Compte rendu de lecture n°15 – Le déploiement de la parole – p171-173

Compte rendu de lecture n°15 – Le déploiement de la parole – p171-173
Pierreroutine Mai 2025
Blanquet Edith – Chartier Marie-Christine – Simon Corinne – Remaud Frédérique.

Préambule

Lors du compte rendu précédent nous avions évoqué le mot :logos lequel« parle simultanément
du nom de l’être et nom du dire. » Dans la phrase de Stefan Georges Heidegger nous dit que
nous remarquons « à peine qu’ici le rapport de la chose au mot est nommé, et ainsi le rapport de
la parole en général à n’importe quel étant » Dès le début de la pensée occidentale (le
commencement grec) le rapport de la chose du mot a été nommé :logos. la parole nomme ce qui
est .Pourtant poursuit Heidegger:
« Encore plus confondant pour nous est le fait que malgré cela, aucune expérience avec la parole
n’est faite – aucune expérience où la parole elle-même viendrait proprement à la parole à la
mesure de ce rapport. »
Il semble que cela qui a été nommé soit aussitôt tombé dans l’oubli, pris comme allant de soi et
ne méritant pas d’y attarder notre regard. ce que nomme la parole de Stefan Georges est « archiancien
qui a déjà atteint la pensée » et y demeure célé. Nous ne prenons pas la mesure de ce
rapport, nous ne nous en étonnons pas. Le rapport de la parole , du mot, du dire ne fait plus
question.
C’est pour ça qu’Heidegger en vient à la question de la poésie: la manière dont logos est tissé
dans la métaphysique n’est pas propice à respecter cette dimension du mystère, ou du secret…
et ne permet pas d’élaborer l’être autrement que de le dire dans le concept le plus général. Cela
est déjà énoncé dans « Etre et temps »
« Pas plus que l’expérience poétique avec le mot, l’expérience pensante avec le dire
n’amène la parole en son déploiement à la parole. » Il dit que « C’est précisément le
déploiement de la parole qui lui interdit de venir à la parole. » C’est au coeur même de la
dimension du déploiement de la parole que se tient cette difficulté .

Et la retenue de la parole même qui parle, ce qui dans la parole se retient est toujours déjà scellé
en même temps que ça ouvre, ça parle et ça permet de donner à l’étant sa présence, un monde.
Mais la parole elle-même, le « comment se fait-il qu’il y ait quelque chose plutôt que rien »,le
mystère « qu’il y a » est quelque chose que l’on ne peut pas attraper, qui nous éprouve mais qui
jamais ne peut s’attraper dans l’ordre de la représentation métaphysique. L’être se dé-clot dans
l’étant qu’il donne et laisse se manifester. Il ne peut se dire qu’étant ,que d’une certaine manière
jamais ‘en tant que’. Et c’est peut-être par là qu’il se dit, rien d’étant et pourtant. Ça vient un peu
dire que l’on ne peut pas attraper être, en rendre raison. Si on essaie de l’attraper, forcément on le
substantive et on le fige dans le concept. D’où la dimension du secret, du sacré et de la poésie,
puisque la poésie donne à entendre sans viser une explication. L’idée de la poésie n’est pas de
faire une explication de texte comme on l’a appris le plus souvent. Malgré toutes les explications,
il y a quelque chose qui se passe du côté de la poésie qui est de l’ordre d’un dire indicible au
sens de immaîtrisable: La dimension du symbole, de la saveur et qui a à voir avec la dimension du
sacré et du secret.
« Parler du voisinage de la poésie et de la pensée veut dire donc que les deux habitent visà-
vis l’un de l’autre, que l’un s’est installé vis-à-vis de l’autre, que l’un est venu s’établir à
proximité de l’autre. Cette indication concernant ce qui caractérise le voisinage se meut
dans un discours métaphorique. Ou bien disons-nous déjà quelque chose de ce dont il
s’agit ? Que veut dire « discours métaphorique » ? Renseignés par cette locution, nous
sommes vite à notre aise – oubliant de penser à ceci : il ne nous est pas permis de nous
réclamer validement d’elle tant que reste indéterminé ce que c’est que le « discours », ce
que c’est que la « métaphore », en quelle mesure la parole parle par images – si même en
général elle parle ainsi. C’est pourquoi nous laisserons ici tout largement ouvert. »
Il parle du voisinage de pensée et poésie. Ce qui n’est pas ce qu’on attendrait habituellement
puisqu’on en est venu à penser selon les règles de la pensée métaphysique. Et avec ce penser lié
au présupposé d’une conscience qui se représente les choses et donc qui doit les maîtriser, on
en est venu à dire que le langage de la poésie est un peu des fadaises. Comme le langage de la
mystique, parler des elfes ou des esprits c’est un langage imaginaire et pas un langage qui
permet de dire pour de vrai. Et on en vient à l’idée de donner à entendre plutôt que de dire dans
le sens classique du mot dire, au sens de rendre clair.
On vient dans une posture qui ne peut être que de questionnement et qui préserve une question,
qui accepte qu’aucune réponse ne sera satisfaisante ou ne sera indubitablement certaine. On sort
de la mathésis universelle de Descartes. Cela témoigne du questionnement, de la manière de
penser l’humain comme être-le-là. Celui qui est gardien d’un là mais jamais de quelque chose qui
peut s’arrêter, une ouverture sans cesse et pas la structure d’un égo, d’un sujet ou d’un objet.
