Compte rendu de lecture n°7 "Le déploiement de la parole"

Compte-rendu de lecture – Le déploiement de la parole n°7 – p153 – p156

Nov 2023 – St Salvy –

Corinne Simon, Frédérique Remaud, Edith Blanquet, Marie-Christine Chartier

 

L’être humain est mondialisant: il tisse des rapports, un réseau de renvois, une contrée, auprès de quoi/qui il se tient, il accueille la chose et lui donne faveur de monde en y prenant place et part, partition.

 

L’hébreu est une langue qui ne peut qu’être fourmillante: tu ne peux pas arrêter une signification, tu es toujours surpris, c’est ça le jeu, de se laisser accueillir, le mode herméneutique. Les lettres ont une valeur symbolique, les significations sont liées au contexte… Par exemple il n’y a pas de temps en hébreux, il y a des situations. Selon cela, tu vas solliciter et il y a des modes : simple, intensif… Et c’est la qualité de l’intention telle qu’elle s’envisage et s’altère qui est mise en œuvre. Exemple : je tue / je tue et je m’assure que la personne est morte / je fais tuer la personne, qui sont des manières de s’engager dans l’action qui donnent un rapport temporain, qui n’est pas un temps objectif…et qui appelle à la résolution.

Il n’y a plus de structure stable ou maitrisée…

 

Se résigner, et le résignement n’est pas la perte, c’est l’ouvert, l’ouverture pour prendre place ainsi qu’il m’est donné d’avoir et de pouvoir être.

« Aussi « triste » ne se rapporte-t-il pas au résignement, mais à l’apprentissage du résignement. Et la tristesse ? Elle n’est ni simple abattement ni mélancolie. La tristesse proprement dite reçoit son ton dans le trait qui la rapporte à la plus grande joie, mais pour autant que cette joie se retire, et dans cette retraite tarde se ménage. »

Dans la tristesse il y a la prise de conscience de toutes les joies passées, des moments partagés qui ne seront plus… ou qui seront sous le goût du souvenir, forme de présence… Ce qu’on oublie dans nos langues très arraisonnées. Rendre présent par le souvenir est extrêmement précieux. Dans le chagrin, il y a ces étapes d’arriver à voir qu’autrui est toujours là en quelque façon. Et qu’il va être là, chaque fois qu’on l’appelle à la présence, sur le mode du souvenir, mode savoureux… et mode de ma présence au monde…

Quand on vit la perte sur un mode physique, biologique, c’est autre chose, ce n’est pas une absence, c’est une présence en creux. C’est finalement lâcher la maîtrise de l’autre, l’idée qu’on pourrait le maîtriser , le toucher, le voir.

On a une idée de la matérialité : si l’autre n’est pas là physiquement, je suis seul. Je perds de vue que c’est une autre manière d’être avec l’autre.

Ça se construit avec le souvenir, au fur et à mesure. C’est notre devoir de prendre soin des morts, de les maintenir dans la présence par le souvenir. Le paradoxe est que, quand quelqu’un vient de perdre un proche, on l’invite souvent à ne pas en parler…

 

Nous sommes toujours avec cette question de comment faire une expérience avec la parole.

« Ces quelques indications suffiront peut-être pour nous faire mieux voir quelle est l’expérience que le poète a faite avec la parole. Faire l’expérience, Erfahren, signifie au sens exact du mot : eundo assequi – en allant, atteindre quelque chose en chemin, y arriver grâce à la marche sur un chemin. »

Faire l’expérience avec la parole, c’est se laisser toucher, éprouver, accueillir. C’est une marche, dans le sens de prendre place, venir à la présence.

 

« Qu’est-ce que le poète atteint ? Non pas une simple connaissance. »

Connaissance, un savoir sur quelque chose : schéma classique technique, efficace, on appuie sur le bouton et ça marche.

« Il parvient dans le rapport du mot à la chose. »

Rapport, se rapporter l’un l’autre. Ce n’est pas la théorie du lien, un lien entre mot et chose : c’est le rapport qui permet que chacuny soit, y prenant part.

« Ce rapport n’est pas une relation entre la chose d’un côté et le mot d’un autre. Le mot lui-même est le rapport, qui chaque fois porte en lui-même et tient la chose de telle sorte qu’elle « est » une chose. »

C’est ce qui est pouvoir être, la chose n’étant pas un objet, c’est ce dont il s’agit, ce qui nous questionne, la présence, une manière de se rapporter, et en se rapportant de prendre place l’un l’autre ( attribuer places et lieux provisoires). D’où l’idée du respect de la chose.

