le voisinage de la poésie et de la pensée
nous a proprement amenés devant une difficulté. Négliger de méditer cette
difficulté, se serait laisser dans le vague le chemin parcouru par ces conférences
et la marche elle-même sur ce chemin. La difficulté se reflète en ce qui nous avait
déjà effleuré dans la première conférence, et qui à présent, en celle-ci, vient à
nous. »
On revient, on reprend, cercle herméneutique ! On reprend la question du début,
on la reprend à nouveau frais, patienter, arpenter, travailler à déciller notre regard.
La difficulté, nous oblige à en prendre soin, à ne pas la négliger, à ne pas la
considérer comme mineure, accidentelles ne’ pas vouloir trop vite l’aplanir.
Et cette difficulté, on doit la méditer. Il ne dit pas la résoudre. C’est-à-dire la
méditer, c’est un peu la tenir en haleine, en prendre soin comme un feu qu’on va
entretenir et qui va nous ouvrir les yeux peut être si nous nous y disposons de façon
propice. La pensée ne peut se rabattre dans un calcul ou un système de solutions
de problème; ne peut se résoudre telle une équation, penser requiert autre
attitude qu’efficace et sécurisation. Penser ouvre la question de notre etre/y être .
Et pour qu’elle nous donne quelque chose à éprouver, c’est-à-dire accepter de lui
emboiter le pas, de s’en laisser traverser, de s’en laisser toucher, goûter et de ne
pas vouloir la résoudre. Dans le sens où la méditation n’est pas une position de
maîtrise. Elle est une position de rythme, d’approfondir ce qui semble d’abord aller
de soi.
Dans la méditation, on se laisse vibrer, déranger, on se laisse goûter. Donc c’est
bien quelque chose qui veille à sans cesse prendre soin de l’ouvert. Et de laisser de
côté tout ce qui est du côté l’ego, qui ferait venir un je. Une signification qui
semblerait être dominante…
Accepter de regarder d’une certaine manière les choses telles qu’elles se
présentent , une éclaircie avec son opacité qui questionne à nouveau. C’est-à-
dire de regarder et encore regarder plutôt que de prétendre. Ce serait de la
prétention de se dire je vais être dans un espace où il n’y a pas d’ego. Donc c’est
accepter de regarder. De ne pas s’en arrêter là, de se laisser goûter ça, de le
laisser miroiter, voir là où ça nous concerne
On a dit tout ça, on est arrivé à un point qui nous a posé problème, on a continué
d’avancer en reprenant le chemin à nouveau, et maintenant
cela nous conduit à regarder ce que awareness/consciousness peuvent
dire :relâchement de l’attitude délibérée pour « arriver » à cette dimension
d’awareness, qui est une présence qui n’oriente pas, qui goûte, qui sonne… à
présent en celle-ci, vient à nous.
Egalement il importe ici de mentionner le texte de Heidegger « méditation » qui
fait partie des traités impulsés, traduit de l’allemand par Alain Boutot, Gallimard,
2019 trad française, 1997 pour allemand « Besinnung » vol 66 Gesammtaufgabe
rédigé en 1938-39 , oeuvre qui appartient au « tournant » cette pensée vers
l’Ereignis qui occupe Heidegger . Dans ce travail il reprend les présupposés de la
métaphysique afin de les éclairer , d’effectuer un pas de côté pour en envisager
les conséquences quant à l’époque moderne, celle du nihilisme accompli
laquelle concerne directement notre manière humaine de séjourner et nous
expose au plus grand péril….
« Quand nous écoutons le poète et repensons à notre manière ce que dit son
résignement, »
Rappelons-nous au début, le résignement,: aucune chose ne soit, là où le mot
faillit.