Comme s’il y aurait à propos du voisinage quelque chose de l’ordre de l’affinité élective, dans le
sens d’une tendresse mutuelle entre pensée, poésie et parole. Tension mutuelle.
Métaphore, meta : par-delà, quelque chose qui traverse, qui excède, phore qui est clair, au-delà.
Est-ce que ça a à voir avec phos la lumière, phore le trou – phora, une trouée… et une trouée est
aussi une éclairée.
Métaphore : « figure par laquelle on transporte un mot du sens au propre au sens figuré,
comparaison abrégée. Quand on dit c’est un lion, la comparaison n’est que dans l’esprit et non
dans les termes, c’est une métaphore ». Ça veut dire que l’on a présupposé qu’il y aurait un sens
propre qui serait le sens concret : un lion c’est la bête, le lion et ça ne pourrait pas être autre
chose. On raisonne dans l’ordre de la pensée métaphysique européenne, de cette pensée de
rendre raison et de déterminer la vérité générale d’un mot : un lion c’est une bête. Et je ne
pourrais pas dire : on dirait un lion quand tu es comme ça, on peut le dire en ayant l’idée, comme
si on sortait du sens commun. Et qu’est-ce qui a déterminé que c’était le sens commun ? C’est
ça qu’il dit peut-être, quand on dit c’est une métaphore, on parle bien de quelque chose qui nous
frôle mais de suite on le définit, donc on l’arraisonne, et du coup on ne s’y arrête pas d’avantage.
Il y a l’idée que les mots servent à définir, c’est pour cela qu’on les a enfermés dans des
définitions officielles qui sont dans le dictionnaire et que la définition elle-même achoppe, puisque
quand on va dans un dictionnaire, sans cesse on s’aperçoit qu’il a plusieurs niveaux de sens et
que l’on ne peut pas dire exactement « ce mot dit ça : point ». On ne peut pas arriver à la
certitude.
Et il dit en même temps que l’on oublie de penser ceci : qu’« il ne nous est pas permis de nous
réclamer validement d’elle tant que reste indéterminé ce que c’est que le « discours », ce
que c’est que la « métaphore », en quelle mesure la parole parle par images. »
De quoi on parle quand on parle de l’image ? Ça me fait penser à l’imaginaire, l’imaginal, c’est à
dire la saveur, le pathique, ça donne à goûter quelque chose, ce n’est pas forcément une image
mentale, ou l’imagination d’une conscience qui affabule.Nous ne pouvons pas dire qu’il s’agit
d’une métaphore (une figure stylistique ) tant que nous n’approfondissons ce que veut dire
« discours », ce que veut dire métaphore et si la parole parle par images c’est à dire suffit à être
déterminée comme représentation mentale de ce qui se présente.
« si même en général elle parle ainsi. » Mais on ne voit pas cette dimension. Dans notre culture,
et c’est cela que je relie à l’usure, c’est à dire à être de plus en plus utilitaire et prétendre que la
parole est un outil de communication maitrisé par l’homme, Le mot sert à stocker, à délimiter. Du
coup dès que quelque chose ouvre une question, la phrase qui vient est : « tu te tortures l’esprit »
ou « tu te prends la tête » comme s’il ne faudrait pas qu’il y ait de questions, il ne faudrait qu’il n’y
ait que des choses avérées, qui ne questionnent pas. la vérité est conçue comme adéquation
intellects et des: équivalence/identité. (voir « le principe d’indentité » dans Questions 1)
On n’entend pas que le spirituel ouvre à la dimension du sensible, du passible et du possible. On
sort des catégories où on a découpé la raison, l’entendement, la sensation, on est dans : qu’estce
que c’est le sens, les directions de sens, la rythmique de la présence ou la dimension de la
présence. C’est à dire quelque chose qui nous donne à entendre et à prendre place. Un
comprendre… le comprendre existential… prendre part. Et on ne prend pas en charge la
différence ontologique , la question Etre/étant est largement oubliée à l’époque qui nous
concerne, celle de la technique , elle-même non prise en vue quant à son rapport à la question de
l’être.
C’est à dire toujours déjà je suis auprès d’un monde, c’est à dire une chaîne de renvois, un
réseau. Et le monde est un pouvoir être de Dasein,un in-forme langagier il est une forme de la
sensibilité, au sens de donner sens/ direction/signification saveur, prendre place, prendre part etc.
Et parce que Dasein se questionne quant à qui il est et ce auprès de quoi/qui il s’approprie. Cela
veut dire qu’il a un rapport particulier, quelque chose qui ne le laisse pas en paix, il est un souci
d’être et la parole augure le là où il doit prendre part/lieu/temps.