Et il faut ramener la chose dans l’objet pour la pensée scientifique et entrer dans la maîtrise. Et ne plus prendre soin de la chose et de la prendre comme un objet utilisable et enlever sa dimension de mystère, de retenue.

La retenue dit l’égard, l’attention, clé de voute des existentiaux, le souci.

 

Ça fait lien avec le livre « Zeugma » de Ouakmin, où il est question d’une éthique du futur. Ce ne sont pas des règles mais des questions. Qu’est-ce qu’habiter les uns avec les autres? Il pose la question de l’éthique comme une éthique du lointain, c’est à dire vouloir prendre responsabilité de la façon que tout ce que nous mettons en œuvre va avoir des conséquences pour ce que nous ne verrons pas (les générations futures vivantes en toutes sortes). Du coup, on ne peut pas faire n’importe quoi.

C’est un appui pour le travail en thérapie, écoute, ce que je dis… Responsabilité : prendre part, prendre charge ; elle a à voir avec la mienneté mais pas avec l’ego.

La complaisance égoïque : se prendre pour quelque chose, se justifier, être blessé, être fâché… Le pire mal de notre époque, inventé par notre système capitaliste est l’ego qui amène stock, quelque chose de constitué, et maîtrisé et être dans un rapport de domination.

 

Actuellement, il n’y a plus de communauté, de solidarité, où nous sommes indéfectiblement co-responsables, il y a des egos additionnés. Si on perd cette communauté, cette dimension de co-présence, que la mienneté peut appeler : j’y prend ma part, qui s’implique avec autrui, c’est une partition musicale… L’ego enlève ma part, qui s’implique avec autrui. L’ego : c’est d’abord moi, et ça crée la dualité comme de 2 choses distinctes et isolées.

Le Dasein témoigne de la solidarité, une indéfectible mutualité, qui oblige. Exemple de l’arbre que tu plantes à un certain endroit…

Dans le travail de séance de couple : ouvrir le commun, là où nous sommes mutuellement en présence, nous sommes tous deux d’accord pour dire que « c’est toi le méchant ». Cette manière de dire « c’est toi ! ». Ce n’est ni un paradoxe ni une contradiction !

L’éthique de la responsabilité, qui n’a plus à voir avec l’ego, est d’y prendre part ensemble, et de toutes les façons, d’y prendre part, avec ce qui est bon et ce qui est moins bon. Bon, eu égard à la dignité de l’homme.

C’est passionnant de passer de la faute de l’autre à la responsabilité.

 

« Mais avec ce que nous disons ainsi – quelle qu’en soit par ailleurs la portée – nous ne faisons encore, pour l’expérience que le poète a faite avec le mot, qu’en tirer la somme, au lieu de nous engager à l’expérience même. »

C’est à dire qu’on en parle, mais on ne s’y engage pas !

« Comment l’expérience a-t-elle eu lieu ? Pour répondre à cette question, nous avons l’indication du petit mot auquel, seul, nous n’avons pas prêté attention quand nous renvoyions à la dernière strophe du poème :

Ainsi appris-je, triste, le résignement : 

Aucune chose ne soit, là où le mot faillit. »

La question de l’expérience est dans le « ainsi »

« « Ainsi appris-je … » Comment donc ? Ainsi que le disent les six strophes qui précèdent. Depuis ce qui vient d’être noté à propos de la dernière strophe, quelque lumière pourrait à présent tomber sur ces six strophes. II faut toutefois qu’elles parlent d’elles-mêmes à partir du poème entier.  Dans les six strophes** parle de l’expérience que le poète fait avec la parole. »

**         Prodige du lointain, ou songe

Je le portais à la lisière de mon pays

 

Et j’attendais jusqu’à ce que l’antique Norne

Le nom trouvât au cœur de ses fonts –

 

Là-dessus je pouvais le saisir dense et fort

A présent il fleurit et rayonne par toute la Marche…

 

 

Travail d’attente, travail de portée, de patience, ce n’est pas lui qui donne le nom… Il attend que « l’antique Norne trouve le nom au cœur de ses fonts », que le nom vienne, qu’il se trouve.

Quand le mot vient, je m’y re-ceuille et ça prend saveur pathique. Et je permets au mot de rayonner, ce n’est pas moi qui rayonne !

Il n’y a pas de mot à trouver au fond de son « sac » : il doit survenir. 