« Nous nous tenons déjà dans le voisinage de la poésie, de la pensée – et d’un
autre côté pourtant, nous ne nous y tenons pas ; en tout cas pas de telle sorte que
nous expérimentions le voisinage en tant que tel. Nous ne sommes pas encore en
chemin (unterwegs) vers lui. Il nous faut d’abord retourner nos pas vers là où, à
proprement parler, nous avons déjà séjour. Le tranquille retour vers là où déjà nous
sommes est infiniment plus difficile que les courses rapides allant où nous ne
sommes pas encore, et où nous ne serons jamais – à moins de devenir des
chimères techniques adaptées aux machines. »
Retourner sur nos pas , « reprendre à nouveau frais le chemin » telle est la Kehre ce
mouvement de retour, de pas de côté qui conduit à retrouver l’essentiel : revenir
de l’étant vers la question, celle qui nous concerne et nous ouvre à être-le-là ,
ceux qui avons charge d’être , ceux auquel l’être donne invitation pour le prendre
en garde de façon propre à son « élément »…éprouver ainsi une autre manière
de prendre soin des mots et paroles que dans la démarche scientifique ou la
démarche de la logique… une manière de se laisser questionner, interpeller,
Il nous faut d’abord retourner nos pas vers là où, à proprement parler, nous avons
déjà séjour. Donc c’est revenir vers ce qui nous concerne, chercher ce propre là.
Là où je suis toujours déjà qui est une échappée que je ne peux jamais maîtriser et
qui demande un accueil, recueil et puis un dessaisissement surtout à cet endroit-
là. Vouloir être qui je suis toujours déjà, me rendre libre et ne pas vouloir être ce
que je veux, tout un chemin de patience pour ouvrir les yeux et quitter la
fascination de l’étant.
Et souvent ces mots viennent quand effectivement on endure la plus extrême
détresse …
Nous sommes trop dans notre société, dans la part de vouloir, du dominer. C’est la
maîtrise technique qui arrive à cette dimension où il n’y a plus de règne. C’est le
sens qui meurt.
Ce n’est pas ce qu’a voulu le déferlement de la technique. La technique, dans son
cheminement, n’est pas en soi néfaste. Ce n’est pas un outil du diable ! C’est la
manière dont nous l’avons usée et dont nous nous sommes laissés user par elle. La
question du bonheur est devenue celle de l’avoir. Le bon est devenu le bien
matériel possédé, le combien. Et au-delà de ça, parce que maintenant on n’est
même plus dans ça, ce n’est pas l’argent que cherchent les gens, ça n’a plus de
sens. Le combien de milliards je gagne à la minute n’a même plus de sens ! C’est
la virtualité de ça, la puissance. C’est au-delà de la valeur monétaire.
.Maintenant, il y a plus dangereux que le règne de l’objet, matériel… il y a la
dimension du stock, qui n’a plus de limite.
On peut aussi le voir du côté du corps humain. Quelque chose a franchi un pas,
on ne s’incline plus devant le respect du vivant. Il y a eu les camps de
concentration, les chambres à gaz et il y peu Hiroschima et pourtant nous
persévérons dans ce mouvement destructeur…On peut transformer les corps
vivants en toute impunité, sans aucune conscience morale, comme on l’a fait
avec les cailloux, le métal …
À moins de devenir des chimères techniques adaptées aux machines. Heidegger
écrit cela en 1936… ne sommes nous pas devenus ces chimères ? il est question
du développement de l’intelligence artificielle, de l’homme augmenté… que
nous arrive-t-il que nous ne prenons pas temps d’envisager pris que nous sommes
dans un affairement débridé…?
« Le pas qui prend du recul jusqu’au lieu où l’être humain a site demande autre
chose que le pas à l’avant par lequel le progrès nous précipite dans le machinal.
Retourner là où nous avons déjà (proprement) séjour, tel est le genre de la marche
sur le chemin de pensée à présent nécessaire. »
Et cette marche est un pas de côté, un pas en recul devant la fascinante courses
au concept, à l’efficace technique sous toute ses formes. le « machinal » n’est il
pas devenu notre manière de nous comporter laquelle vise toujours plus
d’efficace …
retourner là ou nous avons proprement séjour : il est temps car « le péril croit » mais
ce séjour qui soit notre propre n’est il pas largement dévasté, quasi effacé: ex-
istant nous sommes et en quoi cela nous appelle-t-il ?