Même quand on te dit « tu te prends la tête », ça veut dire que la question est présente et qu’elle
est repoussée. Chacun de nous convient bien que l’on n’est jamais tranquille avec la question du
« sens »… de notre vie, de nos projets, et qu’elle saute de pleins de manières mais qu’on la met
du côté de : est-ce que je vais faire une tarte aux pommes ou aux poires? est-ce que je veux être
plombier ou pâtissier? La question se pose toujours mais nous avons une manière de la rabattre
sur une dimension pratico-pratique, c’est à dire de la réduire, où ça prend une dimension telle
qu’il y a même l’oubli de l’oubli – la détresse de l’absence de détresse, qui est quand même une
forme de détresse. Parce qu’on voit bien combien les humains sont en détresse aujourd’hui aussi,
de plus en plus. Plus ils sécurisent, plus la détresse est là. Rien n’apaise. Quoi que l’on fasse, il y
a bien cette espèce d’appel à ce gouffre, cet abysse du sans fondement. Les formes de la
pathologie humaine nous le donnent à entendre, nous y rappellent si on ne les réduit pas à des
dysfonctionnement du cerveau ainsi que cela devient le plus courant…
En fait, est-ce que l’on pourrait dire que là, Heidegger nous fait bien toucher que dès qu’on définit
– que l’on dit « c’est une métaphore » – c’est comme si on dit : « passons à autre chose, on a fini
avec ça »!
« que l’un s’est installé vis-à-vis de l’autre » : S’être installé vis-à-vis, il y a toujours déjà un
compris, un prendre part. Ce n’est pas qu’il y en a un qui est déjà structuré tout seul – Dasein
toujours plus d’un – et parole/pensée/poésie est toujours tenu d’un rapport, c’est le rapport qui
augure l’installation. Donc « l’un s’est installé vis-à-vis de l’autre » je l’entends comme : toujours
déjà il y a un parti pris, un prendre part, un partitionné . Ce n’est pas : je viens m’installer auprès
de toi comme un individu viendrait s’installer auprès d’un autre individu. Il y a toujours une
proximité, il y a un frayage, dont l’un prend sa dimension du rapport appropriant l’autre. Et cette
dimension elle est d’y être installée.
Le vis-à-vis, il le prend dans le sens classique pour ouvrir… et que ça devienne récalcitrant. L’un
s’est installé vis-à-vis de l’autre : l’un, d’abord qui est-il ? Et comment s’installerait-il vis-à-vis de
l’autre ? Mais le « s’être installé », ouvre à toujours déjà pris part. Étant donné qu’il y a cette
intimité d’être, que être temps, que le temps n’est pas une propriété d’un objet qui se donnerait
du temps en plus, c’est que le temps oeuvre à être. Donc c’est un toujours déjà lieu, dans le sens
que venir en conscience est écart, c’est toujours différence, différé. Le temps est toujours déjà
oeuvre. Le temps n’est pas une dimension qui s’ajoute à un objet qui serait d’avance présent et
conforme au principe d’identité avec lui-même, parce que toujours déjà même dans la pensée
classique laquelle ne distingue pas le même et l’identique, quand on nomme l’étant et que l’on
veut le maîtriser, on le défini comme une présence constante. Et le présent est un mode de la
temporalité mais qui est oublié, qui n’est pas questionné et on le pose comme si un objet aurait
une durée en plus
Les deux habitent vis-à-vis l’un de l’autre… Habiter veut dire ils prennent leur demeure, ils se
disposent vis-à-vis l’un de l’autre. Les deux, ce n’est pas un plus un, c’est quelque chose d’autre,
ensemble. Il y a une communauté première : toujours être-au-monde, une communauté première
qui prend place, qui singularise en vis-à-vis l’un / l’autre. Mais la singularisation prend appui d’une
communauté fondamentale – je ne peux prendre ma place qu’en me disposant eu égard à. Et
c’est la disposition qui me donne un lieu provisoire, un avoir lieu, un là pas un ici. Donc, c’est là
que nous habitons, on habite un monde, on n’est pas inclus dedans. Et habiter c’est une façon
d’y être travaillé, appelé à répondre : tenir parole.
Petit à petit Heidegger dans le « Geviert », quand il va travailler sur ce jeu-là – ce rapport
indéfectible divin/mortel/ terre / ciel – la nature, physis, il va la définir comme la terre, le sol natif,
natal. La terre au sens de la contrée, le tout près, dont nous sommes matière prenante mais dont
nous pouvons nous singulariser provisoirement, nous subjectiver on pourrait dire.
Donc ils habitent vis-à-vis de l’autre, ils prennent leur mesure d’un rapport. Avant tout, c’est le
rapport – c’est logos – c’est le dire qui établit rapport Moi/toi. Et donc l’un s’est installé, j’entends
toujours déjà… installé vis-à-vis de l’autre et qu’il est toujours déjà venu s’établir à proximité de
l’autre. Mais on n’en prend pas la mesure de ça, que c’est toujours une partition à l’oeuvre.
Nous en venons à la question de Dasein, qui n’est pas individu biologique , qui est un mot de
l’ancien allemand pour dire l’existence .Dasein c’est une manière d’habiter cette présence qui fait
de nous des humains, donc le vivant que nous sommes, un élément de nature et une habitation
qui est toujours au-delà de, on est toujours outrepassé par la question du sens : nous sejournons
au coeur du langage , la géographie , les lieux sont formes langières.