 

Un jour j’arriverai après un bon voyage

Avec un joyau riche et tendre

 

Elle chercha longtemps et me fit savoir :

Tel ne sommeille rien au fond de l’eau profonde 

 

Sur quoi il s’échappa de mes doigts

Et jamais mon pays ne gagna le trésor…

 

C’est à dire que je cherche, je porte, j’appelle, je prends, je me saisis mais toujours ça se retire, rien ne peut être théorisé, acquis.

Le mot est condition de possibilité, mais n’est pas en lui-même maîtrisable  ; il y a des manières d’être disposé qui donnent faveur.

 

« Quelque chose se destine à lui, l’atteint et rend autre son rapport au mot. C’est pourquoi doit d’abord être nommé le rapport à la parole où se tenait le poète avant l’expérience. Il parle dans les trois premières strophes. Le dernier vers de la troisième s’achève par trois points, ce qui marque la séparation de la première triade face à la seconde. Puis, avec la quatrième strophe, commence la seconde triade ; et à la vérité d’un seul coup, par le mot Einst, qui dit, suivant son ancienne signification : « un jour ». La seconde triade dit ce que le poète expérimente une fois pour toutes. Expérience est marche sur un chemin. Le chemin mène à travers un paysage. En lui a place aussi bien le pays du poète que le site de l’antique Nome, c’est-à-dire de l’ancienne divinité du destin. Elle habite à la lisière, à la frontière du pays poétique qui, étant « Marche », est lui-même pays de frontière. »

La marche est esquisses, tracés, jets.

 

« L’antique Norne prend soin de ses fonts, c’est-à-dire de la source où, dans l’eau profonde, elIe cherche les noms pour les y puiser. Le mot, la parole a sa place dans le domaine de ce paysage énigmatique où le dire poétique confine à la source destinale de la parole. »

Il y a quelque chose de tissage de rapports, paysages, marches… qui ne sont pas des choses précises. Ça donne à entendre, ce n’est jamais arrêté… en voie de…

Confiner : toucher aux limites… Toucher, c’est aussi rapprocher, indiquer, ouvrir des bords, la déchirure de l’ouvert… cette manière de dessiner Dasein, cette direction ouvrante… ça appelle à se destiner, à la fois dans le sens d’une marche, et de prendre place et prendre part, et du coup signification si les mots nous sont propices.

Dans le dire poétique, il y a toujours quelque chose qui laisse entendre la richesse inépuisable du sens en tant que direction, dimension qui jamais ne s’épuise dans la signification propre de l’énoncé.

 

« D’abord et pour longtemps, il semble au poète qu’il lui faille seulement porter jusqu’à la source de la parole les prodiges qui l’enchantent, ou les songes qui le ravissent, pour s’y laisser puiser en toute confiance les mots qui conviennent exactement à ce qu’il s’est imaginé en fait de merveille et de rêve. »

Donc le propre du poète est de s’en remettre à la source de la parole, et en même temps, c’est prendre la mesure qu’à chaque fois il s’est imaginé, il a toujours compris, pris part et signifié, et s’est reconduit. Mais peut-être le fait-il plus volontiers que nous !?

 

« Ainsi, confirmé par les réussites de sa poésie, le poète est-il d’avis que les choses poétiques, prodiges et songes, se tiennent déjà d’elles-mêmes solidement dans l’être ; qu’il ne manque donc plus que l’art de trouver pour elles encore le mot qui les décrive et représente. D’abord et pour longtemps tout se passe comme si les mots avaient pour fonction d’agripper, de capter quelque chose qui déjà existe et que l’on tient pour étant, de lui donner densité, de l’exprimer et ainsi de le porter à la beauté. »

Que le poète serait là pour magnifier la présence de l’étant !Notre 1ère idée est qu’il a une manière poétique de dire ce qui vient à se montrer en esquisses. Dans le quotidien, nous sommes dans une forme d’équivoque.

« est-il d’avis que les choses poétiques… se tiennent déjà d’elles-mêmes solidement dans l’être » : il a cet apriori, il ne se rend pas compte qu’il projette une possibilité signifiante, il a donné une seule signification qui va de soi, une évidence, équivoque…

« l’art de trouver pour elles encore le mot qui les décrive et représente »… et que lui aurait la compétence de trouver un mot autre que celui du quotidien pour en faire une poétique. Mais il se donne l’illusion d’avoir une compétence, il se prend pour un poète !!

« Ainsi, confirmé par les réussites de sa poésie », son ego est flatté… Le poète a l’idée que les choses poétiques, ce qui est de l’ordre de la poésie, se tient déjà « solidement dans l’être », que c’est quelque part, et qu’il a les compétences pour le trouver. Ce qui en fait un poète ! Autrement que moi qui suis un humain.