« Si nous portons attention à ce que ce chemin a de propre, alors l’apparence
d’inextricable qui d’abord gène, s’évanouit. Nous parlons de la parole dans
l’apparence sans cesse, de ne parler que sur elle, alors que déjà, à partir de la
parole et en elle-même, nous nous la laissons dire elle-même son déploiement. »
invitation à regarder encore : la parole nous en parlons comme nous le ferions
d’un objet lequel serait posé devant nous et livré à notre expertise: telle est la
manière de l’époque moderne de considérer la parole comme un outil à la
disposition de l’homme devenu sujet et qui a perdu de vue qu’avant la parole lui
donne à entendre, qu’il n’en est pas le maitre mais l’obligé: la parole parle à partir
d’elle-même et nous devons nous laisser recevoir ce déploiement, en prendre soin
et garde car il y va de notre existence même …
« C’est pourquoi il n’est pas permis d’interrompre prématurément le dialogue
entamé avec l’expérience poétique que nous avons entendue – de l’interrompre
en reprochant à la pensée de ne pas laisser la poésie prendre la parole, et de tout
faire passer du côté du chemin de la pensée.
Il faut prendre le risque de parcourir en long et en large le voisinage du poème et
de la strophe finale en laquelle il se rassemble. »
Reprise de ce mouvement propre au « tournant » auquel Heidegger nous initie.
il est question de l’élément dans lequel se déploient et poésie et penser et pas
question de l’abandonner ce questionnement là en se rangeant sous une
opinion : que la pensée ne laisserait pas la poésie prendre la parole… un
présupposé que nous ne voyons plus : selon notre époque la pensée et la poésie
sont deux usages que peut faire l’homme sujet maitre de la parole et deux usages
qui ne peuvent s’épouser : soit on pense c’est à dire on raisonne sur quelque
objet, soit on fait de la poésie , art qui n’est pas science …, et de plus un art
mineur eu égard à la pensée comprise comme rendre compte des sciences qui
dominent la terre en la compartimentant en domaines d’étude…
Invitation à revenir au poème de Stefan Georges et son coeur en quelque sorte :
« ainsi appris-je, triste, le résignement :
aucune chose ne soit, là où le mot faillit »
La parole témoigne d’une manière d’être humain : pouvoir dire.
Ex-istant celui qui se pose des questions. Nous sommes les parlants, les répondants.
Être nous appelle à appeler, à dire, appeler par le nom. Et nous répondons en
nommant… La Bible, Bereshit, … « au commencement était le verbe ».
Et la version hébraïque témoigne bien de ça. Les lettres étaient encloses et Dieu
jouait avec. Ce n’est pas Dieu qui a produit les lettres. Dieu s’est retiré pour que les
lettres prennent place. Il faut que l’infini du pouvoir de Dieu, que Dieu accepte de
se retirer, pour que quelque chose puisse advenir en termes de monde humain.
C’est une abnégation, c’est un renoncement de la toute-puissance, pour que
quelque chose émane. Dieu, l’être non créé, est tout puissant. Il faut qu’il se retire
de cet espace-là pour que la création advienne. Il faut un retrait de Dieu. Il faut
que la puissance ait des limites. Il faut que Dieu se donne une limite, qu’il sorte de
l’ens infinitum pour que vienne quoi que ce soit.
C’est pour ça que l’ouvert, c’est l’apeiron, ce qui n’a pas de limite. L’apeiron est la
suppression de la limite. C’est un rapport de tension. Pas de lieu, pas de géométrie.
C’est le retrait qui fait survenir le slash. Le slash, l’ouvert, le slash est une déchirure à
même l’ouvert.
Mais comment tu peux déchirer l’ouvert ? C’est la lèvre de l’ouvert, c’est le bord
d’une lèvre. La lèvre de la mer n’est pas pareille qu’une découpe technique. Il faut
prendre soin de l’ouvert, du libre, et ménager les places et lieux.
Et ménager n’est pas aménager ! Et le ménagement, c’est le rendre libre.
Qu’est-ce qu’on appelle le rendre libre ? renoncer à dominer pour laisser se
déployer la manière propre d’être/ aître ?