La question du sens de notre existence, cette charge d’avoir à être-le-là ne nous lâche pas, on
est toujours traversée – ce qu’on appelle le sens – mais le sens témoignant de comment je
m’assois, comment je goûte, comment j’entends, comment je vois, comment je signifie et au-delà
encore. Et c’est ça qui fait que l’habitation n’est pas n’importe quoi… habiter une maison. C’est
prendre la dimension d’une âme.
C’est même, je crois, dans la question de vieillir – Tout d’un coup j’imagine que les gens
pourraient entrer dans un endroit, regarder, s’assoir à mon bureau, sans plus voir la dimension :
que c’est « le bureau de E. », ou « le livre de E. »… On va trouver des tas de papier,
Il y a pleins de choses qui évoquent une histoire – ça c’est tel moment avec untel, ça c’est le
caillou de tel endroit. J’imagine que si quelqu’un entrait dans ma maison quand je serai morte,
qu’est-ce qu’il va voir ? Des objets. Et c’est là que l’on voit le « habiter ensemble » qui n’est pas la
même chose que stocker des objets.
Quand on dit : c’est une métaphore, ce n’est pas une métaphore au sens d’une figure de style: Il
s’agit de toute une manière d’habiter. Jamais cela ne peut se replier sur une métaphore. Quand
on dit une métaphore, on la renvoie à une logique du langage posée selon une métrique, une
manière de le calculer.
« Renseignés par cette locution » : on dit que c’est une métaphore, la question est conclue et
finie, catégorisée. Le voisinage, c’est une image. Oui mais est-ce qu’une image ne serait pas à
prendre plus au sérieux que le voisinage comme deux personnes qui sont voisines l’une de l’autre
? On l’a renseigné, la question est close, ça dit ça : « vous êtes renseignés, aller passons à autre
chose ». Cette locution, cette manière de dire la parole qui devient une locution elle dit : c’est une
métaphore point.
Là on la remet du côté de l’usage et il n’y a rien d’autre en plus « nous sommes vite à notre
aise », plus d’angoisse, « oubliant de penser à ceci, il ne nous est pas permis de nous
réclamer validement d’elle tant que reste indéterminé ce que c’est que le « discours », ce
que c’est que la « métaphore », en quelle mesure la parole parle par images – si même en
général elle parle ainsi. C’est pourquoi nous laisserons ici tout largement ouvert. »
N’attendons pas de conclure, d’être renseigné justement, laissons-nous inquiéter et acceptons de
ne pas vouloir rendre raison, certifier.
« Tenons-nous en à ce qui est le plus urgent – à savoir d’aller explorer le voisinage de la
poésie et de la pensée, c’est-à-dire maintenant : le vis-à-vis en lequel les deux se font
face. »
Déconstruire l’évidence, cercle herméneutique, faire chatoyer le sens dans toute son épaisseur, se
laisser écouter ce que cela veut nous dire et cesser de nous croire dominer la parole ainsi qu’un
outil par nous fabriqué.
le chemin phénoménologique de Heidegger se distingue de cela de Husserl :pas question pour lui
de mettre de côté l’attitude quotidienne (l’évidence ),se laisser travailler par l’herméneutique, c’est
à dire laisser venir la générosité du sens, dans toute sa dimension de sens. Et quand je dis sens
ce n’est pas seulement la signification (entendue comme représentation sonore de la chose),
c’est la direction, la dimension, la saveur, nous laisser appeler/ répondre.
Husserl est dans l’idée de pratiquer une épochè, de suspendre le jugement, alors que là il s’agit
de prendre sens et conscience que nous avons toujours déjà compris, jugé et que nous devons
enrichir notre manière de toujours déjà comprendre laquelle dit aussi prendre part/ tenir rapport/
nous y approprier .On ne suspend pas le jugement pour arriver à une conscience pure, où seul
reste à l’horizon l’apriori d’une conscience pure, certaine et nécessaire.
Dasein augure un chemin autre qui bouleverse le système de la métaphysique laquelle conçoit
l’homme comme une conscience structurée et de plus souveraine, dotée d’une vécu .
L’épochè c’est : on ne se prononce pas sur la thèse d’existence ! mais comment fait-on pour ne
pas se prononcer, qu’est-ce que ça veut dire exister ? Il n’y a jamais de suspension du jugement,
de sortie de l’attitude naturelle. l’époché Husserlienne devient une attitude de distorsion théorique
et peut conduire paradoxalement à une position de toute puissance – moi qui n’ai pas de
jugement, je prétends que c’est la vérité qui parle. C’est typiquement les attitudes d’interprétation
de beaucoup de thérapeutes.
« le vis-à-vis, en lequel les deux se font face », ce n’est pas qu’ils sont en face l’un de l’autre, on
peut l’entendre comme ça, premier sens, ça n’est pas faux, ça donne à entendre des niveaux…
les deux se font face – visage – prennent leur dimension… on pourrait encore entendre plein
d’autres dimensions.
La Gestalt thérapie est vraiment dans l’apriori du sujet, de la structure. La Gestaltung, la manière
de cueillir et rassembler, logos. C’est important de le clarifier, de l’indiquer, parce qu’on ne parle
pas au même endroit que le commun des Gestalt thérapeutes.