« l’art de trouver pour elles encore le mot qui les décrive et représente », un autre mot qui va encore décrire et représenter… et rater du coup,  re-présenter dans un ordre dit poétique.

C’est sa marche : « D’abord et pour longtemps », tant qu’il ne va être saisi par la tristesse, « tout se passe comme si les mots avaient pour fonction d’agripper, de capter quelque chose qui déjà existe et que l’on tient pour étant, de lui donner densité, de l’exprimer et ainsi de le porter à la beauté. » Il y a des choses qui existent, ce n’est pas la même chose : ce n’est pas la même chose que de dire que les choses viennent à la présence par l’acte de la nomination, et de nommer n’est pas juste mettre des mots, c’est prendre part et place, saveur de monde. C’est à dire que ça me touche, c’est une manière de prononcer, une tonalité, ça fait venir une bouche, ça fait venir un « je » qui prend place et pas un « je » qui serait d’avance constitué, qu’il suffirait juste d’attester. C’est ça Ereignis. 

Dans les premières strophes, ce n’est pas mis en question. Il sait bien qu’il y a des mots pour dire les choses qui sont à trouver… ; et pour dire ces choses un peu mystérieuses, que l’on peut dire, il faut trouver le bon mot. Donc il est dans l’idée qu’il y aurait un mot qui encore les décrivent et représentent… une autre forme de les décrire et représenter, une forme poétique, qui viendrait se distinguer de celle scientifique, qui est aussi décrire et représenter.

C’est à dire que quelque chose qu’il trouve à la source destinale de la parole, il lui faut trouver des mots pour les faire entendre et vibrer ? Il perd la source destinale et il est pris dans le flux. Il sent bien quelque chose de ça, et en même temps, il se met bien, en étant le poète, dans la position d’avoir touché quelque chose de plus, et d’avoir la compétence, l’art de ça…

« D’abord et pour longtemps tout se passe comme si les mots avaient pour fonction d’agripper, de capter quelque chose qui déjà existe et que l’on tient pour étant »

 En ça il n’y a pas de distinction entre une posture scientifique, une posture poétique ou une posture quotidienne. On est dans l’idée qu’il y a des choses… et que, par exemple, cela s’appelle une pelle à tarte, et pas une truelle… Mais poétiquement on pourrait trouver une façon de le dire… Mais ce serait quand même une manière d’agripper la vérité plutôt que d’entendre que la vérité  advient dans le fait de frôler, dans la caresse… Dans cette approche récalcitrante qui se retire et dans ce que ça a de précieux et qui est autre que le manque en tant que perte, le manque qui demande à être comblé… Le manque devant lequel je dois m’incliner, qui me creuse…

Comme le travail : « A quoi ça sert ? Mais à rien ! »… et me demander quelle est la pertinence de ma question ? ça ne sert pas : c’est ! C’est par là que j’essaie de donner forme à notre existence… prendre soin du vivant au quotidien et y mettre une certaine saveur… Peut-être ça ne sert à rien, « mourir, tu mourras »…

Il y a des manières qui sont respectueuses… et en quoi ça va être correct eu égard à la mort… et toujours je suis faillible…

Ça pourrait nous emmener vers le nihilisme (notre époque !)… mais tout se passe dans le quotidien, dans une manière de cueillir, de rassembler, d’accommoder… tout ce qui fait que la vie est saveur, et qui fait que notre vie est une existence et qu’elle nous donne goût. La question n’est plus « à quoi ça sert ? » mais « quelle saveur elle permet ? ».

Car rien ne justifiera que j’ai fait une bonne vie, il n’y a pas de réponse absolue.

Animosité: je veux, ça serre les dents, je m’agrippe au concept…

 

            « Prodige du lointain, ou songe

Je le portais à la lisière de mon pays

 

Et j’attendais jusqu’à ce que l’antique Norne

Le nom trouvât au cœur de ses fonts –

 

Là-dessus je pouvais le saisir dense et fort

A présent il fleurit et rayonne par toute la Marche…

Ici prodiges et songes ; là des noms pour saisir. Les deux fondus ensemble – voilà ce qu’était la poésie. »

Idée àla fois l’art d’accueillir quelque chose de l’ordre du prodige et du songe, du merveilleux, et en même temps de le saisir, pour le dire d’une manière poétique.

« voilà ce qu’était la poésie. » On pense tous cela ! Le poète est celui qui sait dire mieux que moi !