« Par bonheur, il ne nous faut ni d’abord chercher, ni ensuite explorer le voisinage. Nous
séjournons déjà en lui. Nous nous mouvons en lui. C’est le poème de George qui nous
parle. Vis-à-vis de ce poème, nous avons esquissé quelques pensées, même si ce n’est
qu’à très gros traits. »
On prend place dans cette proximité parole/penser/poésie qui nous assigne une place, qui nous
invite à ça. Ne serait-ce qu’à dire ce que l’on entend ou à se laisser toucher, ou juste une
expression du visage, une respiration, une manière de le dire. Donc on ne cherche pas, ni on
explore un voisinage comme un lieu géographique. On pourrait entendre que séjourner est une
forme de voisinage que l’on pourrait appeler fraternité, frayage, partition, rythmique de la
présence d’être/étant. Se côtoyer toujours. Nous nous mouvons en lui. Toujours le Dasein se tient
auprès de, toujours une proximité native dit-il bien, on est toujours dans une proximité par la
manière de cueillir et rassembler… logos… tisser cette direction du sens, du maintenant ne pas,
maintenant ne plus.
Dans « Être et temps » : première étape où Heidegger en vient à s’arrêter en disant que le langage
de la métaphysique, la manière dont on pense la parole ne permet pas de dire ce qu’il essaie de
faire entendre. Il perçoit un achoppement, il ne trouve pas le chemin et va aller chercher du côté
de la poésie plutôt que du côté du langage définit selon les règles de l’entendement, la table des
catégories.
« Aucune chose ne soit, là où le mot faillit.
Voilà ce que dit le résignement du poète ; à quoi nous avons ajouté qu’ici venait à jour le
rapport de la chose au mot ; et nous disions de plus que « chose » était le nom pour
n’importe quoi qui est en quelque manière – un étant tel qu’il se trouve être présent. »
Aucune chose ne soit, là où le mot faillit. Quel est le rapport, quel rapport ça nous donne à
entendre ? Si pas de mot, pas d‘étant, pas de manière d’être, puisqu’il faut bien la parole pour
donner la présence d’être, pour l’articuler en signification. Donc, il n’y a pas de parole en l’air.
Quand on dit, « arrête de parler, fais des choses concrètes » : la parole, c’est là où nous habitons,.
Quand on dit la bibliothèque, la table, allons manger… ça rythme tous nos gestes et faits de la
quotidienneté et au-delà la parole augure toute la geste humaine . La chose comme l’affaire de la
pensée, est ce dont il est question et qui n’est pas réductible à un objet maitrisé par un sujetconscience.
Il n’est pas question d’un objet qui est défini par un sujet qui est déjà prédéfini et
utilisé sans égard La chose : ce dont il s’agit, au sens où cela agit, qu’il est question de ça et
qu’on lui donne des traces provisoires, une manière de l’approcher, de la caresser par ce côté-là,
par ce biais-là plutôt qu’un autre… cercle herméneutique.
Le mot :On le prend juste par son côté pratique et on l’a d’avance défini comme représentation
sonore d’un quelque chose qui lui serait distinct : « nous sommes renseignés sur cette locution »,
on est à notre aise, on sait ce que ça veut dire, pas de question, pas de surprise à son égard.
Dans la quotidienneté, les mots nous viennent et on n’en prend pas soin, on n’a pas suffisamment
d’égard pour la dimension de recel qui est dans le secret ou le sacré que chaque mot dévoile;
pour la puissance du verbe. Tout ce qui vient à la lumière dévoile une zone qui lui échappe, c’est
toujours un éclairement. Donc il y a toujours une part de retenue.
« Un étant tel qu’il se trouve être présent » : participe de la présence. Sauf que l’on n’entend plus
qu’il participe de la présence, on entend il est stable, durable,(principe d’identité, de non
contradiction) il est une res extensa, depuis Descartes on entend ça nous les occidentaux en tout
cas et puis le monde aujourd’hui, celui de la mondialisation.
« À propos du « mot », entre guillemets, du mot lui-même, du mot mot.
« nous avons dit non seulement qu’il était en un rapport à la chose, mais que c’est
seulement le mot qui amène la chose, quelle qu’elle soit, en tant que l’étant qui est — qui
l’amène et l’installe dans cet « est », l’y tient, l’y maintient et gouverne sa tenue, lui confère
quasiment son entretien. »
Là on voit toutes les épaisseurs.
« Mot » donc le dire quelque chose, une trace d’une dite qui fait mot. Prendre en considération la
puissance vocale, l’appel …
« En rapport à la chose » c’est à dire ce dont il est question, ce dont il s’agit de faire son affaire,
ce qui est toujours proche et auquel je prends part et, en y prenant part, je peux y prendre forme
provisoire . C’est seulement le mot qui amène la chose au coeur de l’a présence. Le mot amène
ce dont il est question et en prend charge/soin, ouvre une dimension : entre-tiens.
Il faut bien que l’on soit questionné pour se mettre à parler. Il faut bien que ça nous travaille, il faut
que quelque chose ne nous laisse pas en paix, que ça nous appelle, qu’il y ait une forme d’appel,
de souci. La chose, quelle qu’elle soit, pouvoir être, ouverture d’être ,un souci qui nous amène à
déterminer une manière d’habiter en prenant parole; réponse d’appel à être toujours renouvelé :,
des manières qui sont propices /dignes d’un humain et d’autres qui le sont moins, à déterminer
des valeurs, à déterminer des objets, à déterminer tout ce qui nous entoure et qui a fait notre
quotidien petit à petit., quotidien qui sans cesse nous rappelle à la question: qui devenons-nous?