 

« Satisfaisait-elle à ce qui est la tâche du poète, à savoir d’instituer ce qui demeure afin qu’il reste perpétuel, c’est-à-dire : soit? »

Instituer ce qui demeure, ce qui se tient, et l’instituer est l’établir solidement, hors du temps… Sempiternel et éternel : durée hors du temps, qui dure toujours, qui dure sans fin… Ce serait trouver le seul, l’unique, le bon… mot !

 

« Un jour toutefois vient pour Stefan George l’instant où être poète de cette manière, dans la sûreté de soi, tout d’un coup s’effondre, le faisant penser au mot de Holderlin: Mais ce qui demeure, les poètes l’instituent. Un jour en effet le poète parvient – c’est même après un bon voyage, ce qui renforce l’espoir – auprès de la vieille divinité du destin ; et il lui demande le nom pour le joyau riche et tendre qu’il porte dans sa main. Ce n’est ni un prodige lointain, ni un songe. La Norne cherche longtemps mais en vain. Elle lui donne à savoir : « Tel ne sommeille rien au fond de l’eau profonde »   Tel, c’est-à-dire étant en même façon que le joyau, là, sur la main, riche de sa tendresse. »

C’est à dire quelque chose qui se tiendrait comme un tendre joyau sur la main riche de sa tendresse, au sens de tendre vers…

« Un tel mot qui laisserait ce joyau être ce qu’il est, reposant simplement sur la main du poète, un tel mot devrait sourdre de I’abritement qui repose dans la paix d’un profond sommeil. Seul un mot de telle provenance pourrait héberger le joyau dans la splendeur et la tendresse de son seul être. »

Imaginaire que le poète puisse trouver ce joyau perpétuel.

 

 « Tel ne sommeille rien au fond de l’eau profonde »   Sur quoi il s’échappa de mes doigts   Et jamais mon pays ne gagna le trésor …   Le tendre et riche joyau, déjà à la main, ne parvient pas à être comme chose, il ne devient pas trésor, c’est-à-dire bien propre au pays, poétiquement pris en garde. Le poète ne dit rien sur le joyau qui n’a pu devenir trésor de son pays, mais qui toutefois lui a fait présent d’une expérience avec la parole, occasion d’apprendre ce résignement où c’est dans l’acceptation, pour lui, de ne pas dire, qu’au poète vient se dire le rapport de mot à chose. »

A la fois il apprend ce résignement et l’acceptation qu’il ne va pas le dire. Ou que le dire n’est pas de son ressort et que le dire est une guise d’écouter ! Ce qui rejoint l’attitude thérapeutique, apprendre sans cesse à écouter l’inouï.

La limite du savoir humain qui ouvre la possibilité de la foi. C’est le débat entre le savoir et avoir foi, savoir, saisir le dire… et le dire. Et la foi, c’est frayer avec la parole, c’est se fier, s’en remettre à… la parole, une guise du souci…

 

« Le « joyau, riche et tendre » est mis à part des prodiges du lointain ou songes. Il est permis de conjecturer – si toutefois ce poème chante bien le propre chemin poétique de Stefan George – qu’avec ce joyau, c’est la tendre plénitude du simple qui est pensée, celle qui a requis, à la fin de sa vie, le poète comme étant ce qu’il y a à dire. Qu’il a bien appris le résignement, c’est ce qu’atteste ce poème lui-même, enchantement réalisé du chant de la parole. »       

La tendre plénitude du simple est pensée.

L’importance est d’accomplir son œuvre, faire chaque jour la tâche d’un homme simple… lâcher la prétention d’arriver à agripper un mot qui serait poétique, d’accepter de témoigner de quelque chose en acceptant qu’il n’y a pas de perfection dans le dire poétique (ni ailleurs.)… Ce n’est pas de l’ordre de la maitrise d’un poète, mais c’est un chemin, une manière de marcher.

Le poète doit accepter qu’il est ce qu’il y a à dire, qu’il y a recueil plutôt que maitrise, qu’il partage… et que ça fait faveur de monde ou pas, ça appelle ou pas à habiter.

Le poète comme étant ce qu’il y a à dire / ce qu’il y va de dire! Cheminement jusqu’à la fin de sa vie… il a appris le résignement… Et aller vers sa fin, se laisser éprouver par les épreuves, cette conscience du mourir amène à ne plus se laisser prendre à la vanité de l’ego qui voudrait être un poète célèbre, un poète pertinent… On peut devenir poète quand on se laisse guider, qu’on n’essaie plus de prouver ou d’essayer d’être en haut de l’échelle…