Un peu comme, par exemple : quand j’allais marcher dans le désert, quand on s’arrêtait pour la
nuit et installer le bivouac, mon premier geste était de déterminer où situer le lit et à côté disposer
des fougères ou des cailloux pour pouvoir s’assoir, et à côté je vais mettre mon sac qui va faire
table de nuit … Il y a tout un rituel qui détermine ces rapports-là. Il y a toujours une manière
d’essayer de faire familier ( ménager places et lieux témoignant de mes manières de pouvoir
bouger , tout cela tissant un réseau signifiant ),d’apaiser l’étrangeté …et en même temps de
l’éprouver au gré de cet affairement vulnérable.
« c’est seulement le mot qui amène la chose, quelle qu’elle soit, en tant que l’étant qui
est… » C’est à dire une manière d’être en rapport qui appelle l’humanité de l’homme, une
manière de m’y rapporter, qui donne la place à l’objet et à moi. Et qui fait de cette chose une
affaire d’existence humaine, de ce dont il s’agit, alors qu’habituellement on ne le prend pas en
vue.
Le mot amène et installe la chose dans cet « y est ». Le mot n’est pas une pièce d’un assortiment
de mots lequel constitue un « bagage verbal » disponible ainsi que l’évalue la psychométrie qui
considère le mot comme image mentale: représentation ainsi que la métaphysique l’a catégorisé.
il est participe présent, il est, un être conjugué/ manière/matière de l’étant. Ça l’y tient, ça l’y
maintient et ça gouverne sa tenue : ça lui donne les règles d’une tenue. Et ça lui confère
quasiment son entretien, sa manière de se tenir, d’être en soin. On en prend soin, on l’entretien,
on s’y entretient avec, on se parle avec lui, on s’en occupe et on a oublié dans l’entretien la
dimension d’un dire, on en a fait un utilitaire.
Entretenir une lampe, c’est veiller à ce qu’elle ne rouille pas ou à ce qu’elle ne s’abîme pas.
Jusqu’à l’aberration d’entretenir des objets en perdant de vue leur dimension première, comme
une oeuvre d’art que les collectionneurs entretiennent en les enfermant dans des coffres dans le
noir où elles ne sont plus livrées au regard d’autrui parce qu’elles sont devenues une valeur
marchande et plus un paysage qui nous parle aujourd’hui.
Donc le mot ne se tient pas seulement dans le rapport à la chose, c’est à dire à ce dont il s’agit,
mais le mot il est, il devient, il est en tant qu’il donne la présence .En tant que tel, il est cet
entretien, le rapport même d’entretenir, et on revient à : qu’est-ce que c’est qu’un entretien de la
parole… On commence à ouvrir. à nouveau, tour et retour
Le mot déloigne, simultanément il appelle en donnant place aux choses. C’est à nous de nous
laisser déranger par la proximité, que l’on a tendance à mettre loin de soi, à tenir à distance, qui
est une forme du proche. Pour tenir à distance, il faut bien que ce soit proche, sinon je n’aurais
pas besoin de l’écarter. « T’approches pas ! ».
Dans le travail thérapeutique, ce qui nous intéresse n’est pas ce qui dit la personne, c’est ce qui
nous est donné à entendre et comment nous y prenons part… quelque chose qui se tisse et qui
tisse, qui ne laisse pas tranquille, d’être travaillé dans sa chair… la texture d’une chair.
La chose, ce dont il est question, n’est pas la parole de l’autre au sens d’une conscience
structurée, c’est : je vais chercher où il est possible que quelque chose comme « un prendre
place » ait eu lieu pour le rafraîchir, le réveiller.
Je reviens de cet écartement, ce chemin où Dasein nous avais amené à toucher cette dimension
de : ce n’est pas de l’un vers l’autre le débat, c’est l’ouvert. Cette dimension d’une diffraction, un
jaillissement qui attribue place et lieu mais ce n’est pas moi et toi… je t’envoie des infos !
Ce n’est jamais ton corps et le mien, c’est énorme de dire ça, on ne mesure pas de quoi on parle,
c’est autre chose : Une façon d’être déjà disposé toujours, qui s’échappe toujours.
Le lieu de la rencontre est un jaillissement : c’est par là que l’on va se poser/s’y approprier.
Ce n’est pas être face à face : cet entre, il n’est pas un entre d’espacement entre deux, il n’est
pas une théorie du lien. Il est un écartement ou un y être affecté… Prendre lieu/tenir parole.
« Poursuivant, nous avons dit : le mot ne se tient pas seulement en un rapport relativement à la
chose, mais le mot « est » lui-même cela qui tient la chose en tant que chose, la tient et la retient
— le mot est en tant qu’il est cet entretien : le rapport même d’entre-tien (das Verhälinis selber).
Pour beaucoup, cela qui est pensé face au poème paraîtra redondance inutile, inadéquate et
forcée. Pourtant il s’agit ici, dans le voisinage de l’expérience poétique avec le mot, de trouver une
possibilité d’expérience pensante avec la parole. Cela veut dire à présent et d’abord : apprendre à
porter attention au voisinage comme tel, dans lequel habitent aussi bien la poésie que la pensée. »
Apprendre à porter attention au voisinage, cette dimension de l’entretien, de se tenir d’un entre,
de se tenir auguré, ouvrir un entre: un rapport /s’y rapporter/s’y approprier. Que la parole rende à
la présence et en même temps le mot n’est jamais quelque chose de présent au sens d’un étant.
Ça participe de l’inouï. Une signification ne prend son lieu et sa dimension de signification dont on
se tient, que d’une autre dont elle s’écarte. Si je dis bleu c’est autre que rouge. Je n’entends
jamais bleu tout seul ou si je dis bleu, je dis c’est bleu. Donc je présuppose que ce n’est pas
rouge, vert etc. C’est comme s’il fallait prendre le temps de falsifier tout le reste pour s’assurer, si
tant est que l’on puisse s’assurer que c’est du bleu… et que l’on ne prend pas la peine de ça. Et
de plus il y va à chaque fois de nous-même en propre y prendrait part…
Donc le mot est tenue d’un rapport, rapport lequel nous ne prenons pas en vue, que nous
oublions le plus souvent au profit de ce qui s’éclaire… Au profit de bleu, comme si bleu avait un
sens tout seul: une signification maitrisée dans un dictionnaire (et quid de la dimension
humaine ?). Déjà bleu, c’est une couleur (définition) et pas une saveur, et est-ce que ce n’est pas
une saveur aussi ?… et de quelle manière ça pourrait être une saveur ?
Le voisinage, c’est toujours dans la proximité à laquelle on ne prend pas garde et qui est pourtant
fondamentale puisque prendre garde de cela c’est prendre garde de la manière dont nous venons
les uns les autres, et peut-être que ça permettrait d’enlever ces animosités, de nuancer, d’arrêter
de prendre la mouche et de prétendre être assuré de, ce que chacun de nous fait au quotidien .
« Cependant, voici qui est étrange : le voisinage même demeure invisible. Ainsi en est-il, du reste,
dans le quotidien. On vit en lui, mais on serait bien embarrassé s’il fallait dire en quoi consiste le
voisinage. »
Comment on le définit ? Déjà quand je dis bleu, ce n’est pas rouge, mais quand je dis : bleu ce
n’est pas rouge, je n’ai pas dit : bleu, ce n’est pas couteau ! Alors que je pourrais aussi ouvrir
jusque-là.
C’est à dire que j’enonce bien un rapport d’affinités mais il est toujours pris dans un réseau
préconceptualisé (non pris en soin) : les couleurs par exemple. Et quand je prends conscience de
ces couleurs, je le compare à un autre réseau préconceptualisé : les objets tranchants. Et je
pourrais encore dire, bleu n’est pas ciel… et là je mesure l’incongru puisque justement on dit le
ciel est bleu.
Donc on vit en lui, sur le mode du bavardage et de l’équivoque, le toujours déjà compris.que veut
nous dire le voisinage parole/penser/poésie ?
« Mais cet embarras n’est qu’un cas particulier et peut-être remarquable de cet antique
embarras qui porte loin et où se trouve partout et toujours notre pensée et notre dire. »
Qu’est-ce que c’est que cet antique embarras ? Une gêne, un embarras, un pas tranquille,
l’étonnement grec, qui n’est pas la curiosité de la quotidienneté, un truc qui tarabuste, qui te
suspens, l’angoisse au sens existential… l’ouverture.
« Quel embarras avons-nous en vue ? Celui-ci : nous ne sommes pas — et si nous le
sommes, alors c’est seulement peu souvent et à peine — en état de faire purement et à
partir d’elle seule l’expérience d’une relation qui règne entre deux choses, entre deux
manières d’être. »
On ne peut pas, on a toujours déjà pris par. On est toujours déjà impliqués, imbriqués. On ne peut
pas avoir deux choses en dehors de nous. Mais déjà quand on dit deux choses, on ramène la
chose à l’objet puisque on ne peut pas dire deux choses. Il y a des niveaux qui s’ouvrent là, qui
nous dérangent de notre habitude.
« Nous nous représentons aussitôt la relation à partir de ce qui chaque fois est en relation. »
C’est à dire il y a une relation entre ce feutre et Frédérique, c’est son feutre… On le voit d’emblée
comme ça. Quand on dit relation c’est que l’on a déjà attribué place et lieu mais on ne se
questionne pas sur comment ça a pris place, de quoi il s’agit et de qui il s’agit : la relation se
conçoit d’évidence comme ce qui lie deux objets distincts préalablement.
« Nous avons une piètre intelligence de comment, de par quoi, et d’où se donne la relation,
et de comment elle est en tant que cette relation. »
On ne s’arrête pas sur cette idée-là car c’est évident que les gens sont en relation, d’ailleurs il y a
la théorie du lien, qu’on peut se délier ou que l’on peut résilier, la résilience : concept que l’on
retrouve dans tout le jargon du psy.
Et Heidegger nous dit que nous n’en avons qu’une piètre idée…
« Ainsi est-il bien juste de se représenter le voisinage comme une relation. Cette
représentation porte également sur le voisinage de la poésie et de la pensée. »
= Le voisinage, ce sont des gens avec qui je suis en relation. Quand je suis en relation avec
quelque chose, c’est mon voisin, c’est proche de moi. Du coup, on a cette idée que la poésie a
des relations avec la pensée et vice versa. Quand on parle du voisinage entre la poésie et la
pensée, on dit qu’il y a quelque chose en relation, on dit que ce n’est pas le même mais qu’il y a
une forme de relation.
« Mais elle ne nous dit rien quant à savoir si c’est la poésie qui vient s’établir dans le
voisinage de la pensée, ou bien au contraire la pensée qui vient s’établir dans le voisinage
de la poésie, ou bien si ce sont les deux qui sont venues dans le voisinage l’une de l’autre. »
Qui a fait le premier pas ? Et qu’est ce que cela peut augurer d’inoui…s’agit-il de cela qui poserait
une distinction établie entre poésie et penser lesquelles seraient aussi préalablement différenciées
?
« La poésie se meut en l’élément du dire, de même la pensée. »
Poésie/pensée sont des manières du dire.
« Si nous nous recueillons sur la poésie, nous nous trouvons du même coup dans le même
élément où se meut la pensée. »
C’est plus dans l’ordre de la poésie que l’on va trouver la pensée que dans l’ordre du concept. Et
on le sait bien… en tous cas, on en a un savoir particulier : quand quelqu’un arrive et dit « je
n’arrive pas à faire le deuil de cette personne », ce n’est pas une question de fait, ou de temps ou
de mesure, c’est une question d’arriver justement à la dimension poétique et pensante/méditante
quant à être cet humain là.
« Et là, nous ne pouvons pas discerner tout à trac si la poésie est proprement une pensée,
ou bien si la pensée est proprement poésie. »
Qui est le premier, la poule ou l’oeuf ? Pourquoi a-t-on différencié la poésie de la pensée ? et
comment peut-on assurément distinguer poésie et penser? pourtant on dit bien que cela est
poésie, est ce alors dire que cela n’est pas penser?
« Obscur demeure par quoi se détermine leur rapport propre, et d’où cela que nous
nommons (avec quel manque de vigueur !) le propre, à proprement parler tire son origine. »
Il nous demeure obscur par quoi se détermine le rapport pensée/poésie, et d’où cela que nous
nommons le propre, à proprement parler tire son origine, qu’est-ce que c’est que le propre ? Le
contraire du sale ? le propre et l’impropre ? l’approprié ? l’appropriant et la question de
l’appropriation ? L’idée du vrai, du propre….
« Mais — quelle que soit la manière dont nous nous laissons venir au sens la poésie et la
pensée, chaque fois un seul et même élément nous est déjà devenu plus proche : le dire,
que nous puissions en propre y porter attention ou non. »
Penser et poésie : un dire…lequel demeure mystérieux
Jamais Heidegger ne veut conclure. En fait, on pourrait dire que conclure serait cesser de nous
inquiéter à propos de quelque chose… le rendre compte… la pensée qui veut maîtriser.
Descartes : On doute encore une fois, la dernière, et après on aura que des certitudes.
Doute méthodique de Descartes = qui a pour but d’établir la mathésis universelle, la certitude
universelle qu’on aura fait le tour du monde, le monde étant un stock d’objets, qu’on les aura tous
définis et déterminés (et que l’on saura qui ils sont et de plus on pourra en disposer en les
maitrisant) On en vient à faire de physis un stock pour notre usage. C’est exactement le
déferlement planétaire, y compris l’écologie, l’usage de l’énergie solaire. On augmente le coût de
l’électricité parce qu’on ne sait plus la stocker, on en a trop. Tout est prétexte pour payer, c’est à
dire pour soutirer la valeur suprême qu’est l’argent, qui n’est plus l’honneur, la droiture, l’égard, le
respect de chaque manière d’être: l’être a disparu dans tourtes ces considérations.
La pensée méditante, la démarche spirituelle ou pensée pensive ne conclue jamais… déjà ça
nous amène à ça !
On attendrait une conclusion là où on voudrait que ça s’arrête, là où ça commence à ne plus nous
laisser en paix, à nous tirer du sol de la quotidienneté. Tout d’un coup, on est amené à prendre
attention quant à ce dont il est question qui est aussi la manière de dire ce dont il est question…
On s’arrête sur dire… alors qu’habituellement on ne s’arrêterait pas là-dessus, on s’arrêtait sur ce
qu’on veut dire : t’as compris quoi? Et pas le dire lui-même. Ça amène à voir cela dont on ne
prend pas garde habituellement, on y prête pas attention, on n’en prend pas soin, tellement on
est dans l’efficace…
Sur la question de comment on fait la distinction entre spiritualité, sacré, secret, pensée, et puis
religion – la religion, est porteuse d’un dogme…alors que le sacré ne nous laisse pas en paix avec
le secret, avec un mystère: la question du divin….celle de la différence être/étant
Peut-être que la spiritualité serait une forme du sacré qui ne permettrait pas le dogme, qui veillerai
à préserver la question, de ne jamais s’enfermer dans une signification arrêtée, certifiée. Celle qui
conduit l’être humain au résignement ainsi que le poète qui ne domine pas la parole ?